Derder Fathi · Nationalrat · 2017-09-27
Derder Fathi · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2017-09-27
Wortprotokoll
Vous vous penchez ce matin sur le message concernant la participation de la Suisse à l'exposition universelle 2020 de Dubaï. Par ce message, le Conseil fédéral soumet au Parlement une demande de crédit d'engagement d'un montant de 12,75 millions de francs pour la participation de la Suisse à l'exposition. Pour être précis, en tenant compte des charges de personnel et des charges administratives, le plafond des coûts est fixé à 14,84 millions de francs. Sur l'ensemble du budget prévu, au moins 7,5 millions de francs devraient être couverts par des contributions financières de tiers - j'y reviendrai.
Votre commission a traité cet objet le 17 août dernier. Il a été soutenu à une très large majorité. Pour la commission, il s'agit clairement d'une opportunité politique, économique, touristique, scientifique et culturelle pour la Suisse à ne pas rater. Elle soutient donc la participation de la Suisse à cette exposition et le projet du Conseil fédéral.
Je vous rappelle quelques faits. Cette prochaine exposition se déroulera d'octobre 2020 à avril 2021 à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Elle se tiendra pour la première fois dans un pays arabe et musulman. 182 Etats et des dizaines d'organisations internationales sont conviés. On attend environ 25 millions de visiteurs. Et pour la première fois, en raison de la spécificité démographique des Emirats arabes unis, on attend plus de visiteurs étrangers que locaux.
Dans son pavillon, la Suisse s'attend à voir défiler 10 pour cent du total des visiteurs, soit 2,5 millions de personnes. On le voit, une participation à l'exposition offre une très forte exposition pour notre pays, bien entendu. Le pavillon suisse - pour rappeler en deux mots le concept, je ne vais pas détailler tout le projet - offrira aux visiteurs une forme de randonnée [PAGE 1593] à travers la Suisse. Il aura une hauteur de 20 mètres et une surface de 1800 mètres carrés. Il est donc légèrement plus petit que le pavillon suisse de l'exposition de Milan en 2015. Il sera idéalement placé au sein de l'exposition, à proximité du pavillon de l'Etat hôte, ce qui est dû au fait, notamment, que la Suisse a été le premier pays à s'inscrire - cela joue un rôle important. Le thème principal de l'exposition est "Connecter les esprits, construire le futur".
Je le répète, plusieurs aspects sont importants pour la Suisse dans ce contexte. Le premier que je citerai est celui des intérêts et du rôle diplomatique que peut jouer la Suisse dans une région particulièrement tendue et exposée. Cela a été soulevé en commission, il y a eu des interrogations, notamment sur les risques internationaux liés à la région. Il va de soi que, pour notre diplomatie, une exposition internationale est l'occasion de garder des liens établis, de nouer des liens supplémentaires et de conforter le rôle de puissance médiatrice de la Suisse. Il est donc évident que la tension dans la région n'est pas un critère qui devrait nous pousser à renoncer à participer à un événement de ce type; au contraire, cela permettra à la Suisse de garder un rôle de médiateur.
Cela dit, bien entendu, il a été clairement établi et rappelé en commission que si la tension devait monter et devenir plus forte, s'il devait y avoir le moindre risque en participant à une exposition de ce type, il irait de soi que la Suisse n'y participerait pas. Ce n'est toutefois pas du tout le cas aujourd'hui, l'heure étant plutôt, notamment en ce qui concerne les relations avec le Qatar, à la stabilisation de la situation.
L'autre enjeu important pour la Suisse est l'enjeu économique. Les Emirats arabes unis sont le premier partenaire économique de la Suisse au Moyen-Orient. Quelques chiffres illustrent ce poids. Nous avons eu des échanges de l'ordre de 9 milliards de francs avec les Emirats arabes unis en 2016, avec une balance commerciale favorable à la Suisse d'environ 1,5 milliard de francs. La Suisse occupe le dixième rang des principaux investisseurs aux Emirats arabes unis et compte plus de 300 entreprises dans ce pays. Autant dire que c'est un partenaire économique extrêmement important. Enfin, les Etats du Golfe représentent économiquement le septième marché le plus important pour Suisse Tourisme. C'est dire si, pour toutes ces raisons, les Emirats arabes unis sont un partenaire économique essentiel pour la Suisse, et si l'exposition universelle est l'occasion pour la Suisse de maintenir ses liens économiques privilégiés ainsi que de donner une visibilité de la Suisse du point de vue touristique et en tant que puissance sur le plan de l'innovation.
Permettez-moi de dire deux mots sur le budget. Nous l'avons dit, la demande de crédit porte sur 12,75 millions de francs, avec une participation escomptée de partenaires privés de l'ordre de 50 pour cent. Autant dire que nous sommes nettement en dessous du budget prévu pour l'exposition universelle de Milan, qui s'élevait à 23 millions de francs. On le voit: il est évident que des efforts ont été consentis au niveau budgétaire pour permettre de faire de cette exposition un événement intéressant et équilibré sur le plan budgétaire.
J'ajoute deux mots sur des questions qui ont été soulevées en commission, notamment concernant les conditions de travail et le respect des droits de l'homme. On nous a rappelé que la Direction du développement et de la coopération entretenait un dialogue avec de nombreux acteurs dans la péninsule arabique, est active aux Emirats arabe unis et qu'il convenait de maintenir ce dialogue. La question du boycott de l'exposition n'a jamais été prise en considération, et il va de soi que le dialogue qui a lieu aujourd'hui doit être maintenu et entretenu entre les représentants de la Suisse et les autorités des Emirats arabes unis.
Pour toutes ces raisons, la commission vous recommande de soutenir le projet; elle a pris sa décision par 16 voix contre 2 et 5 abstentions.
Je vous rappelle les points principaux: participer à l'exposition universelle 2020 de Dubaï représente pour la Suisse l'occasion de se présenter en puissance sur le plan de l'innovation, en puissance en matière de médiation, de maintenir des relations économiques et commerciale fortes, le tout dans un cadre budgétaire bien maîtrisé.
La commission vous recommande donc de soutenir le projet du Conseil fédéral, à une très large majorité.