Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2002-03-14
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-14
Wortprotokoll
Au nom de la minorité de la commission, je vous demande de donner suite à l'initiative parlementaire Fetz.
Sans refaire toute l'histoire du mouvement ouvrier, je rappellerai tout d'abord que le 1er mai est né à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis et qu'il s'est surtout développé après une manifestation qui s'était déroulée en 1886 à Chicago et dont la principale revendication était la journée de travail de huit heures. De ce point de vue, il n'est pas abusif de dire que le 1er mai a un fondement historique aussi solide et même plus solide que le 1er août. Le 1er mai mérite donc d'être aussi un jour férié payé dans toute la Suisse, au même titre que le 1er août.
A l'appui de son initiative, Mme Fetz avance un argument qui me paraît original et intéressant, à savoir qu'un 1er mai férié dans l'ensemble du pays permettrait de célébrer le partenariat social. En ce qui me concerne, j'utiliserai plutôt l'expression "redynamiser le partenariat social". En effet, dans certaines branches, les relations entre partenaires sociaux ne sont pas au beau fixe et se sont même dégradées depuis un certain nombre d'années. De plus, et contrairement à ce qu'on affirme trop souvent, la Suisse n'est pas le pays champion des conventions collectives de travail. En effet, seulement 50 pour cent des salariés du secteur privé sont au bénéfice d'une convention collective de travail, alors que le taux de couverture conventionnelle atteint 80 pour cent, et même 90 pour cent dans beaucoup de pays européens.
Pour motiver leur opposition à l'initiative parlementaire Fetz, d'aucuns invoquent des arguments de type fédéraliste. A mes yeux, ce raisonnement ne tient pas. Le cas des fêtes religieuses justifie certes une réglementation fédéraliste, laquelle permet de tenir compte, par exemple, de pratiques religieuses et de cultures différentes entre cantons catholiques et cantons réformés. Avec le 1er mai, en revanche, nous sommes dans une toute autre logique, une logique non seulement nationale mais aussi et surtout universelle. J'en veux pour preuve que plusieurs conventions collectives de travail, tout en accordant le même nombre de jours fériés payés aux salariés, opèrent une distinction sur le choix des jours fériés religieux entre cantons catholiques et cantons réformés. En revanche, ces conventions ne font aucune distinction à propos du 1er mai.
A une époque où l'on parle tellement de mobilité, j'aimerais encore vous poser deux questions.
Trouvez-vous normal qu'une travailleuse qui est employée dans un canton où le 1er mai n'est pas un jour férié payé ne puisse pas participer à la Fête du travail alors que son mari qui travaille dans un canton où le 1er mai est un jour férié payé peut y participer sans aucun problème?
Trouvez-vous normal qu'une travailleuse frontalière française ne puisse pas participer à la manifestation du 1er mai, alors qu'en France son mari a tout loisir de se rendre à ladite manifestation?
Poser ces questions, c'est déjà y répondre. Et la seule façon d'y répondre correctement, c'est de faire du 1er mai un jour férié payé dans toute la Suisse, comme le demande Mme Fetz.
J'ajoute que dans mon canton, et je suis sûr que c'était aussi le cas dans d'autres cantons, il fut un temps où les garçons d'un village n'osaient pas aller demander en mariage une fille du village d'à côté. Heureusement, cette époque est révolue, car si cette pratique avait perduré - vous pouvez rire, Monsieur Eggly -, beaucoup de monstres et trop de monstres seraient nés sur cette terre. S'agissant du 1er mai, il s'agit d'appliquer la même démarche, c'est-à-dire de mettre fin à des localismes stériles qui n'ont plus aucune raison d'être aujourd'hui.