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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-06-14

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-06-14

Wortprotokoll

Le fait est qu'il y a des points de cette motion sur lesquels nous sommes d'accord avec les auteurs et des points sur lesquels nous ne le sommes pas. Nous sommes d'accord avec les auteurs sur l'objectif principal, qui est de développer progressivement des liens avec les autorités érythréennes. L'intensification du dialogue, dont j'ai parlé tout à l'heure dans le débat sur une autre motion, est importante, les projets concrets le sont aussi. Nous aidons à renforcer l'action des Nations Unies en Erythrée, à savoir, à l'heure actuelle, celle portant sur les droits humains. Nous lançons des projets à partir de la Suisse, par exemple des projets concernant la formation et l'emploi qui s'adressent aux jeunes. Ce sont de petits projets pour le moment, mais ce sont ces premiers pas qui doivent montrer que la Suisse est réellement intéressée par l'établissement d'un dialogue concret, avec des progrès tant du côté suisse que du côté érythréen, dans le sens aussi du respect de la conditionnalité stratégique, telle qu'elle est voulue par le Parlement. Nous intensifions les missions de dialogue sur place; il y en a eu deux cette année. Nous renforçons notre présence en Erythrée par l'envoi d'un nouvel attaché suisse.

En revanche, Monsieur Reimann, nous ne sommes pas d'accord de tout faire sans imposer aucune condition. C'est le problème avec votre attitude: vous estimez que, sans autre, l'ouverture d'une ambassade de Suisse en Erythrée - qui est un signal important - changera les choses. Je vous rappelle qu'aucun pays n'a signé d'accord de réadmission avec l'Erythrée, même pas ceux qui ont une ambassade sur place. Beaucoup de pays européens n'ont pas d'ambassade à Asmara, mais quelques-uns en ont une. Donc, il n'y a pas de lien direct entre l'ouverture d'une ambassade et la réadmission des Erythréens chez eux. Il est vrai toutefois qu'il est mieux d'être présent. C'est ce sur quoi nous mettons l'accent progressivement. Donc, vous l'avez dit vous-même: nous ne sommes pas très loin du but.

Si l'intervention parlementaire présentée est une motion, nous devons en approuver complètement le texte. Or, vous nous demandez, Monsieur Reimann, d'ouvrir rapidement, presque immédiatement, une ambassade de Suisse à Asmara. C'est un problème financier, comme vous l'avez dit, mais surtout politique. Il faut savoir que c'est un acte qui doit être fait dans le cadre d'un processus. Je répète que nous sommes d'accord avec vous sur le renforcement de la présence suisse en Erythrée. Nous attendons de recevoir des assurances de la part des responsables érythréens. Le processus en cours doit permettre de faire bouger les choses sur le plan du respect des droits humains.

Bien sûr qu'il est bon que les Erythréens aillent aider leur pays. Mais le problème c'est qu'en Erythrée, je le répète, des sujets très importants ne sont pas réglés, comme celui de la durée illimitée du service militaire ou plutôt du service "national", comme cela s'appelle là-bas. La question du développement économique doit être discutée. Si possible aussi, celle des visites dans les prisons. Ce sont là des thèmes sur lesquels nous sommes en discussion avec les responsables érythréens, mais sur lesquels rien n'avance. Il faut être bien conscient que s'il n'y a aucun progrès du côté érythréen, à un moment donné, on ne peut plus parler d'un véritable dialogue constructif. Donc, cela prend du temps.

De plus, il faut impliquer la région, je vais y revenir. Dans votre motion, et je vais aussi y revenir tout à l'heure, il y a un passage sur le Soudan qui est assez sidérant, je dois dire. Il faut donc impliquer la région. On le fait avec des pays européens, mais je crois que la clé est souvent dans la région, avec les pays voisins.

La situation avec l'Erythrée est très compliquée, mais on peut la faire évoluer sur la base d'un véritable dialogue, ce que nous sommes en train de faire.

Concernant le réseau diplomatique, le Conseil fédéral ne souhaite pas le réduire. Nous aimerions rappeler que nous avons fixé des principes, avec vous, sur une base d'universalité de réseau. En même temps, depuis des années, on a essayé par tous les moyens d'augmenter l'efficacité du réseau tout en le gardant aussi large que possible; cela, c'est vraiment une des spécificités de la Suisse. Nous n'avons pas d'alliances, mais nous avons un réseau universel. Il est fondamental de le garder et donc de ne pas le réduire. On a essayé de le réduire, mais, en général, c'est le Parlement qui refuse. Il arrive qu'on veuille fermer une ambassade pour en ouvrir une autre, c'est possible et cela peut être souhaitable selon la situation. Mais c'est plutôt l'inverse qui s'est passé ces dernières années: il y avait une nécessité d'ouvrir des ambassades, mais également des consulats.

Vous nous dites qu'il faut réduire le réseau ailleurs, spécifiquement à Khartoum, au Soudan. Dans la version française de la motion, vous parlez d'un pays insignifiant. Donc, le Soudan serait "unbedeutend". Le Soudan est loin d'être "unbedeutend", comme vous le dites de manière peu respectueuse dans un texte qui est discuté au Parlement suisse. La Suisse est universelle dans son approche des relations. Aucun pays n'est "unbedeutend" à nos yeux. Aucun! Le Soudan ne l'est pas. Le Soudan, en superficie, c'est 20 fois la Suisse. C'est le carrefour des routes migratoires vers l'Europe. C'est un pays qui accueille des centaines de milliers de personnes, issues en particulier de l'Erythrée. Par conséquent, il joue un rôle très important pour éviter que ces gens prennent trop de risques pour arriver en Europe, où ils ne sont pas toujours les bienvenus. A mon avis, c'est un excellent partenaire. Même s'il a passé par des périodes difficiles, le Soudan est un excellent partenaire pour pouvoir progresser précisément dans des cas aussi délicats que l'Erythrée.

Nous venons de "réchauffer" les relations diplomatiques avec le Soudan en invitant le ministre soudanais à des discussions. Elles ont été particulièrement intéressantes, notamment sur l'Erythrée, parce qu'il faut comprendre la culture de la région. Franchement, ce n'est pas forcément avec les Danois qu'on comprendra le mieux la situation en Erythrée, avec tout le respect que j'ai pour les Danois; ce n'est pas non plus avec les Suisses. On ne connaît pas assez la culture de la région; il faut apprendre à la connaître pour pouvoir réussir une approche de dialogue. C'est ce que nous faisons aussi avec des pays comme le Soudan. Donc, de grâce, n'écrivez plus des choses pareilles dans des textes qui sont discutés au Parlement. Montrez du respect pour les autres pays, y compris pour ceux qui vous paraissent peut-être moins importants.

Nous ne devons donc en aucun cas pas diminuer les moyens engagés au Soudan maintenant. Ce serait faux, en particulier pour ce qui concerne la question migratoire. Donc, de l'avis du Conseil fédéral, nous sommes, en ce qui concerne l'Erythrée, dans un processus qui avance par étapes.

Concernant notre présence sur place, nous sommes d'accord de la renforcer et nous la renforçons actuellement. Nous avons trouvé une solution qui nous permet d'être présents très régulièrement, pas toujours, mais très régulièrement. L'ouverture d'une ambassade de Suisse en Erythrée est envisagée, mais à terme. Donc, on ne peut pas en ouvrir une immédiatement. La décision sera prise par le Conseil fédéral en fonction de l'évolution en cours en Erythrée et en fonction des perspectives qui seront offertes au cours du dialogue. L'ouverture d'une ambassade est possible, mais elle [PAGE 1086] ne doit pas avoir lieu immédiatement sans aucune contrepartie. Si vous souhaitez que nous en ouvrions une, nous le ferons, parce que c'est vous les chefs en quelque sorte. Mais vous devez savoir que, sur le plan de la relation avec un Etat, donner tout sans rien demander en retour, c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Dans le cas de l'Erythrée, ce serait surtout jouer une carte trop tôt dans un jeu qui est encore compliqué.