Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2017-09-21
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-09-21
Wortprotokoll
Le rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité de la Suisse passe en revue de manière très exhaustive l'ensemble des problématiques en rapport avec les questions de sécurité auxquelles notre pays pourrait être confronté. C'est un rapport complet, car, en plus de l'aspect purement militaire, il traite, outre les questions en relation avec les Etats qui nous entourent, et plus largement avec l'ensemble de la communauté internationale, les problèmes de sécurité intérieure avec toutes les questions liées à la criminalité, au terrorisme et aux nouveaux risques liés à la cybercriminalité, sans oublier les dangers en rapport avec les questions environnementales, même si on peut toujours faire mieux. C'est tout l'intérêt de ce rapport: il met en exergue les dangers véritables auxquels notre pays pourrait être confronté, aujourd'hui comme demain. Je le répète: il s'agit du terrorisme, de la cybercriminalité, de la criminalité tout court, notamment transfrontalière, sans oublier les dangers liés au réchauffement climatique, en particulier les inondations et les éboulements dramatiques, comme les Grisons viennent de les connaître récemment.
Dans ce rapport, le Conseil fédéral reconnaît implicitement la nécessité de réviser nos paradigmes en matière de priorités quant aux risques qui menacent notre pays. En effet, le Conseil fédéral précise dans son rapport "qu'il est peu probable que la Suisse soit directement menacée par une attaque armée, que ce soit au sens traditionnel du terme ou sous une forme non conventionnelle, au cours des années à venir. On ne peut identifier aucun Etat ni aucun groupe qui dispose des capacités pour attaquer la Suisse par des moyens militaires et qui manifeste également l'intention de le faire." C'est clair et c'est évident.
Après la Seconde Guerre mondiale, le continent européen a eu la sagesse de réfléchir et de créer des institutions politiques et militaires instaurant des alliances qui rendaient quasiment impossible tout conflit en Europe. Avec la chute du mur de Berlin, l'essentiel des pays membres du Pacte de Varsovie, les pays baltes en prime, ont rejoint l'OTAN et l'Union européenne. Depuis 25 ans, notre continent a bien vécu quelques conflits, notamment en ex-Yougoslavie ou plus récemment en Géorgie et en Ukraine.
Mais il s'agissait clairement des derniers soubresauts de la nouvelle réorganisation de l'Europe à la suite de la chute de l'empire soviétique. Prenons la Yougoslavie. Après plusieurs décennies sous la chape de plomb d'un régime communiste, qui a annihilé toutes les velléités indépendantistes et caché les haines ancestrales entre les différents peuples et les communautés religieuses qui coexistaient en Yougoslavie, la mort de Tito et la fin du communisme ont créé les conditions des tragiques conflits que l'on a connus durant les années 1990. Après l'an 2000, dans un contexte de déclin majeur et de crise économique, la Russie s'est réveillée un peu groggy, isolée, amputée de sa zone d'influence historique, limitée dorénavant à quelques rares pays: la Biélorussie, l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, pays sur lesquels elle a tenté de garder à tout prix une influence en soutenant notamment les populations russophones et russophiles. C'est là que se concentrent aujourd'hui les tensions aux confins de l'Europe.
Mais il faut être clair: en aucune manière la Russie n'a et n'aura pour longtemps encore la capacité de s'attaquer à un pays européen, en particulier s'il est membre de l'OTAN, et cela pour deux raisons. En premier lieu, son niveau d'armement, bien qu'en phase de renforcement, reste sans comparaison avec celui des Etats-Unis ou celui des autres Etats membres de l'OTAN, qui investissent plus de douze fois plus que la Russie pour leur défense. En second lieu, sur la base de l'article 5 du traité fondateur de l'OTAN, si la Russie ou un autre pays devait attaquer un Etat membre de l'OTAN, c'est l'OTAN dans son ensemble qui serait attaquée.
Cette situation crée un contexte privilégié et extraordinairement favorable pour la Suisse, qui est nichée au milieu d'un continent protégé par l'OTAN. La Suisse est en fait un passager clandestin de l'OTAN. Si l'on ajoute que nous sommes entourés de pays amis avec lesquels nous collaborons et commerçons, ces différentes circonstances réduisent à néant les risques que notre pays soit confronté à un conflit traditionnel. Pourtant, d'autres dangers nous menacent, et il est temps de faire évoluer la conception de notre défense, de rediscuter l'allocation de nos ressources et de mettre enfin plus de moyens pour parer aux véritables dangers, notamment au terrorisme et à la cybercriminalité, en priorité.
Pour relever ces défis, il faut, comme le demandent les responsables des polices cantonales, augmenter sensiblement le nombre de policiers ainsi que renforcer le Corps des gardes-frontière, et développer aussi de manière claire nos moyens pour lutter contre la cybercriminalité.
Pour pacifier le monde qui nous entoure et diminuer les risques de tensions et d'attaques terroristes, il est essentiel d'accroître et de consolider notre aide au développement, ainsi que de renforcer nos moyens d'action pour la promotion de la paix. Les pays d'Afrique, en particulier, ont besoin de sécurité pour se développer et de moyens pour assurer leur développement. Il s'agit d'un défi majeur, primordial, pour diminuer à terme les pressions migratoires qui pourraient augmenter notablement dans les trente prochaines années.
Ce rapport, malheureusement, ne présente aucun choix, aucune option claire. On cite les problèmes, mais on ne modifie en rien nos priorités; c'est regrettable. Le seul point positif de ce rapport réside donc dans l'étendue de son champ d'analyse. Alors, quand la majorité de la Commission de la politique de sécurité de notre conseil propose de modifier les conditions de la pratique dans la réalisation de rapports sur la politique de la sécurité de la Suisse, en limitant leur portée aux problèmes militaires, on fait totalement fausse route.
Aussi, je vous invite, au nom du groupe socialiste, à refuser la motion 17.3621, "Rapport sur la politique de sécurité", qui vous sera soumise tout à l'heure.