Bendahan Samuel · Nationalrat · 2017-12-05
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2017-12-05
Wortprotokoll
Je souhaiterais, par cette intervention, tenter de vous convaincre de soutenir le contre-projet direct à l'initiative. En effet, l'initiative et le contre-projet visent un but noble, celui de défendre une catégorie de personnes qui ont souvent la vie difficile et souvent des revenus inacceptables, trop bas, et des conditions de travail qui ne sont pas acceptables non plus. Toutefois, malheureusement, l'initiative propose une série de mesures très diverses et certaines d'entre elles, à mon avis, ne vont pas dans le bon sens pour tenter de réellement aider non seulement les paysans, mais aussi les autres acteurs impliqués dans le commerce de l'alimentation.
Le contre-projet, lui, propose des choses très bien. Par exemple, il reprend l'idée de l'initiative visant à protéger les semences libres, c'est-à-dire à donner ce droit fondamental aux paysans consistant à garder le contrôle des semences. C'est un enjeu majeur de demain et c'est pour cela que je vous invite, même si vous souhaitez recommander le rejet de l'initiative, à soutenir le contre-projet, pour protéger ce droit, pour nos paysans et pour notre économie. Ce droit nous protège aussi, dans la logique du principe de prudence, contre les organismes génétiquement modifiés. L'initiative tout comme le contre-projet le proposent, mais le contre-projet a l'avantage de le faire sans retenir les autres mesures de l'initiative avec lesquelles vous pourriez peut-être ne pas être d'accord.
Enfin, et c'est un élément fondamental pour le commerce agricole de demain: le contre-projet propose aussi, comme l'initiative, de renforcer le commerce direct et d'inciter à ce commerce. Or, il s'agit bien d'une des portes de sortie des paysans, qui renforcerait leur position dans la chaîne de la distribution. L'initiative et le contre-projet le proposent et je vous invite donc, pour cette raison également, à soutenir le contre-projet. Je vous invite d'autant plus à le faire que le contre-projet est spécifique sur un élément fondamental, à savoir la question de la position des paysans dans la chaîne de production et de distribution. Les producteurs, surtout lorsqu'ils sont de petits producteurs, sont souvent à la merci des plus grands groupes, qui ont un certain contrôle sur l'offre de matériel ou de semences, ou sur les capacités d'accéder au marché.
Cela est très problématique du point de vue des producteurs. Il est donc important que nous trouvions des solutions pour renforcer la position des producteurs, pour qu'ils puissent faire valoir leur droit de fixer des prix justes. Cela aussi figure dans le contre-projet tandis que cela ne figure pas tel quel dans l'initiative.
Alors, pourquoi l'initiative n'est-elle pas si bonne que cela? Parce que l'initiative propose un moyen qui, à mon avis, n'est clairement pas le bon pour des raisons qui relèvent des protections douanières. Je ne dis pas que les protections douanières doivent cesser d'exister immédiatement. On n'est pas dans le débat sur la stratégie du Conseil fédéral. Peut-être qu'un jour, cela sera le cas, mais aujourd'hui la question n'est pas là.
La question est la suivante: devons-nous ancrer dans notre Constitution les protections douanières comme moyen efficace de soutien des paysans en difficulté, qui n'ont pas de revenus suffisants et qui doivent trop travailler? En se fondant sur les chiffres, la réponse, aujourd'hui, est résolument non. Malheureusement, c'est une manière extrêmement inefficiente de financer les paysans. On a remarqué, par exemple, que sur les 3,5 milliards de francs que coûtait aux consommateurs la protection douanière, seul moins de 1 milliard allait directement aux paysans. Qui profite de cette manne financière? Ce sont les autres acteurs, car, justement, comme cela vient d'être dit - et le contre-projet vise à contrer cela -, les distributeurs de matériel, donc les fournisseurs ou les distributeurs alimentaires, sont beaucoup plus forts pour la fixation des prix.
Mais il y a aussi un autre problème. Faut-il soutenir les paysans? Bien sûr qu'il le faut et il faut y mettre les moyens, parce que notre peuple veut des paysans qui font de leur pays un beau pays, qui font de son pays un pays qui produit de la nourriture de qualité, sans les normes que l'on veut défendre. Mais cela a un coût. La question que l'on pose ici, ce n'est pas doit-on payer, mais comment doit-on payer? Les barrières douanières font payer aux consommateurs, et en particulier évidemment aux consommateurs les plus modestes, l'essentiel d'un prix qui ne va que partiellement aux paysans.
Chers collègues qui défendez tellement les paysans, j'ai une dernière question à vous poser. Je suis tout à fait d'accord avec vous: j'espère que nous pourrons chaque jour améliorer les conditions de travail des paysans, mais pourquoi ne soutenir qu'eux? Nous sommes systématiquement d'accord avec vous sur le fait qu'il faut aider cette catégorie de la population, mais pourquoi les gens qui construisent nos routes, qui nous servent nos repas dans les restaurants, qui travaillent dans les supermarchés, n'auraient pas droit aux mêmes investissements?
Je vous pose la question, même si c'est un peu hors sujet, parce que j'aimerais bien vous voir, avec la même verve et la même volonté, sauver les gens qui font notre pays et qui le construisent à la sueur de leur front en gagnant des revenus parfois misérables, défendre toutes les catégories de la population.
Maintenant, j'espère que vous pourrez soutenir le contre-projet, car je pense qu'il va dans le bon sens pour aider des personnes comme les paysans, qui contribuent à faire [PAGE 1951] de notre pays un beau pays et, à mon avis, qui contribuent à faire de notre pays un pays qui a du succès. Mais, pour les soutenir, empruntons plutôt la voie des paiements directs et des incitatifs tels qu'ils sont prévus dans le contre-projet, que la voie des protections douanières, qui, finalement, ne protègent pas tellement les paysans, mais plutôt les grands groupes.