Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2017-03-08
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-03-08
Wortprotokoll
C'est toujours un événement que de pouvoir aborder les rapports de politique extérieure. C'est peut-être le seul domaine où nous avons deux rapports, l'un de politique extérieure proprement dite, et l'autre de politique économique extérieure, qui sont présentés et discutés chaque année de manière aussi intense. Il y a d'autres domaines de l'activité politique en Suisse, tout particulièrement de politique intérieure, qui mériteraient parfois aussi des réflexions à intervalles réguliers.
Ce rapport, comme ceux des années précédentes, prend comme point de départ la situation dans le monde. Oui, l'ordre international aujourd'hui est dans une situation difficile. Il y a une remise en question de l'ordre international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et de celui, je dirai même, qui a suivi la décolonisation. Ce n'est pas forcément l'ordre libéral lui-même qui est remis en cause, comme le dit le rapport, mais bien plutôt la prétention hégémonique de cet ordre libéral, parce que aujourd'hui il y a d'autres types de visions du monde qui s'affirment. On entre dans une situation d'affrontements entre puissances, ce qui génère des conflits. Nous faisons donc face à des conflits, par exemple, en Syrie et en Irak, présentant une confrontation directe ou indirecte entre la Russie et les Etats-Unis. Ici, en Europe, en Ukraine, nous assistons à la confrontation entre la Russie et l'Europe, avec comme enjeu nos valeurs, notre vision de l'Etat de droit, des relations internationales et du droit international. Nous sommes aussi les témoins d'un conflit qui est beaucoup plus sourd, mais qui pourrait générer aussi une confrontation armée en Asie, en mer de Chine, où la puissance chinoise cherche l'affrontement avec les Etats-Unis et ses alliés.
Dans ce contexte, il est clair que le monde est moins sûr, moins stable, ce qui est préoccupant pour l'ensemble des populations civiles et pour nous. Pour la Suisse et sa population, il faut donc aussi rappeler qu'il est important de réaffirmer l'attachement au projet européen, dont nous partageons les valeurs, et qui garantit une stabilité propice à notre peuple et à notre économie. C'est par ce biais que nous pouvons aussi promouvoir nos valeurs, celles qui ont fait la Suisse: garantir la paix et favoriser la coexistence pacifique des peuples.
Notre destin est lié à l'Europe. Il est préoccupant de voir les replis identitaires qui s'opèrent en Europe. Nous devons apporter notre contribution au projet européen. Celle-ci passe par la consolidation de la voie bilatérale. C'est par ce biais que nous pourrons stabiliser nos rapports avec l'Europe et contribuer à son développement et au nôtre. Je ne peux que regretter de constater que, dans l'un des piliers de la politique suisse favorable à la voie bilatérale, à savoir le Parti libéral-radical, il y a aujourd'hui des dissidents qui commencent à se manifester ici ou là.
Une autre chose dont nous avons besoin en ce qui concerne l'Europe, c'est d'un contrat-cadre. Il faut que le Conseil fédéral aboutisse rapidement dans la négociation de ce contrat-cadre.
Enfin, il faut naturellement que la Suisse participe à la cohésion européenne, à la lutte contre l'exclusion sociale dans les pays européens et faire en sorte que les conditions-cadres pour combattre correctement le chômage des jeunes et l'exclusion sociale soient réunies. Ce sont ces facteurs qui minent le projet commun au sein de l'Europe géographique [PAGE 248] et politique et mettent en danger nos valeurs et le projet démocratique.
Je dirai qu'il y a un autre domaine dans lequel il y a encore passablement à faire, c'est celui de la cohérence de nos politiques au-delà de l'Europe.
Dans le présent rapport sur la politique extérieure 2016, la cohérence des politiques est abordée en quelques paragraphes, sur une page et demie, aux pages 1304 et 1305. Cela montre que cette question est considérée comme quelque chose d'annexe. Ce n'est pas annexe: c'est central. C'est d'autant plus central que cela doit s'articuler dans la perspective des "Sustainable Development Goals", à savoir en français les Objectifs pour le développement durable, qui ont été approuvés par la communauté internationale en 2015. Ces objectifs concernent non seulement les pays en voie de développement ou sous-développés - selon la façon dont vous voudrez les appeler -, mais ils concernent pour l'essentiel également nos pays, c'est-à-dire aussi la Suisse. Nos pays sont incités à revoir leur politique en matière économique et de coopération internationale. Ces politiques doivent elles aussi aboutir à des modifications des rapports de forces. Il s'agit d'être cohérent sur le plan de la politique fiscale, de la politique économique extérieure et de la politique de coopération au développement.
L'année prochaine, dans ce fameux rapport sur la politique extérieure, nous voudrions pouvoir lire un chapitre consacré en priorité au problème de la cohérence, non seulement à celui de la cohérence institutionnelle, qui a été saluée de manière positive par l'OCDE, mais encore à celui de la cohérence sur le plan matériel. Le but est d'analyser comment la Suisse peut contribuer de manière plus efficace à un développement harmonieux et comment les Objectifs pour le développement durable peuvent être atteints. Il s'agit aussi d'une manière claire pour nous de promouvoir nos valeurs, qui sont inscrites d'ailleurs à l'article 54 alinéa 2 de la Constitution: "La Confédération ... contribue à lutter contre la pauvreté ainsi qu'à promouvoir ... la coexistence pacifique des peuples ..."