Maire Jacques-André · Nationalrat · 2017-09-14
Maire Jacques-André · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-14
Wortprotokoll
Le groupe socialiste suivra les positions du Conseil fédéral et du Conseil des Etats et recommandera très clairement le rejet de l'initiative et de toute proposition de contre-projet. Les arguments ont déjà été bien expliqués ce matin. Nous allons tout de même répéter un certain nombre de choses et en particulier insister sur le fait que, en démocratie directe, il est fondamental que les citoyens puissent se forger librement une opinion après avoir entendu ou vu la présentation des diverses opinions en présence.
Dans ce sens, les médias audiovisuels permettent d'informer le public en toute indépendance, en particulier lorsqu'ils bénéficient d'un financement majoritairement public. C'est le cas, bien sûr, de la SSR, mais c'est aussi le cas des 34 chaînes de radio et de télévision régionales privées qui, par le biais de la redevance, peuvent remplir leur mission de service public.
On nous a dit tout à l'heure qu'il s'agissait, pour les partisans de l'initiative, de passer au "tout privé". Je crois que la situation actuelle de la presse écrite nous montre bien à quelle impasse ce modèle nous conduit, en particulier les mouvements de concentration auxquels nous assistons en Suisse romande, qui sont très inquiétants par rapport à la liberté d'expression de tous les points de vue.
En plus de la mission d'information, les médias titulaires d'une concession jouent un rôle fondamental de soutien à la culture par la prise en charge d'importants coûts de production et en garantissant la diffusion d'oeuvres et d'artistes suisses qui ne pourraient jamais avoir un tel accès dans les médias privés en Suisse et encore moins à l'étranger. Les statistiques démontrent très clairement ces faits.
Les réalisateurs, d'ailleurs, et les producteurs de cinéma sont farouchement opposés à l'initiative. Rappelons au passage que ce domaine de la production cinématographique génère actuellement en Suisse près de 10 000 emplois. Les chanteurs et musiciens suisses se sont aussi adressés à nous, et ils montrent bien qu'ils sont attachés au service public et s'opposeront aussi à la diminution des chaînes publiques, qui leur permettent d'être diffusés dans notre pays.
Si, par malheur, l'initiative devait être acceptée, les régions linguistiques minoritaires ne pourraient plus bénéficier d'offres de médias publics suisses de qualité. Ces régions, qui bénéficient de l'équivalence des prestations et de la péréquation garantissant une distribution surproportionnelle des ressources, ne pourraient plus compter que sur des offres de médias privés, essentiellement étrangers, qui ne tiendraient plus aucun compte de leur spécificité. Les médias de service public audiovisuels jouent donc, et cela a déjà été dit et redit ce matin, un rôle essentiel pour la cohésion nationale de la Suisse.
Les partisans de l'initiative préconisent de recourir aux abonnements à des offres privées. Or, toutes les comparaisons que l'on peut faire à ce niveau montrent que ce système, pour des prestations équivalentes, est beaucoup plus coûteux pour le consommateur. Là aussi, nous sommes face à une impasse.
De plus, et Madame Graf-Litscher l'a déjà relevé, la SSR occupe des milliers de personnes dans notre pays, près de 6000 équivalents plein temps d'emplois directs, mais tout autant d'emplois indirects, qui seraient condamnés en cas d'acceptation de l'initiative. J'ai mentionné les 34 chaînes de radio et de télévision qui lui sont liées par concession. Là aussi, près de 1000 équivalents plein temps seraient menacés.
Il convient de rappeler que la SSR est financée à plus de 70 pour cent par la redevance et que les 5 pour cent de redevance redistribués aux radios et télévisions régionales permettent de couvrir 30 à 70 pour cent des charges de celles-ci. Les autres recettes de la SSR proviennent essentiellement de la publicité. Or, on l'a déjà dit, ces recettes ont tendance à stagner, voire à diminuer, notamment à cause de la concurrence déloyale provoquée par les fenêtres publicitaires destinées à la Suisse, mais diffusées par des télévisions étrangères, ces télévisions ne participant par ailleurs pratiquement pas au soutien de la production audiovisuelle dans notre pays.
Il est très important que la SSR conserve son indépendance en matière de gestion et de conception des programmes ainsi que sa liberté rédactionnelle, dans le respect du cadre fixé par la concession. Il ne s'agit en aucun cas d'une radio ou d'une télévision d'Etat, mais d'un service public de qualité, dont la très large majorité de nos concitoyens est satisfaite.
Je crois qu'il faut le redire ici: les initiants ne représentent qu'une infime minorité ultralibérale en matière de médias, et nous espérons vivement que cette initiative sera balayée ainsi que toute tentative de contre-projet, qui aurait d'ailleurs des conséquences tout aussi graves pour les régions périphériques et pour les médias de service public.