Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-12-15
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-12-15
Wortprotokoll
Je remercie Madame Seydoux-Christe d'avoir soulevé cette question. Il est utile de rappeler quelques éléments de cette tragédie, la tragédie qui se déroule dans cette région.
Dans la région, la situation est très difficile, en Irak aussi où des millions de personnes ont été déplacées. L'Irak avait aussi accueilli des réfugiés syriens qui s'étaient dirigés, dans un premier temps, vers le Kurdistan irakien. Avec le début de l'offensive à Mossoul, le nombre de personnes qui dépendent de l'aide humanitaire et qui sont dans une situation très dangereuse augmente dans tout le pays, tous types de populations confondus. Les opérations militaires à Mossoul mettent en danger 1 million d'habitants de la région qui peuvent être utilisés, pour certains, comme boucliers humains par exemple ou qui peuvent être victimes d'expulsions forcées. Bref, la situation pourrait encore s'aggraver ces prochains jours; elle est déjà grave maintenant.
L'engagement de la Suisse en Irak s'inscrit dans le cadre d'une stratégie régionale, c'est-à-dire en Syrie, en Irak, de même qu'au Liban, en Jordanie et en Turquie. Nous combinons toute une série d'instruments: l'humanitaire, le développement, la promotion de la paix et la défense du droit international humanitaire.
Je dirai un mot encore à propos de ce qui se passe ces jours-ci en Syrie, en particulier à Alep. On a constaté ces derniers temps une véritable faillite de la solution politique. Il n'y a pas de solution politique en Syrie.
Malgré tout ce que nous avons pu faire pour soutenir la médiation de l'ONU, nous devons reconnaître qu'actuellement les principaux acteurs voient la solution dans une approche militaire uniquement. Concrètement, nous poursuivons le soutien aux efforts politiques. Il ne consiste pas seulement - comme je l'ai entendu ici ou là - à jouer le rôle de l'hôtelier pour les négociations. Nous avons aussi des experts dans le groupe de médiation de l'ONU.
De plus, compte tenu de cette situation, nous avons clairement décidé de renforcer le volet humanitaire de notre action non seulement en termes de moyens, mais aussi en termes de développement, c'est-à-dire non seulement avec l'humanitaire d'urgence, mais aussi avec le développement par le renforcement de la résilience dans les camps de réfugiés, par exemple, ou dans les pays qui accueillent beaucoup de réfugiés. Puis, nous avons décidé de tenter d'ouvrir une antenne humanitaire à Damas pour mieux organiser notre action et pour renforcer le rôle de la Suisse, qui est très spécifique, dans la facilitation humanitaire, non seulement en notre faveur, mais également pour les grandes organisations internationales humanitaires, pour qu'elles puissent par exemple mieux accéder à toute une série d'endroits où elles ne le peuvent pas. Cela, c'est ce qui se passe ces jours-ci et qui est véritablement dramatique en Syrie.
En Irak aussi, la situation est très grave. Vous l'avez dit, les Yézidis sont des individus qui forment un groupe véritablement vulnérable - il n'y a pas du tout de doute à ce sujet - et ils méritent une attention particulière. La violence en Irak est exercée contre des populations de ce genre, et les Yézidis en sont une parmi d'autres. Toutefois, la violence touche pratiquement tout le monde, y compris d'ailleurs la majorité musulmane.
Notre objectif d'aide humanitaire reste d'atteindre les personnes qui en ont réellement besoin, sans discrimination et selon le principe d'impartialité. Or il se trouve que nous avons renforcé notre action dans la région où se trouve en particulier la population yézidie. Il s'agit du gouvernorat de Ninéwa, dans le nord de l'Irak, où nous essayons en effet d'apporter une assistance humanitaire, sanitaire, médicale et psychosociale aux populations qui sont dans ces régions. Par conséquent, cela concerne également les femmes et les enfants yézidis.
Je me permets d'aborder un élément relativement récent. Depuis le début de l'offensive à Mossoul, plusieurs dizaines de milliers de personnes supplémentaires ont été déplacées. L'aide humanitaire suisse a financé de nouveaux projets et nous nous sommes engagés également à soutenir un peu plus encore le Comité international de la Croix-Rouge. Nous avons livré du matériel pour approvisionner et désinfecter de l'eau en faveur de 10 000 personnes. Des femmes et des enfants yézidis se trouvent certainement parmi ces déplacés dont je viens de parler maintenant. De plus, par le biais de la Division "Sécurité humaine" du DFAE, qui est chargée des projets de sécurité humaine et de promotion de la paix, la Suisse soutient un projet d'ONG internationales qui vise à défendre les droits des civils les plus vulnérables en Irak, et notamment de ceux des personnes déplacées dans leur pays, des femmes ou des membres de minorités ethniques ou religieuses. Ce projet vise à améliorer les capacités des organisations de la société civile à défendre le droit des civils. Un des partenaires du projet est la Sinjar Foundation for Human Development, qui a été fondée par la membre yézidie la plus connue du Parlement irakien, Madame Vian Dakhil.
Enfin, la Suisse, dans le cadre d'un projet de sécurité humaine également, soutient l'ONG suisse Geneva Call qui vise à promouvoir le droit international humanitaire en Irak. Dans le cadre de ce projet, la communauté yézidie est sensibilisée sur ses droits découlant du droit international.
Je suis bien conscient que ce sont des projets qui sont difficiles à réaliser, que les progrès concrets sur le terrain sont extrêmement compliqués à obtenir, mais nous avons la ferme volonté de poursuivre cette action de la Suisse avec les principes de la Suisse, parce que l'action humanitaire dans cette région est de plus en plus politisée. Or nous essayons précisément d'en rester à nos principes. C'est important et, d'ailleurs, l'utilisation de l'aide humanitaire, voire l'attaque contre l'aide humanitaire de manière à pouvoir influencer la tournure des événements, restera aussi, malheureusement, un élément marquant de cette crise dans toute la région syrienne.
J'ajoute que le Conseil fédéral a décidé de mettre un accent particulier sur la question des minorités religieuses. Il le faisait déjà dans les faits, mais c'était peu expliqué. Nous avons décidé de systématiquement expliquer mieux, dans le cadre des rapports de politique extérieure, ce qui est fait dans le domaine non seulement du soutien aux minorités religieuses, [PAGE 1231] mais aussi de l'engagement pour essayer d'aider à maintenir la diversité religieuse, en particulier dans cette région.
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