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Chevrier Maurice · Nationalrat · 2002-06-04

Chevrier Maurice · Nationalrat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2002-06-04

Wortprotokoll

La discussion portant sur le rapport de gestion du Conseil fédéral est l'occasion bien sûr de jeter un regard rétrospectif sur les événements qui ont marqué la vie politique et administrative de la Confédération durant l'année écoulée. Elle est également propice à évaluer l'influence à court, moyen et long terme des grandes options prises durant cette même période. C'est dans cette seule perspective et comme montagnard que j'interviens, pour faire part de mes inquiétudes, de mes préoccupations, non seulement au président de la Confédération, mais à l'ensemble du collège gouvernemental.

J'ai le sentiment, forcément subjectif, mais malheureusement sans doute peu éloigné de la réalité, que doucement, gentiment, comme si de rien n'était, la montagne, ou plutôt les montagnards n'intéressent plus, ou en tout cas intéressent moins nos édiles. Notre cadre de vie, lui, fait l'objet d'une attention plus que soutenue, d'une convoitise, aux confins parfois de la provocation. Je pense en particulier à ces groupements qui entendent interdire toute activité humaine dans certaines régions du pays et les laisser purement et simplement à l'abandon. Par contre, les gens qui y vivent tendent à devenir les grands oubliés de la politique fédérale et de la prospérité.

Je pourrais établir un véritable catalogue des modifications législatives, décisions et faits qui péjorent la situation matérielle des populations concernées, compliquent leur [PAGE 661] existence ou les dissuadent de rester dans ces régions. Je me bornerai à citer quelques exemples récents, sans prétention d'exhaustivité. Le service public nouveau - si j'ose l'appeler ainsi -, malgré toutes les promesses qui ont été données au moment de la libéralisation, engendrera, qu'on le veuille ou non, des usagers de première et de deuxième classe. La Poste menace de fermer ses bureaux et ses centres de tri; elle a d'ailleurs déjà commencé ses basses oeuvres: au rang des premières victimes figurent bien évidemment les régions périphériques et de montagne. Swisscom licencie à tour de bras dans ces mêmes régions, et pour être certaine de ne jamais réengager, brade les bâtiments dont elle est propriétaire.

Hormis le cas du tunnel routier du Saint-Gothard, on ne parle plus que du trafic d'agglomération, alors que le réseau autoroutier n'est pas achevé et que les routes menant dans les stations et villages de nos vallées ne sont pas sécurisées. La nouvelle péréquation financière, à dessein ou non, traîne les pieds et les présumés effets bénéfiques que pourraient en retirer les cantons économiquement faibles tarderont à se vérifier dans les faits. La volonté de voir disparaître les petites exploitations agricoles touchera de plein fouet et en premier lieu nos régions. L'abandon des contingentements laitiers sans mesures d'accompagnement signifiera de facto la fin de la production laitière et fromagère en montagne. Le taux spécial dont bénéficie le secteur touristique en matière de TVA est dans le collimateur de plusieurs esprits mal intentionnés. Le secteur des remontées mécaniques, dont l'importance n'échappe à personne, éprouve des difficultés quasi insurmontables à convaincre que ses installations font véritablement partie de l'infrastructure de base, que doivent soutenir non seulement les collectivités locales, mais également les cantons et la Confédération, pour éviter des fermetures programmées dans nombre de stations.

Dans le cadre de la ratification de la Convention sur la protection des Alpes et des protocoles additionnels plus exactement, celui qui intéresse le plus les montagnards, soit le protocole socioéconomique réclamé à cor et à cri, ne sera pas présenté simultanément et risque d'être rangé au placard des mort-nés. La troupe, apport intéressant en dehors des périodes touristiques, fréquente de moins en moins nos régions. J'en passe, et des meilleures.

Il s'agit d'un véritable mouvement de fond, d'une dérive - consciente ou inconsciente, je l'ignore -, mais je la dénonce.

Cette mauvaise impression m'oblige effectivement à allumer un feu orange pour rappeler à nos conseillers fédéraux la liberté d'établissement, ce droit fondamental de vivre dans n'importe quelle région de ce pays, ce droit que les faits doivent confirmer, ce droit qui ne doit pas devenir un voeu pieux. A défaut d'une véritable prise de conscience, d'une consolidation, dans certains secteurs tout simplement de la mise en place d'une vraie politique régionale, l'occupation décentralisée du territoire risque bientôt d'appartenir aux livres d'histoire.

Les équilibres régionaux sont menacés. L'exode rural se poursuit. La concentration des personnes dans quelques grandes agglomérations générera des problèmes bien plus épineux et coûteux que les mesures de soutien aux régions rurales et de montagne. Il en va de la cohésion nationale, et je prie le Conseil fédéral de veiller au grain.