Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2016-09-15
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-09-15
Wortprotokoll
La coopération internationale de la Suisse s'inscrit dans la tradition de notre pays, marquée par un engagement séculaire en faveur de la promotion des échanges, de la paix et du développement. La coopération internationale de la Suisse répond aussi au mandat constitutionnel qui enjoint notre pays à lutter contre la pauvreté, à promouvoir le respect des droits humains et à oeuvrer pour un développement durable.
La coopération internationale de la Suisse a donc une longue histoire, mais elle est aussi et surtout d'une grande actualité. En effet, la Suisse a entrepris la mise en oeuvre de l'Agenda 2030 de l'ONU pour le développement durable et a adopté le programme d'action d'Addis Abeba. La stratégie du Conseil fédéral pour le développement reprend d'ailleurs explicitement les 17 objectifs de développement durable de l'ONU. Par ailleurs, la situation mondiale actuelle sur les plans politique et humain crie à l'aide internationale. De nombreux et graves conflits, en Syrie ou ailleurs, poussent des centaines de milliers de personnes à l'exil forcé dans l'espoir d'une existence digne. A ces crises s'ajoutent encore la pauvreté chronique et les risques globaux.
C'est donc fort à propos que le Conseil fédéral compte s'engager, ces prochaines années, dans des régions où la vie n'est plus vivable, des régions que leurs habitants sont contraints de quitter. C'est aussi fort à propos que toutes les actions internationales de la Suisse sont regroupées dans un seul message qui intègre les instruments d'aide humanitaire, de sécurité humaine ainsi que de coopération technique et économique, car cette intégration répond à un objectif essentiel à l'efficacité de notre politique extérieure: je veux parler de la cohérence, une cohérence qui n'est malheureusement pas toujours le fort de ce Parlement, dont plusieurs membres approuvent un jour un crédit-cadre pour la coopération internationale pour proposer le lendemain et dans d'autres contextes des coupes dans l'aide au développement.
Ces propositions de coupes, de même que, dans une moindre mesure, le projet du Conseil fédéral, éloignent, hélas! la Suisse du but fixé par notre Parlement, soit d'atteindre 0,5 pour cent de revenu national brut à consacrer à l'aide publique au développement. Ils l'éloignent encore davantage de l'objectif de 0,7 pour cent adopté au niveau international et récemment réaffirmé en Suisse par l'Appel contre la faim et la pauvreté.
Cet objectif est d'autant plus lointain qu'une partie des dépenses de l'aide publique au développement de la Suisse est en réalité affectée à l'accueil des requérantes et requérants d'asile venant de pays en développement, et ce à hauteur de 13 pour cent de l'aide totale en 2015. Il est souhaitable que ces dépenses soient peu à peu soustraites du budget consacré à l'aide au développement pour être inscrites ailleurs. C'est à nouveau une question de cohérence. Ou alors que l'on contribue réellement au développement des pays d'origine de ces requérantes et requérants en les occupant, en les accompagnant, en les soutenant, en les formant, ce qui n'est malheureusement pas du tout le cas à l'heure actuelle.
C'est également fort dommage que les économies proposées se fassent surtout dans la coopération bilatérale, la plus directe et la plus efficace. Car, oui, la coopération au développement de la Suisse, en particulier la coopération bilatérale, contribue efficacement à ouvrir des perspectives pour les populations locales, dans les pays pauvres et les zones de conflit, et pas seulement dans les régions de montagne. [PAGE 650]
A cet engagement pour un monde plus vivable, la Suisse a tout à gagner. Non seulement en termes d'image, puisque notre pays, hôte à Genève du deuxième siège de l'ONU, comme l'a rappelé le rapporteur, a une réputation internationale à tenir en la matière; mais aussi en termes économiques, puisque la coopération internationale crée directement ou indirectement des milliers de postes de travail en Suisse. Selon des estimations avancées par l'Université de Neuchâtel et par l'Institut des hautes études internationales et du développement, chaque franc investi dans l'aide publique au développement en 2014 a rapporté 1,19 franc à la Suisse. Ainsi, l'aide publique au développement rapporte plus qu'elle ne coûte.
Certes, cette aide coûte malgré tout. Mais son coût, qui plus est, réparti sur plusieurs années, demeure plutôt minime, surtout si on le met en balance avec la responsabilité de la Suisse face à un monde gangrené par la guerre, l'insécurité, la faim et la pauvreté. Le premier objectif du développement durable vise précisément à éradiquer la pauvreté d'ici 2030. Oui, cela a un coût, mais cela n'est pas de prix.