Savary Géraldine · Ständerat · 2016-09-12
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-12
Wortprotokoll
Hier, on pouvait lire dans les médias que les députés socialistes au Conseil des Etats semblent être les plus bavards. Je vais essayer de ne pas faire exploser la moyenne tout en disant quelques mots sur cet immense message, parce qu'il le vaut bien. Un certain nombre d'intervenants ont expliqué tout à l'heure à quel point la démarche du Conseil fédéral et le message qu'il a adopté étaient dignes de notre soutien.
On ne parle pas seulement d'une enveloppe financière. On a toujours tendance en Suisse à beaucoup parler d'argent et de financement, mais, Dieu merci, il n'y a pas que cela qui compte. Ce message n'est pas uniquement une enveloppe budgétaire, on n'y parle pas seulement d'argent, on y parle aussi de l'avenir, de nos jeunes, de la manière dont nous décidons de dessiner cet avenir. Si nous lésinons sur les deniers publics, si nous investissons au mauvais endroit, ou trop peu, on sait très bien quelles en seront les conséquences sur le moyen et le long terme; on sait que notre pays, sa vitalité, sa croissance en seront affaiblis.
Monsieur Hefti a dit tout à l'heure que ce message ne proposait pas de priorités, alors que justement il faut en faire et qu'il faut absolument avoir un cadre financier strict. Je ne suis pas du tout d'accord avec lui sur ce point. Contrairement à ce qu'il a dit, le Conseil fédéral, par le biais de ce message, a fait un choix. C'est un choix que je salue. Ce message propose véritablement des priorités sur lesquelles il s'agit de nous prononcer, sur lesquelles il s'agit de discuter et pour lesquelles il s'agit d'investir. Ce sont plus que des priorités, d'ailleurs: ce sont des engagements, ce sont des promesses que le Conseil fédéral, mais aussi le Parlement, ont faites ces dernières années.
Quelles sont ces promesses? Favoriser la relève scientifique, qui bénéficie de mesures incitatives; favoriser la formation professionnelle, dont le financement reste outrageusement onéreux aujourd'hui pour les jeunes diplômés; favoriser et encourager la formation des médecins, parce qu'on sait à quel point on a besoin de médecins formés en Suisse; et enfin, encourager l'innovation.
Ces quatre priorités sont plus que des priorités, ce sont des promesses que nous avons faites. Ce n'est pas seulement le Conseil fédéral qui les a faites, nous aussi les avons faites. Sur ces quatre points que je viens d'évoquer, qui sont des chapitres prioritaires du message, nous avons déposé des motions et des interpellations, nous avons soutenu des postulats. Le message du Conseil fédéral, avec ces priorités, est aussi notre message: le message du Parlement, le message [PAGE 581] du Conseil national, le message de notre conseil. En ce sens, cela nous engage, les uns et les autres, pour les quatre prochaines années, à définir non seulement un cadre, donc des priorités, certes, mais aussi un cadre financier suffisant.
Alors est-ce que nos moyens financiers sont à la hauteur de nos ambitions? Est-ce que nous avons les moyens financiers pour remplir les promesses que nous nous sommes engagés à tenir? En 2014 - Dieu merci, notre mémoire est encore relativement bonne -, Monsieur le président de la Confédération, vous nous disiez que, pour assumer les engagements prévus dans le message, il fallait une augmentation de 3,2 pour cent. Entre-temps, le programme de stabilisation est passé par là et a stoppé de manière nette et brutale cet élan - qu'il était nécessaire de poursuivre -, puisque, finalement, le Conseil fédéral s'est résigné à ne proposer qu'une augmentation de 2 pour cent de croissance annuelle moyenne. La somme en jeu a l'air effectivement énorme - il s'agit de 26 milliards de francs -, mais quand on imagine le nombre d'acteurs, d'institutions, de personnes, de cantons, d'organisations qui sont impliqués, ces 26 milliards de francs sur quatre ans sont absolument indispensables. Les décisions relatives aux montants ont été confirmées par le Conseil national en juin dernier.
En commission, nous avons pris une direction un peu différente: nous avons considéré qu'il fallait donner un coup de pouce, desserrer un petit peu l'étau financier, en vous demandant d'accorder un certain nombre de crédits supplémentaires, de l'ordre de 395 millions de francs pour les quatre ans, à savoir: 100 millions pour la formation professionnelle; 160 millions pour les écoles polytechniques; 95 millions pour les hautes écoles et 40 millions pour la recherche.
Ce coup de pouce n'est pas seulement nécessaire pour les étudiantes et les étudiants, ni pour les institutions de formation, qui sont aujourd'hui extrêmement déstabilisées et fragilisées par nos relations avec l'Union européenne - vous le savez; nous sommes en contact, les uns et les autres, avec les autorités de nos cantons, la direction de nos universités et hautes écoles; nous savons à quel point l'inquiétude est forte dans ces institutions et chez les chercheurs. Ce coup de pouce n'est pas seulement important pour les régions que nous représentons - pour celle dont je suis l'élue, c'est bien sûr extrêmement important, car ce sont 50 000 personnes qui sont touchées; en effet, l'Arc lémanique compte 50 000 étudiantes et étudiants: c'est quasiment un canton, un petit canton suisse, mais qui a toute son importance, évidemment.
Je parle de l'Arc lémanique, mais toutes les régions de notre pays sont concernées. Nous savons que nous parlons pour elles, mais pas seulement. Nous parlons véritablement pour le pays tout entier. Nous savons très bien que, lorsque le Conseil national discutera prochainement de la mise en oeuvre de l'initiative du 9 février 2014 "contre l'immigration de masse" en examinant la révision de la loi sur les étrangers, notre seule réponse possible, crédible, forte et ambitieuse, à la question de l'immigration sera d'investir dans la formation.
Je vous invite à entrer en matière sur ce projet, à accepter le compromis minimal que la commission vous propose. Je vous invite à rejeter l'étau que propose la Commission des finances, cet étau qui risque d'étrangler la formation et la recherche en Suisse. Et puis, si vous souhaitez donner encore un petit coup de pouce à un certain nombre de personnes qui s'attendent à des programmes de formation continue plus ambitieux, qui souhaitent recevoir des bourses plus généreuses - vu que les sommes allouées sont restées désespérément basses durant les 25 dernières années -, je vous invite à soutenir les propositions de minorité de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture.