Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-09-13
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-09-13
Wortprotokoll
Le Conseil fédéral, là aussi, et je le rappelle par rapport à ce que je viens de dire de la motion précédente, condamne fermement chaque attaque contre des minorités, qu'elles soient religieuses ou autres, contre la population civile, contre les personnes sous la protection du droit international humanitaire. Ce droit existe; il est accepté par pratiquement toute la planète; il n'est pas appliqué suffisamment et nous condamnons ces attaques contre le droit et contre les personnes les plus vulnérables.
Promouvoir le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire, c'est l'un des objectifs, et je dirai même que c'est l'objectif prioritaire de la politique extérieure de la Suisse. La liberté de religion ainsi que la protection des minorités religieuses ou ethniques font partie intégrante de cette politique. Pour contrer les infractions au droit international humanitaire, pour contrer les violations aux traités dont la Suisse est l'Etat dépositaire d'ailleurs, il est très important que la Suisse respecte le principe d'impartialité.
La Suisse s'engage dans toute une série d'initiatives de politique extérieure visant à protéger des minorités, notamment religieuses, mais aussi dans la prévention, de manière générale, de toute forme d'intolérance religieuse. Nous le faisons auprès des organisations internationales, telles que l'ONU ou l'OSCE; nous soutenons des résolutions du Conseil des droits de l'homme; nous soutenons aussi des résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies; et le Conseil fédéral enjoint les pays concernés à respecter les droits des minorités religieuses et ethniques. Nous demandons que les Etats dans lesquels des groupes extrémistes commettent des attentats et des massacres visant des chrétiens ou d'autres minorités mettent vraiment tout en oeuvre pour empêcher de tels agissements et pour traduire les responsables en justice, parce que l'impunité est une chose très grave dans ce domaine.
Dans nos actions de coopération internationale, l'aide humanitaire de la Suisse se fonde sur les principes d'humanité, d'indépendance, de neutralité et d'impartialité. Nous nous efforçons de répondre aux besoins des groupes de population les plus vulnérables, sans aucune distinction fondée sur la politique, la couleur de la peau, l'ethnie ou la religion. Aucun groupe n'est privilégié dans le cadre de la tradition humanitaire de la Suisse. Les seules personnes à privilégier, ce sont les personnes vulnérables.
Mais toute minorité menacée, quelle qu'elle soit, peut évidemment être susceptible de bénéficier d'une assistance de la part de la Suisse. C'est cela l'aide humanitaire de la Suisse: nous regardons qui est en danger, qui est vulnérable, qui a besoin d'aide, véritablement, parce que menacé et vulnérable, quelle que soit la couleur de la peau ou la religion. Cela s'inscrit dans la volonté traditionnelle de la Suisse d'aider au plan humanitaire.
L'impartialité de la Suisse doit être claire et nette et elle doit être clairement comprise dans le monde. C'est aussi important, d'ailleurs, pour notre travail et pour la sécurité de nos opérations sur le terrain, pour nous collaborateurs et également pour nos partenaires. Nous nous engageons concrètement en faveur de minorités religieuses - c'est le cas au [PAGE 1284] Proche-Orient, je viens de le détailler et ne recommencerai pas -, mais c'est aussi le cas au Myanmar ou dans les Balkans, pour les Roms, par exemple. Pour prendre un exemple très actuel, la Suisse vient de mener une mission au Myanmar pour conseiller les autorités locales sur les obligations juridiques de protection des minorités et sur la question des déplacés internes.
Nous poursuivrons avec coeur et conviction cette politique, mais nous ne pensons pas qu'il soit juste de concentrer, en quelque sorte, l'action humanitaire avant tout sur certaines minorités et, en l'occurrence, sur les minorités religieuses. L'action humanitaire de notre pays doit continuer sur la voie de sa tradition et s'occuper des plus vulnérables en général, des minorités religieuses aussi, mais sans se focaliser sur elles, ce qui, en définitive, affaiblirait la très grande force de l'aide humanitaire, qui est basée sur l'impartialité.
C'est pour ces raisons que nous ne soutenons pas le texte trop étroit de la motion; ce n'est pas pour empêcher des actions dans ce sens, mais pour le faire dans le cadre de la tradition humanitaire totalement impartiale de notre pays.