Béglé Claude · Nationalrat · 2017-03-08
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2017-03-08
Wortprotokoll
J'ai déposé, lors de la dernière session d'automne, un postulat chargeant le Conseil fédéral de voir comment il pourrait mieux soutenir la mise en place de formations professionnelles diplômantes, voire universitaires, dans les camps de réfugiés - c'est-à-dire là-bas - afin que ces personnes puissent quitter les camps et devenir autonomes. Le Conseil fédéral vous recommande d'accepter ce postulat.
J'aimerais maintenant tenter de vous convaincre de soutenir ce postulat, parce que je pense que c'est en permettant à ces personnes de s'intégrer dans l'économie locale qu'on arrivera à quelque chose. Les bénéfices seront multiples. Au minimum, on donnera à ces personnes la chance de refaire leur vie, comme on dit. Elles contribueront au dynamisme économique de leur région et, en fait, les avantages économiques seront bien supérieurs.
Pour commencer, rendons-nous à l'évidence: la problématique des réfugiés va durer. Le nombre de réfugiés dans le monde, vous le savez, augmente d'année en année pour atteindre aujourd'hui une ampleur inégalée depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec 65 millions de réfugiés selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Un tiers des réfugiés ont quitté leur pays et deux tiers sont des réfugiés internes. En Syrie, près d'un foyer sur deux est déraciné. Malheureusement, les séjours dans les camps de réfugiés, qui étaient censés être de courte durée, ont tendance à se prolonger dans le temps. Selon le HCR, deux tiers des réfugiés dans le monde sont en "situation prolongée de réfugiés", c'est-à-dire qu'ils restent entre cinq et vingt ans dans les camps à attendre, sans perspective d'avenir professionnel. S'ils ne font rien, cela représente un gâchis très regrettable.
Il faut donc promouvoir la formation pour les aider à se réintégrer dans l'économie locale, et leur permettre de devenir indépendants. Il faut leur rendre la confiance en eux nécessaire et les doter des compétences qui leur permettront de devenir économiquement autonomes. Tout bon libéral, forcément, ne peut être que favorable à un tel projet.
Il s'agit aussi de promouvoir des formations qui correspondent aux besoins de l'économie locale. Ces nouvelles compétences dynamiseront le tissu économique social de la région et en feront un facteur de croissance. Il y a un véritable effet boule de neige. En effet, on a pu constater que, pour chaque personne qui quittait un camp, parce qu'elle avait les moyens de subvenir à ses propres besoins, c'était plusieurs de ses proches qu'elle emmenait avec elle. Au Burundi, par exemple, un réfugié avec une perspective d'emploi entraîne avec lui cinq personnes.
Enfin, en faisant cela, on crée une génération d'initiateurs du changement, les fameux "change makers". Ces personnes vont ensuite en aider d'autres qui, à leur tour, seront des moteurs pour répondre aux problématiques des réfugiés et mieux soutenir la scolarité de leurs propres enfants. C'est en cela que l'on peut dire que les bénéfices d'un soutien à la formation dans les camps de réfugiés excèdent largement l'investissement que ce soutien a engagé. Il faut éviter d'encourager une culture d'assistés; il faut que les gens se prennent en main et assument leurs propres responsabilités.
Concrètement, il existe déjà des initiatives qui vont dans ce sens. Par exemple, en 2012, un centre de formation professionnelle hébergeant menuiseries, boulangeries, forges et commerces a vu le jour dans un camp de réfugiés au Soudan du Sud. Au Burundi, c'est une université qui a vu le jour dans un camp de réfugiés en 2014, avec l'appui de notre EPFL, répondant aux besoins de l'économie locale en termes d'agrobusiness, de technologie Internet, d'activités du secteur tertiaire, etc. Quelque 600 étudiants arrivent chaque année à obtenir un diplôme et chacun des enseignants est déjà lui-même détenteur d'un master ou d'un doctorat. Dernier exemple, la mise sur pied d'une formation en électricité dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie, ce qui a permis aux réfugiés d'assurer l'entretien de leur propre camp et leur permettra aussi de reconstruire leur pays par la suite.
En conclusion, nous n'échapperons pas au besoin de fournir un effort de formation pour les réfugiés. Il vaut mieux agir, une fois de plus, en amont, que de payer les pots cassés en aval. Aidons-les à faire leur vie. Ajoutons aussi que l'impact d'un financement beaucoup plus conséquent pour les formations in situ permet d'aider davantage de personnes. Soutenir la formation dans les camps de réfugiés est donc une solution judicieuse, car socialement, humainement et économiquement cohérente.