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Borloz Frédéric · Nationalrat · 2017-09-14

Borloz Frédéric · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2017-09-14

Wortprotokoll

La situation médiatique en Suisse est complexe et subit une évolution rapide ces dernières années. D'une part, d'énormes parts de marché publicitaires ont été perdues ces dernières années; on parle de sommes considérables, de 1 à 1,5 milliard de francs. La faute n'est imputable à personne, bien sûr, mais il faut simplement faire le constat qu'une évolution incroyablement rapide est en cours dans les médias, et que les pays voisins utilisent des [PAGE 1369] moyens technologiques qui leur permettent de venir prendre des parts de marché publicitaires dans notre pays.

D'autre part une initiative appelée communément "No Billag" propose ni plus ni moins de supprimer la redevance que chaque résident et entreprise paient annuellement en Suisse. En résumé, c'est la fin du service public qui est ainsi proposée, un service fourni à la population à travers la télévision, la radio, les médias électroniques, mais aussi à travers des soutiens culturels, sportifs, associatifs, etc. Il s'agit d'un service dit universel qui transmet aux habitants de la Suisse, et aussi de manière internationale, de l'information, du divertissement, des reportages, du sport, bref, un aperçu global de la vie de notre pays et de ce qui se passe dans le monde 24 heures sur 24, et ceci dans nos langues nationales.

On a tous des critiques à formuler à l'encontre des médias. Peut-être encore plus vis-à-vis de la SSR qui profite d'une manne publique. Qu'on soit d'un parti de gauche ou d'un parti de droite, un Suisse romand, un Zurichois, un Tessinois, par exemple, on a trouvé, ici, qu'il y en avait trop pour la partie adverse, là, qu'il n'y avait pas assez d'objectivité, une autre fois, qu'un programme était ridicule; bref, il y a un mécontentement légitime.

Mais c'est un peu l'arbre malade que l'on regarde et qui cache la forêt. Tout cela ne permet toutefois pas de jeter purement et simplement nos chaînes nationales à la poubelle, car celles-ci cumulent de nombreuses fonctions utiles pour nous, les Suisses, ou à tout le moins les habitants de notre pays. D'abord, il y a un élément de cohésion nationale qui me paraît évident. Non seulement on parle quatre langues dans notre pays, mais les sensibilités sont aussi très différentes à l'intérieur d'une même d'une zone linguistique: modes de vie, habitudes, économies et traditions sont multiples et très distincts.

La Suisse est en quelque sorte un petit miracle qu'il faut entretenir, dont il faut s'occuper. L'armée a contribué à jouer le rôle de "ciment national", mais ses effectifs ne permettent plus de considérer cette institution comme majeure dans cette mission. D'autres institutions, comme Swissair, ont disparu, alors qu'elles contribuaient aussi à notre union nationale moderne. Aujourd'hui, supprimer la redevance, c'est supprimer avec elle des chaînes nationales fortes, ce qui revient à affaiblir un élément de cohésion important.

Ensuite, il y a le niveau d'information et la qualité de production de notre diffuseur national. Il est indiscutable qu'en diminuant son budget, on diminuera aussi la qualité de la prestation ou sa quantité. Bien sûr qu'il y a des économies à faire - il y en a toujours -, mais une diminution de revenus décidée et appliquée à la hache reviendrait sans aucun doute à ce que les programmes déçoivent encore plus qu'aujourd'hui. A ce titre, les propos qui ont été tenus par Monsieur Hiltpold sont tout à fait pertinents. Une baisse des revenus pourrait convenir à certains concurrents, certainement, mais c'est une vue à court terme et il n'y a absolument aucune garantie que la qualité perdue soit compensée, bien au contraire, ai-je envie de dire - nous avons quelques exemples dans les pays voisins qui le démontrent très bien.

Enfin, la SSR offre un divertissement propre à la Suisse. Voulons-nous voir un match de football Suisse-Italie, par exemple, présenté par un commentateur italien, ou un match Suisse-France présenté par un commentateur français, uniquement? Qui diffusera dans toute la Suisse un sport national répondant à une tradition ancrée dans notre pays comme étant une tradition suisse des plus vivantes?

Le contre-projet, comme je viens de le dire, correspond à une coupe à la hache. Le Parlement ne peut prendre le risque d'appauvrir ainsi le paysage médiatique suisse par une diminution arbitraire de la redevance ou par son annulation pure et simple. Pour cette raison, le groupe libéral-radical se positionne clairement contre l'initiative "No Billag" et s'oppose à un contre-projet.

Comme dans toutes les démocraties, les médias et leur diversité jouent un rôle central dans la structure d'un Etat efficace. Les médias apportent un point de vue critique sur la politique et l'économie. Aujourd'hui, en Suisse, les trois grands groupes médiatiques possèdent environ 75 pour cent des quotidiens et, à lire lesdits journaux, la concentration n'est pas terminée. Or, c'est la diversité des médias qui garantit leur liberté d'information. Nous sommes à une croisée des chemins, nous devons donc faire un choix et consolider notre direction.

C'est dans ce contexte que le groupe libéral-radical recommandera le rejet de l'initiative et de tout contre-projet, mais reviendra prochainement avec un large programme de réformes destinées à donner un cadre moderne au développement des médias en Suisse, pour les Suisses.