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Hêche Claude · Ständerat · 2017-03-08

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-03-08

Wortprotokoll

Personne ne détient la vérité et chacun mérite de donner son avis dans notre démocratie, c'est un fait. Mais est-ce que les initiants se sont demandé ce que deviendrait une Suisse sans redevance? Dans un pays marqué par la diversité linguistique et culturelle, le service universel dans le domaine des médias est un ciment qui renforce notre nation.

Dans le merveilleux monde sans redevance, c'est indéniable, chaque ménage économiserait quelques centaines de francs par année. Or, ce même ménage s'en mordrait vite les doigts, avec une information limitée au strict minimum et consacrée aux événements les plus vendeurs et avec de la publicité en continu. Autant dire que plusieurs régions en feraient les frais et n'auraient plus beaucoup de chance qu'on parle d'elles à nos concitoyens. De plus, la garantie de pouvoir suivre des manifestations, par exemple culturelles et sportives, au niveau international sans payer de supplément, comme c'est le cas aujourd'hui avec la redevance, n'existerait plus.

Actuellement déjà, malgré des moyens importants dévolus à la SSR, il n'est pas simple de couvrir chaque spécificité. Dans un monde médiatique ultralibéralisé, seul celui qui a le plus de moyens y trouverait son compte. Et, dans l'affaire, la qualité et la diversité des informations ne pèseraient pas bien lourd!

Alors bien sûr, rien ne sert de financer des programmes coûteux et intelligents que personne ne regarde. Mais je crois que la SSR fait des efforts louables pour répondre aux critères de rentabilité et de diversité.

Nos chaînes nationales n'ont pas à rougir de leurs programmes, mais nous nous devons de rappeler la SSR à ses obligations à chaque fois que c'est nécessaire, afin de raconter et de présenter de manière équilibrée les cantons d'une même région linguistique. Car, il faut oser le dire, les réussites économiques, sociales, sportives, culturelles, n'ont pas la même importance si elles proviennent du bassin lémanique ou de l'Arc jurassien.

Nous attendons de la SSR, en particulier du directeur de la RTS, que les régions dites périphériques soient véritablement traitées avec égard et respect dans un souci d'équité. Mais il faut savoir raison garder et le fait de priver la SSR de toute redevance reviendrait à se priver d'un outil de réflexion et de cohésion indispensable dans un pays comme le nôtre, pour lequel l'identité nationale est une construction de tous les instants. [PAGE 143]

Le principe de base doit ainsi demeurer afin que non seulement toutes les régions linguistiques, mais aussi tous les groupes de personnes profitent d'offres intéressantes: communautés linguistiques différentes, personnes malentendantes ou malvoyantes, jeunes et vieux, personnes issues de la migration. Il faut donc avoir la critique constructive et au besoin être plus contraignants dans nos exigences.

L'élaboration d'une loi sur les médias, très attendue, permettra de répondre à un certain nombre de nos demandes et notamment à celle visant à soutenir les médias régionaux qui sont en grand danger. Naturellement, les médias locaux donnent des informations locales et, ce faisant, participent de manière non négligeable à la vie des régions, de toutes les régions linguistiques. Ils sont des relais incontournables de la vie politique locale, mais également, j'insiste sur ce point, de la vie politique fédérale.

Il faut aussi relever que le soutien à la SSR n'est pas une opposition aux médias privés. Il faut donc cultiver la relation de complémentarité et non pas la domination d'un acteur sur les autres. La concertation, et peut-être aussi un certain respect, doivent être améliorés. A cet égard, j'attends de la SSR un peu de retenue en matière de contenu. Innover, oui; vouloir tout faire, non. Des changements doivent avoir lieu et vont avoir lieu, mais une révolution n'est pas nécessaire.

Le but visé par l'initiative ne correspond pas à notre manière de fonctionner et interroge à plus d'un titre. Que deviendraient les télévisions régionales et les radios locales en cas d'acceptation? Que se passerait-il pour les 1,5 million de personnes qui vivent dans les régions de montagne et les régions périphériques? Sans parler, le président de la commission l'a rappelé tout à l'heure, des milliers d'emplois de qualité à des postes intéressants qui seraient remis en question?

Supprimer la redevance à la SSR et aux télévisions et radios régionales, c'est faire la part belle aux géants des médias, à des groupes étrangers, et leur laisser une marge de manoeuvre totale pour dicter leurs règles. Ils fixeraient les tarifs, les horaires, et je peux vous garantir que les émissions culturelles ou politiques, par exemple, ne passeraient pas à 20 heures.

Supprimer la redevance, reviendrait à confier la télévision aux seules lois du marché, mais cela ne serait pas gratuit. L'économie de la redevance pour le citoyen serait largement récupérée ailleurs. Certes, le téléspectateur pourrait choisir un certain nombre d'émissions, mais à quel prix et avec quelle garantie d'accessibilité? Informer de manière objective et indépendante et enrichir culturellement sa population est une noble mission; c'est un service public, accessible à tous, et aussi un acte de solidarité qui garantit la cohésion nationale.

Pour ces quelques raisons, je vous invite, comme la commission et le Conseil fédéral, à rejeter cette initiative populaire.