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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-03-08

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-03-08

Wortprotokoll

La motion vise, concrètement, à réorienter 20 pour cent des moyens alloués à l'aide au développement vers ce que nous faisons déjà dans le cadre de la crise syrienne, à savoir en Syrie et dans les pays voisins, en particulier au Liban et en Jordanie.

Qu'est-ce que cela veut dire concrètement? Si nous prenons les dépenses de coopération internationale - et non pas toutes les dépenses de l'aide publique au développement, qui comportent les dépenses particulières de migration -, elles représentent en gros 2,5 milliards de francs, ce qui correspond à un peu plus de 3 pour cent des dépenses de la Confédération. La part destinée à l'aide humanitaire dans la coopération internationale s'élève à environ 20 pour cent, soit un peu moins de 500 millions de francs. La présente proposition vise à prioriser l'aide d'urgence, partout ou presque. Or, toute l'aide humanitaire pour une année dans le monde entier représente un peu moins de 500 millions de francs. Par exemple, ce que nous faisons maintenant contre la crise alimentaire, contre la véritable famine qui sévit dans la Corne de l'Afrique, est inclus dans ce montant.

La motion vise à accorder 20 pour cent supplémentaires à l'aide directe, ce qui voudrait dire en gros 500 millions de plus. Ce montant devrait être réorienté, donc enlevé ailleurs. Il serait enlevé à quoi? Il faut bien se rendre compte que cela voudrait dire changer complètement le projet relatif à la coopération internationale 2017-2020, que vous venez d'accepter. Ces 500 millions de francs devraient être réorientés en arrêtant des programmes dans dix à quinze pays prioritaires ainsi que des projets de coopération économique au développement. Il faudrait remettre en cause les engagements multilatéraux, notamment en ce qui concerne le climat et les banques de développement. Il faudrait abandonner d'autres engagements humanitaires, comme celui qui est lié à la crise alimentaire dont je viens de vous parler, en Somalie, au Nigeria, au Yémen.

Bref, on devrait faire des choix tels que toute la construction de la coopération internationale ainsi qu'elle a été voulue par le Parlement, serait complètement remise en cause. Donc, la conséquence réelle de la motion est le démembrement de l'aide au développement, puisqu'on ne veut faire que de l'humanitaire. C'est un peu comme si, dans une ville, on décidait de donner tous les moyens aux pompiers, et plus rien à l'école primaire.

Le Conseil fédéral vous propose de poursuivre et d'intensifier nos efforts, tels qu'ils ont été décidés par le Parlement, tels que vous les avez décidés il y a quelques mois, dans le cadre du projet relatif à la coopération internationale 2017-2020.

Concernant la crise syrienne, nous sommes tout à fait convaincus qu'il faut en faire le plus possible. Nous faisons de "l'aide humanitaire plus", comme je l'ai déjà dit à une ou deux reprises ce matin: nous aidons sur place, mais nous n'aidons pas seulement à court terme, nous visons également la résilience des populations dans cette région; nous aidons dans les écoles, dans les domaines de l'eau et du travail. En 2016, par exemple - soyons très concret -, nous avons fourni un hébergement à 40 000 personnes, permis l'accès à l'éducation à 70 000 élèves et offert l'assistance alimentaire à 120 000 personnes dans cette région.

La Suisse fait sa part. Nous allons encore augmenter cette part cette année, avec un peu plus de moyens que prévu. Nous mobilisons, par ailleurs, tous les instruments de la coopération internationale: l'aide humanitaire, bien sûr, la coopération au développement aussi, mais également la médiation et la politique de paix, parce que le meilleur moyen d'éviter les souffrances, les migrations forcées, toute cette catastrophe qui existe depuis des années, ce serait de faire la paix en Syrie. Et bientôt, d'ailleurs, il va falloir non seulement résoudre la crise, mais encore reconstruire le pays. Admettons qu'on ait résolu cette crise, il faudra encore se poser la question de la reconstruction de la Syrie, un véritable plan Marshall international. D'ailleurs, une conférence est prévue dans quelques semaines pour commencer à y penser.

Pour toutes ces raisons, j'estime que la politique proposée par le Conseil fédéral, et acceptée il y a quelques mois par le Parlement, est la plus raisonnable. Il faut tenir notre ligne de conduite, il faut se donner les moyens d'affronter la terrible catastrophe humanitaire en Syrie, mais aussi les autres catastrophes, et se donner les moyens de prévenir les prochaines catastrophes dans d'autres régions du monde. Pour cela, il ne faut pas affaiblir l'aide au développement.