Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · 2017-05-30
Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-05-30
Wortprotokoll
Par mon activité syndicale, mon activité de formateur pour les membres, les militantes, militants et secrétaires syndicaux, je rencontre régulièrement des employés du service public. Je dois dire que ce qu'ils me racontent est édifiant. Leur état de santé m'inquiète énormément. Ils me parlent d'horaires impossibles, de cadences infernales, de pression à la productivité: il faut toujours faire plus avec moins de personnel. Ils me parlent de restructurations incessantes qui ne sont même pas terminées quand survient la suivante. Ils me parlent de la multiplication des tâches qui leur sont assignées, de la sous-traitance en chaîne avec des dégradations supplémentaires des conditions de travail à la clé. Ils me parlent de leurs craintes pour l'emploi. Ils me parlent de la baisse de la qualité des prestations et donc de la satisfaction qu'ils éprouvent au travail. Ils me parlent de la baisse de la qualité des conditions de travail, du recours incessant au travail temporaire, aux contrats à durée déterminée, en particulier pour les employés en fin de carrière. Ils me parlent de la protection déficiente contre les agressions et les braquages. Il y a l'exemple tristement célèbre d'une employée de la Poste, dans le canton de Vaud, qui peu de temps après avoir été braquée, ne s'en étant pas remise, a été licenciée pour solde de tout compte.
Ces employés du service public me parlent aussi de la protection déficiente, et c'est important, contre les remontrances de la population, une population excédée à juste titre par les suppressions de prestations, notamment des suppressions d'offices de poste, ou excédée par le bric-à-brac que l'on vend dans certaines filiales au lieu de se concentrer sur le coeur de métier, à savoir le service public. Croyez-moi, chez les sous-traitants, quand bien même ils arborent le logo d'une entreprise publique, c'est encore pire.
Au début, comme toujours lorsque je suis confronté à un cas particulier, je me dis que ce n'est qu'un cas particulier. Mais lorsqu'il y en a dix, vingt, cent et plus, eh bien, ce ne sont plus des cas particuliers.
Et, dans ce contexte, le rapport que je demande au Conseil fédéral sur la santé au travail du personnel des entreprises du service public me paraît indispensable. Et c'est seulement nantis de ce rapport que nous pourrons juger si l'assertion du Conseil fédéral qui "considère que toutes les entreprises fédérales accordent l'attention voulue à la santé de leurs collaborateurs" est conforme à la vérité.
La réponse du Conseil fédéral montre aussi un des défauts majeurs des privatisations et externalisations, c'est-à-dire la perte de contrôle démocratique sur le service public. Ces entreprises sont désormais privées; même si c'est heureux, elles appartiennent à la Confédération, donc au peuple suisse. En conséquence de cette privatisation, les élus du peuple et le peuple lui-même perdent leur pouvoir d'intervention et de contrôle, ou en tout cas une grande partie de ce pouvoir.
Quand le Conseil fédéral "estime que son rôle de propriétaire n'est pas conciliable avec la rédaction d'une étude, en vue d'éventuelles interventions, portant sur le stress au travail dans les entreprises du service public détenues par la Confédération et chez leurs sous-traitants", il se trompe. Un propriétaire prend soin de son patrimoine et de ses employés, à plus forte raison quand il doit être un modèle pour les autres employeurs, comme c'est le cas d'une collectivité ou d'une entreprise publique.
Je suis surpris, pour ne pas dire choqué, que le Conseil fédéral se contente d'informations glanées sur les sites Internet de la Poste, de Swisscom ou des CFF. La population ne tolère certainement pas pareille négligence dans la gestion des entreprises qui lui appartiennent. Je vous remercie de soutenir mon postulat.