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Borloz Frédéric · Nationalrat · 2017-03-14

Borloz Frédéric · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2017-03-14

Wortprotokoll

Je vais tenter de résumer l'avis du groupe libéral-radical sur ce débat et sur le rapport du Conseil fédéral qui, je ne vous le cache pas, n'a pas tout à fait répondu à ses attentes.

Premièrement, parce que nous assistons en Suisse à ce qu'on pourrait appeler une convergence des médias. Les [PAGE 393] frontières qui séparaient la presse écrite des médias audio ou télévisuels sont de moins en moins précises, à cause de la métamorphose que provoque le développement du digital. Deuxièmement, les journaux doivent faire face à une situation de concurrence et à des enjeux qui mettent clairement leur avenir en danger. Dans ce contexte, le rapport du Conseil fédéral ne donne pas assez de pistes pour faire face à cette situation inédite. Troisièmement, le statu quo, que prône le rapport du Conseil fédéral, n'est pas pour nous une option à moyen terme, notamment sur le plan économique et pour la presse écrite. Enfin, cette situation nous montre qu'il est nécessaire de mener une réflexion fondamentale sur la définition du service public et sur la régulation médiatique en général, que celle-ci soit renforcée ou totalement libéralisée - régulation que le Parlement souhaite en tous les cas.

Il n'est donc pas simple de synthétiser notre position, que je vais décrire maintenant point par point.

D'abord, même si cela paraît évident, il est utile de rappeler ici que les médias jouent un rôle central dans notre démocratie. Ils garantissent un regard critique sur la vie politique, économique et sociale. Dans une démocratie directe comme la nôtre, une bonne information des citoyens est une nécessité. Ce sont les citoyens qui garantissent la démocratie - et c'est sans doute ce à quoi nous sommes le plus attachés -, et par là, d'une certaine façon - et c'est légitime -, le service public représenté par la SSR, qui dispose déjà d'un statut particulier en comparaison européenne - j'y reviendrai peut-être dans un instant.

Le groupe libéral-radical se montre préoccupé par le recul du nombre de journaux en Suisse. Les trois plus grandes entreprises médiatiques possèdent désormais 80 pour cent de tous les titres de quotidiens. Or la liberté de la presse n'a véritablement de valeur que dans la mesure où il existe un minimum de diversité dans la presse. A cela s'ajoute que le marché des journaux est un pilier de l'offre médiatique. Si nous perdons cette offre, nous perdons des sources d'information importantes, aux niveaux régional et national.

L'actuelle concentration est représentative d'une situation devenue critique pour la diversité médiatique, je viens de le dire, mais il est également à relever que la SSR, avec une part de marché de 30 pour cent de l'offre télévisuelle et de 60 pour cent de l'offre radiophonique en Suisse, joue un rôle dominant en tant que chaîne nationale. Donc les médias, tant privés que ceux qui bénéficient de la redevance - et ils sont nombreux, surtout sur le plan local ou régional - se livrent une concurrence de plus en plus forte sur Internet. Tant que celle-ci est garante d'une offre diversifiée, le groupe libéral-radical ne voit aucune raison d'intervenir - bien au contraire - dans ce domaine.

Ce qui serait contraignant en revanche, ce serait le fait que la SSR augmente son offre sur Internet, jusqu'à avoir une offre dominante, sans que celle-ci se développe par elle-même et de façon globale. Cette situation priverait les médias privés d'une audience suffisante pour faire évoluer leurs propres offres. Par conséquent, toute régulation qui accentuerait ce risque doit impérativement être évitée ou corrigée.

Il ne s'agit pas de considérer la SSR comme une vache sacrée, car il ne faut pas oublier que les médias privés contribuent à cette diversité de l'offre médiatique qui nous est chère. Le groupe libéral-radical veut une large offre de service public et conjointement de médias privés dans toutes les régions linguistiques du pays. Dans ce contexte, l'aide aux médias joue un rôle indiscutable, voire vital, pour l'information générale, surtout sur les plans local et régional. Il ne s'agit pas d'une attitude anti-SSR, mais d'une position plutôt destinée à stimuler les évolutions indispensables dans le paysage audiovisuel suisse. La télévision de ce jour n'est pas la télévision de toujours. Celles et ceux qui affirment que la télévision va disparaître d'ici cinq à dix ans ont sans doute tort. Mais ce qui est certain, c'est que la télévision, dans cinq ou dix ans, ne sera absolument pas la même que celle que nous regardons aujourd'hui et dont tout le monde bénéficie dans notre pays.

Nous devons donc nous efforcer de garantir une offre médiatique provenant à la fois des acteurs privés et de ceux qui sont au bénéfice de la redevance dans toutes les parties du pays et dans les différentes zones linguistiques bien sûr, mais également dans les régions spécifiques et historiques qui, bien que parlant la même langue, ont des traditions et une économie très différentes d'un bout à l'autre du pays. La question décisive est donc de savoir comment garantir une diversité médiatique appropriée en Suisse.

J'arrive au terme de ma prise de position, que je résumerai par un petit commentaire personnel: nous devons trouver un juste équilibre, un équilibre subtil, mais nous ne devons pas jeter le bébé avec l'eau du bain, comme on le dit en français. L'existence d'une chaîne nationale est très importante en Suisse; elle contribue largement à l'unification de notre pays et de nos différentes régions, ainsi qu'à la cohésion nationale.