Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-06-14
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-06-14
Wortprotokoll
Je ne sais pas si vous êtes du même avis que moi, mais je trouve que, ce matin, on a vraiment des sujets très intéressants. Cette motion est aussi un sujet très intéressant.
On est d'accord sur le fait qu'il convient de poursuivre ce programme d'aide alimentaire. Jusque-là, on est d'accord. Mais nous sommes d'avis qu'il faudrait l'adapter, pour le rendre plus efficace. Et les moyens de le rendre plus efficace sont impressionnants, j'y reviendrai tout à l'heure. Mais sachez dès le départ que le but ici est, tout simplement, concrètement, d'aider beaucoup plus de gens qui souffrent de la faim avec le même nombre de francs. C'est uniquement cela. Donc, vous avez à décider si vous voulez ou non, avec le même nombre de francs, aider plus de gens qui souffrent de la faim.
Tout cela part d'une évaluation de notre programme d'aide alimentaire, comme cela a été dit par Monsieur le conseiller national Hausammann. Jusqu'ici, le programme consistait principalement - j'essaie de faire simple - en l'achat de lait en poudre auprès des producteurs suisses au prix A, soit le prix prévu pour le marché intérieur suisse, et la livraison de ce lait en poudre depuis la Suisse à certaines ONG suisses et au Programme alimentaire mondial. C'est le système actuel.
La conclusion du rapport d'évaluation, c'est, d'une part, que la livraison de produits laitiers ne constitue pas toujours la modalité d'aide la plus adéquate. Ce n'est pas la modalité la plus adéquate, par exemple, dans un contexte de crise alimentaire aiguë, comme on en a actuellement dans plusieurs endroits du monde. Il faut des instruments qui permettent une aide rapide, la distribution de produits riches en protéines, plus rapidement disponibles, meilleur marché et plus efficaces.
D'autre part, il est logique que le Programme alimentaire mondial continue d'approvisionner en lait en poudre des pays dans lesquels il ne s'agit pas d'une crise aiguë mais d'un problème chronique. C'est le cas en Corée du Nord, pour prendre un exemple particulier; c'est la réalité: là-bas, il y a une pénurie alimentaire chronique.
Si on modifie le système et qu'on accorde directement les moyens financiers au Programme alimentaire mondial, alors la Suisse peut atteindre un plus grand nombre de personnes, dont souvent des enfants qui souffrent de la faim. C'est pourquoi nous avons décidé de la politique suivante.
Premièrement, nous avons décidé d'accorder les moyens directement au Programme alimentaire mondial, c'est vrai. Nous avons décidé d'en faire un partenaire qui reçoit directement ces moyens.
Deuxièmement, si ce partenaire décide d'acheter du lait en poudre, eh bien, il devra prendre en considération, à terme, toute offre de lait en poudre suisse qui correspond aux exigences du prix B, et non du prix A. C'est le prix qui est fixé [PAGE 1087] par les producteurs de lait pour les exportations. C'est un prix qui est plus bas que le prix A; c'est le prix qu'on utilise pour l'exportation et pas pour le marché suisse.
Troisièmement, l'achat de lait en poudre par le Programme alimentaire mondial en 2018 se fera toujours au prix négocié pour 2017, soit un prix se situant entre le prix A et le prix B. Il y a eu un accord qui sera poursuivi en 2018; il ne va donc pas s'arrêter immédiatement. Le prix se situe donc un peu entre les deux, entre le prix du lait pour l'exportation et celui pour le marché suisse. Cela veut dire que, concrètement, à partir de 2019, avec 13 millions de francs - si les budgets permettent que ce montant reste inchangé, mais c'est normalement comme cela que c'est prévu - eh bien, on pourra aider 1 million de personnes de plus pour une crise de trois mois. Cela fait presque le double de ce qui est fait actuellement.
L'enjeu est simple, il dépend de l'objectif. C'est un beau projet dans le sens qu'il aide les paysans suisses et, en même temps, les personnes pauvres qui souffrent de la faim, mais actuellement nous estimons que nous devons aller plus loin et ne pas assurer pour ce lait en poudre, qui part à l'étranger, le prix du marché suisse. Je sais que c'est quelque chose qui n'est pas très agréable à entendre, mais c'est quelque chose qui est juste. Nous vous le proposons, mais c'est à vous de décider.