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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2017-09-27

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2017-09-27

Wortprotokoll

Je vous remercie pour ces différentes prises de position, assez largement positives, contenant tous les éléments de fond nécessaires au débat qui nous occupe maintenant.

Le premier message que je veux vous adresser, au nom du Conseil fédéral, est qu'il ne s'agit pas seulement d'une [PAGE 1596] nouvelle exposition universelle, de la prochaine exposition universelle. Il s'agit en fait d'une première: c'est la première fois qu'une exposition universelle a lieu là-bas, dans cette région, et donc dans un pays arabe et musulman. C'est un point important, c'est une première et il est donc nécessaire que la Suisse, qui a une politique tout aussi universelle sinon plus que ne le sont ces expositions, marque qu'elle est un pays qui s'y intéresse et si possible même le premier.

Monsieur Wasserfallen a dit, en réutilisant et en modifiant une expression à la mode: "Switzerland first". Oui, c'est juste, mais pas "contre les autres". L'idée est de marquer très clairement le coup, de montrer l'intérêt de notre pays pour les autres et, en l'occurrence, pour cette région du monde. Nous avions déjà fait ce coup lors de l'exposition universelle de Milan en 2015. Nous le refaisons parce que nous le voulons et parce que nous savons que cela aura un impact durable sur la relation ultérieure avec le pays et la région concernés.

Notre objectif, en plus de marquer le coup, est de présenter notre pays, ses valeurs, ses intérêts, de présenter la Suisse comme une terre d'innovation et de tradition. Plusieurs intervenants ont parlé de l'importance des innovations, mais la Suisse est aussi un pays très attaché à ses traditions. A mon sens, on doit faire valoir les deux en même temps.

Vous connaissez ces thèmes. A leur lecture, ils ne semblent pas toujours très intéressants. Dans le cas de l'exposition de Dubaï, le thème s'intitule "Connecter les esprits, construire le futur". Cela signifie concrètement la promotion des partenariats, ainsi que la promotion de la coopération dans le domaine économique. Sur ce point, je vous répète qu'il ne s'agit pas seulement de cela. Ce dossier contient clairement une priorité économique, j'y reviendrai; c'est évident, surtout dans cette région. Il contient plus que cela: ce thème n'a pas seulement une dimension économique; il permet également d'aborder les questions qui concernent la politique de la paix et la politique des droits de l'homme, sans montrer du doigt, mais en utilisant le débat qui peut avoir lieu et la coopération et le partenariat qui peuvent se mettre en place dans le cadre d'une telle manifestation, le but étant de faire évoluer les choses, j'y reviendrai.

S'agissant de la dimension économique, tout d'abord, il y a beaucoup d'opportunités - beaucoup de choses ont été dites, je ne vais pas les rappeler; il y a vraiment beaucoup d'intérêt de la part des entreprises suisses. Il faut être bien conscient que dès que Dubaï a été choisie pour l'exposition universelle de 2020, on a senti que cela représentait d'ores et déjà un intérêt majeur pour l'économie suisse, qui compte environ 300 entreprises sur place. Je ne vous donne pas tous les chiffres, en particulier pas ceux des investissements suisses dans cette région ni de ceux qui viennent de cette région en Suisse. J'aimerais insister sur le fait qu'il n'est pas seulement important d'exposer à Dubaï pour être présent dans la région; Dubaï est aussi un véritable "hub" pour les entreprises qui ont des activités orientées vers l'Asie et vers l'Afrique. Donc il y a un intérêt presque global à disposer d'une présence économique forte dans cette région du monde.

La dimension économique dépasse cela. Avant d'aborder les questions de la politique de paix et des droits de l'homme, j'aimerais insister sur le fait que les relations entre la Suisse et les Emirats arabes unis se sont développées par le biais de consultations politiques, par la coopération dans le domaine de l'énergie, ainsi que dans le domaine de l'éducation - l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne a ouvert une antenne là-bas par exemple -, par le dialogue financier qui se tient depuis quelques années, et par le biais de la coopération au développement et de l'aide humanitaire, puisque les Emirats arabes unis, comme d'autres Etats de la région, sont de grands financiers dans ce domaine. Il importe de pouvoir travailler en concertation de manière à diriger ces flux financiers importants le mieux possible pour qu'ils puissent remplir les objectifs de l'aide humanitaire, tels que nous les concevons en Suisse.

Dans les domaines de la politique de paix et des droits de l'homme, nous sommes une puissance non seulement sur le plan de l'innovation, mais aussi sur ceux de la médiation et des bons offices. Nous jetons des ponts. L'eau comme source de paix sera l'une des thématiques abordées dans le cadre de cette exposition. Ce sujet important est prioritaire pour nous et, si nous n'en parlons pas, il pourrait paraître annexe. Or, c'est un aspect fondamental dans plusieurs de ces régions pour anticiper les risques de nouvelles guerres ou de conflits, qui sont de plus en plus problématiques. La Suisse est très active en matière de bons offices dans cette région.

Sans entrer dans les détails, une exposition comme celle-ci est aussi une occasion de promouvoir les valeurs que sont la paix et les droits de l'homme. Aujourd'hui même, les Emirats arabes unis ont d'ailleurs décidé de promulguer une nouvelle loi sur la protection des travailleurs, en particulier du personnel de maison, et ce n'est certainement pas sans lien avec la pression positive et constructive qui se fait quand un pays ou une région décide ainsi d'inviter le monde chez lui.

Nous avons évoqué le problème des conditions de travail dans le détail en commission et je ne reviendrai pas sur ces points. Je rappelle toutefois que les fournisseurs du pavillon suisse et leurs sous-traitants devront se soumettre à trois clauses contractuelles: une clause de respect du droit du travail, une clause de non-discrimination et de non-violence, et une clause de lutte contre la corruption. Le contrat avec l'entreprise générale donnera le droit à notre département de vérifier le respect de ces conditions de travail. Nous tiendrons compte également des conditions climatiques et culturelles locales - je pense en particulier à la période du ramadan.

L'exposition universelle nous permettra aussi d'intensifier le dialogue avec les dirigeants de ce pays et ceux des entités de cette région. La directrice de l'exposition est par exemple aussi ministre de l'environnement. Nous sommes déjà en discussion avec elle sur toute une série de points et nous intensifierons nos échanges sur les conditions de travail, sur les questions concernant le genre et sur celles relatives aux droits des migrants, domaine dans lequel nous menons un dialogue avec l'ensemble du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe.

Ce dossier comporte évidemment un risque principal - c'est un point que le Conseil fédéral souhaite encore relever avant que vous votiez -, à savoir la situation relative aux tensions dans la région. Sans entrer dans les détails, il y a trois problèmes: le premier, ce sont les tensions accrues entre l'Arabie saoudite et l'Iran; le deuxième, c'est la guerre au Yémen, marquée par une situation humanitaire catastrophique; le troisième, c'est la crise entre plusieurs Etats du Golfe et le Qatar. La Suisse offre ses bons offices à plusieurs niveaux. Toute une série d'éléments ont été mis en place ou sont proposés. Sans entrer dans les détails ici non plus, je peux simplement vous dire que nous avons évidemment réfléchi à l'évolution possible de cette situation et que nous établissons des scénarios. Nous avons défini quatre scénarios possibles, et dans un seul de ces quatre scénarios l'exposition aurait vraisemblablement des difficultés à être organisée. Dans les trois autres scénarios, l'exposition serait maintenue. Nous suivons ce dossier de manière très attentive.

Quelles sont les conséquences, à ce stade du dossier, de la situation prévalant dans la région? Compte tenu des tensions dans la région, nous pourrions avoir quelques difficultés supplémentaires pour trouver des partenariats sur le plan du sponsoring, mais nous ne croyons pas vraiment à cette hypothèse car l'intérêt de tiers reste très marqué. Nous avons aussi observé ce que les autres pays font et nous constatons qu'une centaine de pays se sont déjà inscrits, et que les planifications dans les pays proches du nôtre, par exemple, ont été maintenues telles quelles malgré les tensions accrues qui se sont manifestées l'été dernier dans la région du Golfe.

A cause de cette situation caractérisée par des tensions géopolitiques, nous restons assez prudents dans ce dossier et avons décidé que les engagements financiers ne seront pris qu'à partir de 2018 - c'est évident. Nous avons en outre introduit dans les contrats de la Confédération une clause de force majeure qui stipule que, en cas d'annulation de la manifestation et de non-participation de notre pays, ne seront rémunérés que les travaux effectués jusqu'au moment de l'annulation et ne seront comptabilisées que les prestations fournies jusqu'au moment de cette annulation. [PAGE 1597]

Par conséquent, et dans ces conditions, nous estimons que, pour des raisons de politique économique et de politique extérieure, il est nécessaire de donner une forte impulsion à la participation de notre pays à l'exposition universelle de Dubaï, qui est une première dans cette région.

En ce sens, nous vous remercions de bien vouloir adopter le projet du Conseil fédéral.

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