Béglé Claude · Nationalrat · 2017-03-08
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2017-03-08
Wortprotokoll
Le groupe PDC salue le rapport établi par le Département fédéral des affaires étrangères. Son contenu est riche, fluide et les priorités y sont clairement définies.
Certes, la période que nous traversons constitue une nouvelle donne, avec une remise en question de l'ordre international libéral, tel que nous l'avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La montée en puissance des nationalismes, du protectionnisme, ou peut-être serait-il plus juste de parler d'isolationnisme, s'est manifestée l'an dernier au travers du Brexit et de l'élection du président Donald Trump. Des phénomènes semblables se sont d'ailleurs produits dans d'autres pays.
La remise en question du libre-échange, ainsi d'ailleurs que celle de bon nombre d'institutions internationales, constitue autant de défis auxquels un petit pays comme le nôtre est confronté. Vivant de la valeur ajoutée qu'il engendre et, donc, des échanges internationaux dont il se nourrit, notre pays a besoin d'un monde qui reste ouvert et un tant soit peu stable, aussi bien tout près de chez nous que dans un contexte plus large.
J'ajoute quelques mots à propos de notre neutralité. Elle est l'un des principes fondamentaux de notre politique extérieure, mais cela ne signifie pas que nous devons être timorés. Nous avons le droit de nous engager pour la défense de nos valeurs et le Conseil fédéral a raison de le faire.
Dans notre environnement immédiat s'est posée la question cruciale de nos relations avec l'Union européenne. Certes, il ne s'agit pas de donner un blanc-seing à la manière dont fonctionnent les institutions communautaires. Nous sommes trop bien placés, avec notre tradition démocratique parfaitement rodée, pour ne pas voir les grains de sable qui grippent [PAGE 251] ici ou là la machine européenne. Pas besoin d'être plus royaliste que le roi. En revanche, c'est un fait, notre pays se situe en plein milieu du dispositif européen, et les deux tiers de nos échanges et, donc, de notre prospérité, dépendent de nos voisins. C'est pourquoi cela a été un soulagement, au terme d'un long suspense, de parvenir en fin d'année à un début d'accord préservant au moins l'essentiel: la ratification du protocole à l'Accord sur la libre circulation des personnes concernant la République de Croatie, qui a assuré à la Suisse la pleine association au programme Horizon 2020.
Compte tenu du Brexit s'est ouverte en parallèle une deuxième négociation, celle-ci avec la Grande-Bretagne. En soi, rien n'indique qu'il faille craindre un obstacle majeur, mais ces deux discussions étant concomitantes, attention à ne pas commettre de faux pas. "Mind the gap!"
Si l'épineux dossier européen est celui qui nous affecte le plus directement, il n'empêche que l'évolution du monde en général à moyen terme aura tout autant d'impact sur notre prospérité et sécurité. Dans un monde de plus en plus interconnecté, personne n'est complètement à l'abri de ce qui se passe ailleurs. Parmi les principaux chambardements en cours, on songe d'abord à la profonde remise en question par laquelle sont en train de passer les Etats-Unis, à la suite de l'élection de Monsieur Donald Trump à la présidence. Quelles conséquences cela aura-t-il sur l'équilibre mondial? Le slogan "America first" va-t-il remettre en question les relations avec le Mexique, mais aussi avec l'Union européenne, la Russie et surtout la Chine? Probablement, oui. Certes, les relations bilatérales entre les Etats-Unis et la Suisse ne sont pas directement menacées, pas davantage d'ailleurs que ne le sont celles qui existent entre la Grande-Bretagne et notre pays. En revanche, le partiel désengagement américain des institutions multilatérales risque de peser lourd sur le bon fonctionnement d'une gouvernance mondiale digne de ce nom, ceci ayant pour victimes collatérales l'Etat de droit, le bon fonctionnement de la démocratie et la paix dans certaines régions du monde, notamment aux confins de l'Europe. C'est pourquoi le rapport 2016 du DFAE accorde une importance toute particulière à l'engagement de la Suisse en faveur de la paix et du développement dans les régions en crise, de la Syrie au Sahel.
Il vaut mieux agir en amont et prévenir les crises que d'essayer de réparer les pots cassés après coup. C'est bien pour cela que la Suisse cherche autant que possible à mener une action coordonnée en combinant les différents instruments à sa disposition. C'est ainsi que les objectifs stratégiques sont définis en commun par les différents acteurs en présence: la Direction politique du DFAE pour la vision d'ensemble; la Division de la sécurité humaine, tant pour essayer d'empêcher de façon préventive l'éclosion des conflits que pour agir par la suite en tant que médiateur afin d'en sortir; la Direction du développement et de la coopération pour améliorer les conditions de vie des populations les plus défavorisées et apporter, si nécessaire, une aide humanitaire; le SECO pour le développement sain de l'économie de marché; et le SEM pour une gestion maîtrisée de l'immigration. Il est d'ailleurs important, aux yeux du groupe PDC, qu'existe un lien effectif entre développement et migration, car, plus on parviendra à créer de réelles perspectives locales pour les jeunes sur place, moins on aura affaire à eux ici, avec tous les problèmes d'intégration culturelle et professionnelle que cela implique.
En résumé, c'est donc une approche cohérente, inclusive et efficace que mène la Suisse, mettant en avant les conditions nécessaires à la prospérité du pays, mais aussi, de façon plus générale, la paix, la sécurité et la défense de nos valeurs.