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Béglé Claude · Nationalrat · 2017-09-14

Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2017-09-14

Wortprotokoll

Ce qui est en jeu ici, c'est la défense des valeurs suisses, de la culture suisse, le contenu spécifiquement suisse dans les émissions, car notre beau pays, dans sa diversité, n'atteint à bien des égards pas la masse critique qui lui permettrait de financer sans subventions la production de contenus spécifiquement suisses. Il en va de la cohésion nationale, et cela concerne en particulier les minorités romande, italophone et romanche ainsi que les régions périphériques.

A cet égard, les médias audiovisuels de Suisse romande ont lancé hier un logo dont j'aimerais vous parler. Ce logo, créé par les radios privées romandes, les télévisions privées romandes et la RTS s'intitule tout simplement "Média de service public". Il se décline en service public général et régional. Les médias audiovisuels romands concrétisent ainsi la charte qu'ils ont signée au début de l'année dernière. Ils essaient de travailler ensemble pour informer les Romands de manière diversifiée, en collaborant dans différents domaines, tels que la formation, les archives, les prestations numériques ou encore la production de certaines émissions. L'initiative "No Billag" et un éventuel contre-projet mettraient en danger cette entente entre Romands. L'affaiblissement des paysages audiovisuels de notre pays, c'est la porte ouverte non seulement aux télévisions étrangères - déjà très présentes -, mais aussi aux radios étrangères qui n'attendent que cette opportunité.

Il faut certes éviter que le poids prépondérant de la SSR étouffe les initiatives des autres acteurs, dont la presse écrite en premier lieu. Leur travail d'enquête et d'investigation, leurs reportages originaux, leurs tribunes de parole, leur liberté d'opinion et la diversité qui en résulte nourrissent intensément le débat et la réflexion, ceci pour autant, bien sûr, que soit réservée l'indépendance d'opinion des rédactions romandes notamment.

Par ailleurs, il faut absolument unir les efforts de tous, secteur public et secteur privé réunis, pour permettre en Suisse comme ailleurs l'émergence du numérique, parce que, à moyen terme, tous se retrouveront dans le même panier et nous, Suisses, risquons de nous retrouver la tête sous l'eau, pris dans le maelstrom de la globalisation du monde des médias. Ne nous trompons pas d'ennemi.

Cela étant, j'aimerais encore attirer votre attention sur trois points qui figurent dans le texte de l'initiative "No Billag" et dont on a très peu parlé:

1. "La Confédération met régulièrement aux enchères des concessions de radio et de télévision." Cela veut dire que les entreprises actuelles avec leurs propriétaires, leurs actionnaires et leurs collaborateurs, seraient régulièrement mises sous pression par la vente aux enchères de leur concession. Ce serait la porte ouverte à des achats par de grands groupes européens, allemands et français en tête, qui ont des moyens considérables; les groupes suisses ne pourraient pas résister.

2. "Elle" - la Confédération - "ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision. Elle peut payer la diffusion de communiqués officiels urgents." Concrètement, cela veut dire que les communiqués urgents ne seraient plus diffusés qu'à Genève, Lausanne, Berne, Lucerne, Bâle, Zurich et Saint-Gall, car partout ailleurs, dans les régions périphériques et de montagne, il n'y aurait plus de média audiovisuel pour les diffuser.

3. "En temps de paix, la Confédération n'exploite pas ses propres chaînes de radio ou de télévision." Cela veut dire, a contrario, que la Confédération devrait exploiter des chaînes en temps de crise ou de guerre. Que prépareraient ces chaînes ? Qui les financerait ? Qui les organiserait? Pour ceux qui ont vécu le temps de la Division information, presse et radio, les coûts d'une telle organisation sont connus; il s'agit de centaines de millions de francs.

Toutes ces raisons montrent que l'initiative "No Billag" et un éventuel contre-projet n'ont rien à faire dans notre paysage médiatique. La presse écrite passe par une période d'adaptation difficile, et "No Billag" risque, en plus, de détruire les médias audiovisuels existants. L'heure est plutôt à la concertation entre les divers acteurs, pas à la destruction de la SSR. Ne nous tirons pas une balle dans le pied et protégeons notre cohésion nationale dans toute la diversité culturelle de ses régions.

Je vous appelle à recommander le rejet tant de l'initiative que d'un éventuel contre-projet.