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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-03-14

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-03-14

Wortprotokoll

Le ton général des interventions est celui de la résignation, tout au moins pour ce qui concerne les aspects financiers de cette opération, et je le comprends bien. Heureusement, Mme Beerli et quelques autres, dont M. Lauri, ont souligné aussi l'élément positif, extrafinancier, qui est celui d'une fête qui se prépare, d'une fête à l'occasion de laquelle les différentes générations et les régions de Suisse peuvent se rencontrer.

Il ne s'agit pas aujourd'hui de refaire l'histoire de cette organisation. Mais quand même, plusieurs d'entre vous ont rappelé qu'en 1996, le message du Conseil fédéral (96.041) avait une tout autre vision de l'organisation de l'exposition nationale que celle qui s'est réellement concrétisée. A l'époque, c'était la vague galopante, M. Béguelin l'a dit, de la privatisation et des espoirs que le secteur privé allait reprendre un certain nombre de tâches que l'Etat, traditionnellement, assumait. Le message prévoyait une intervention massive des privés et une garantie modeste de la Confédération; à cela s'ajoutait un montant modeste à fonds perdu. Et puis, il y avait quand même le fait que la Confédération fixait le cadre dans lequel l'Expo devait se dérouler, avec le choix des [PAGE 167] quatre arteplages. Or ce choix a naturellement compliqué l'organisation et rend probablement plus coûteuse l'organisation de l'Expo que cela aurait été le cas s'il y avait eu un seul site. Mais tout cela appartient à l'histoire.

La deuxième étape, ç'a été la crise, en 1999, lorsque la directrice de l'époque, qui était d'ailleurs fortement appuyée par les médias et en général par le monde politique, a démissionné, ou a été invitée à le faire. Quelle a été la part de l'invitation et quelle a été celle de la décision personnelle? C'est difficile de le redire aujourd'hui. Toujours est-il qu'elle a démissionné, qu'on a changé et complètement réformé les structures, et qu'on a commandé le rapport d'experts Hayek pour voir jusqu'à quel point cette Expo était réalisable sur la base de ce qui avait été prévu initialement.

Je crois que le moment décisif a été la décision d'octobre 1999, au cours de laquelle le Conseil fédéral a décidé, sous conditions, de mettre à disposition des fonds supplémentaires importants pour réaliser l'Expo. Le Conseil fédéral a aussi décidé de repousser d'une année la réalisation de l'Expo. Puis, en complément à cette décision fondamentale, fin 1999/début 2000, le Conseil fédéral a constaté que les conditions qu'il avait mises à l'attribution du crédit étaient réunies ou presque et qu'il fallait que l'opération se poursuive. A partir de ce moment-là, il n'y avait plus de possibilité d'arrêter l'opération, sauf s'il y avait eu, du côté des dépenses, un débordement qui aurait été totalement inadmissible.

Or les dépenses, je le redis à M. Jenny, sont un des aspects du problème, c'est un aspect important et c'est celui sur lequel on a le plus de maîtrise. Depuis 1999, les dépenses sont maîtrisées. On peut discuter sur les chiffres parce qu'il y a différentes manières de calculer, mais je me réfère au message qui dit que les dépenses supplémentaires par rapport au budget de janvier 2000 sont de 29 millions de francs supplémentaires; 75 millions de francs qui, optiquement, apparaissent comme une augmentation de dépenses, relèvent de la technique budgétaire et non pas de dépenses réellement supplémentaires. Donc, les dépenses ont été maîtrisées et, sans tresser de couronnes prématurées aux responsables de l'organisation de l'Expo, je crois qu'il faut le reconnaître et remercier ceux qui ont conduit cette opération.

Il est vrai que les recettes de sponsoring sont inférieures à ce qui était prévu. M. Hayek, au moment où il a fait son rapport, a procédé à des sondages auprès des sponsors potentiels - j'ai eu parfois l'impression qu'il a oublié de téléphoner à la maison Swatch - et, sur la base de ces discussions, il a considéré comme réaliste le montant qu'il avait proposé à l'époque. Ce montant est encore supérieur à la réalité.

Nous avions eu une discussion avec quelques collaborateurs à ce moment-là et nous nous étions demandé s'il ne fallait pas être plus prudent du côté des recettes et diminuer le montant du sponsoring prévu dans les messages qui ont accompagné les demandes de crédits additionnels.

Finalement, nous nous sommes approchés des pronostics de M. Hayek pour deux raisons: tout d'abord parce qu'ils étaient fondés sur des sondages effectués auprès des sponsors potentiels, et ensuite parce que si vous réduisez par trop les recettes de sponsoring dans le message, c'est une incitation à ceux qui hésitent à dire: "Ils ont pris en compte la renonciation de toute une série de sponsors, je vais profiter de l'occasion pour ne pas apporter ma contribution."

M. Wicki a évoqué l'opération qui a été faite lors de la crise de Swissair. C'était une opération collective, j'ai moi-même fait quelques téléphones qui ont amené entre 50 et 100 millions de francs dans l'opération Swissair. Ici, si vous regardez la liste des sponsors, vous constatez que pratiquement toutes les grandes entreprises de Suisse, sauf peut-être l'une ou l'autre, sont présentes. Ce sont celles avec lesquelles on a les contacts les plus réguliers et elles sont toutes présentes.

Cela répond aussi à la remarque plus générale, avec un caractère presque philosophique, de M. Marty Dick sur l'évolution de la philosophie des entreprises, le passage de la "stakeholder value" à la "shareholder value". Dans le cas précis, on ne peut pas tirer la conclusion que vous avez tirée, Monsieur Marty, car les grandes entreprises de Suisse, celles qui sont présentes internationalement, sont aussi présentes à l'Expo. Elles ont manifesté là une philosophie qui relève plus de la "stakeholder value" que de la "shareholder value". C'est quand même, d'une certaine manière, un des aspects positifs de cette opération.

Ce qui a manqué, ce sont les petits ruisseaux, c'est-à-dire les apports des petites et moyennes entreprises. Là aussi des estimations ont été faites. Quelqu'un m'a dit que, dans le milieu des arts et métiers, on considérait qu'on arriverait à lever environ 20 francs de sponsoring par collaborateur, ce qui ne paraissait pas extraordinaire. Malheureusement, les petits ruisseaux n'ont pas réussi à se transformer en grands fleuves. On peut aussi donner des explications. Ce n'est pas le moment de faire des reproches à quiconque, car cela ne sert à rien. Il faut constater que les fleuves n'ont pas crû au cours des dernières années - cette image s'applique aux apports des petites et moyennes entreprises. On n'a pas réussi à créer un climat favorable; c'est peut-être une des faiblesses de certains responsables de l'Expo que d'avoir freiné, par une attitude parfois même arrogante, l'engagement de ceux qui auraient pu apporter collectivement une contribution importante. Toujours est-il qu'aujourd'hui nous n'avons pas le montant des recettes "sponsoring" espéré. C'est la raison pour laquelle nous revenons devant vous avec un projet.

M. Wicki a évoqué les déclarations que j'avais faites devant votre Chambre. A ma plus grande confusion, je dois constater que j'ai fait ces déclarations en toute bonne foi. Aujourd'hui, je dois venir à C après avoir pensé arrêter l'alphabet à B. Peut-être que je ne l'aurais pas fait si nous étions encore à un an et demi ou deux ans de l'Expo. Mais à deux mois de l'Expo, c'est vraiment inconcevable de ne pas aller à Canossa et de ne pas comparaître une nouvelle fois devant vous! Si on était encore à un an ou deux de l'Expo, on aurait pu dire encore une fois: "On arrête l'exercice", en prenant des risques incroyables et en déclarant: "On préfère l'échec plutôt que de prendre des risques, puisqu'il reste encore une année ou deux avant l'Expo et qu'il peut y avoir des dépassements des coûts de construction ou encore des surprises négatives avec le sponsoring. On ne prend plus de risques; on arrête là l'exercice; on arrête là l'énumération des lettres de l'alphabet." A deux mois de l'exposition nationale, au moment où pratiquement toutes les dépenses, sauf celles d'exploitation, sont faites - je suis très reconnaissant à M. Jenny de sa prise de position, elle est logique et relève du bon sens -, il manque les recettes et la possibilité de juger sur pièces.

C'est la raison pour laquelle je suis prêt à aller à Canossa et à solliciter ce crédit additionnel en faveur de l'exposition nationale.

C'est à mon sens quelque chose d'inutile que de se demander s'il pourrait y avoir encore une autre lettre de l'alphabet que nous devrions énumérer. Encore une fois, les dépenses sont faites. On me dit qu'il y a des réserves pour le démontage de l'Expo après sa fermeture, qu'un montant a été prévu pour cela dans les contrats eux-mêmes. Sur la base de ces déclarations, j'ose espérer que la réalité correspondra aux promesses faites et qu'on s'arrêtera là. Mais il reste des risques: des risques de mauvais temps, des risques d'événements internationaux. Il reste un certain nombre de risques, mais ces risques ne sont pas amoindris en refusant aujourd'hui le crédit additionnel.

En politique, assez souvent, on est forcé de prendre une décision non pas en fonction d'arguments positifs, mais en fonction du refus des alternatives. Aujourd'hui, pour certains d'entre vous, ce n'est pas une décision que vous prenez d'une manière positive, avec enthousiasme - je pense à ce qu'a dit M. Jenny -, mais simplement parce que les alternatives sont pires. En politique, il faut toujours considérer les alternatives, et l'alternative, c'est un désastre qui toucherait les petites et moyennes entreprises - M. Lauri l'a rappelé -, qui toucherait profondément à l'image de la Suisse, à la vision qu'ont les Suisses d'eux-mêmes et de ce que leur pays est capable d'exécuter.

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Y aura-t-il, dans 25 ans, une nouvelle exposition nationale? Je me le demande parfois. Je ne sais pas si j'aurai encore l'occasion de la visiter, peut-être qu'on me tiendra par la main, mais pour d'autres raisons, pour la visiter. On verra à ce moment-là! Mais ce dont je suis certain, c'est que si l'exposition elle-même est une réussite, il y aura la volonté de recommencer l'exercice. 1964, du point de vue financier, a été aussi quelque chose de difficile, puisque l'exposition s'est ouverte et, au mois de juin 1964, le Parlement a encore voté un crédit pour éviter qu'elle ne se ferme.

Dans le cas présent, les commissions compétentes nous ont avertis l'an passé que si un crédit était nécessaire, il fallait passer par une procédure normale. C'est ce que nous avons fait. Certains nous l'ont reproché en disant: "Vous auriez dû, en décembre l'an passé, introduire les demandes de crédits additionnels dans le cadre du budget et obtenir un montant supplémentaire." Mais si nous l'avions fait, nous aurions évité la procédure normale, avec le message, parce que nous n'étions pas en mesure de le faire. Nous aurions évité également le débat dans les deux Chambres auquel nous devons nous soumettre et dans lequel nous devons répondre aux critiques qui sont émises par le Parlement. La solution qui est choisie est la moins mauvaise. Espérons que l'Expo sera un succès.

Aujourd'hui, nous avons encore à avaler quelque chose de désagréable. Le moment des louanges, s'il vient, viendra après. Croyez-moi, Monsieur Escher, pour l'instant je n'ai pas le sentiment d'avoir vécu ce qui correspond pour moi à des moments de bonheur dans la louange. Le débat du Conseil national, comme celui-ci, a été un débat dur. Mais je trouve ça juste et tout à fait normal. Le problème, c'est de savoir ce que l'on va faire dans quelques minutes, et je vous suis reconnaissant d'éviter un "grounding" qui serait catastrophique. Et les alternatives sont moins bonnes que ce qui vous est proposé.

Il faut voter ce crédit, ouvrir l'Expo et la vivre, et ensuite tirer les conclusions qui s'imposent pour les générations futures.