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Mazzone Lisa · Nationalrat · 2017-12-05

Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2017-12-05

Wortprotokoll

Manger est consubstantiel à la vie, c'est un des besoins les plus fondamentaux; c'est évidemment un truisme de le dire. Il est évident que l'alimentation nous concerne toutes et tous, tout au long de son parcours, de la graine qui est plantée, jusqu'au mets qui se trouve dans nos assiettes. Qui nous permet de répondre à ce besoin élémentaire? Ce sont les agricultrices et les agriculteurs qui, ici et ailleurs, produisent de quoi nous nourrir.

Pourtant, l'heure est grave, car notre taux d'auto-approvisionnement s'érode chaque année, car chaque jour des exploitations agricoles ferment. En 2016, on en a compté encore 1000 qui ont disparu. Face à cette situation, le Conseil fédéral s'apprête à jeter en pâture les familles paysannes qui souffrent déjà de conditions de travail difficiles, à jeter en pâture la petite production indigène au libre marché.

Cette initiative propose une refonte en profondeur du système qui nous permet de nous alimenter. Aujourd'hui, celui-ci est caractérisé par une concentration du marché et une dépendance des agricultrices et agriculteurs et des consommatrices et consommateurs aux grands groupes agroalimentaires. Ce système sert avant tout le profit d'un petit nombre. En préservant et en développant dans notre pays l'agriculture paysanne, ancrée dans son territoire ainsi que dans son environnement direct, immédiat, nous redonnons une perspective d'avenir à un système alimentaire qui doit être durable. C'est donc aussi une initiative pour nous, les consommatrices et les consommateurs.

Nous refusons le slogan qui est brandi et qui consiste à dire: "Produire moins cher et payer toujours moins cher." De quoi parle-t-on exactement? L'alimentation représente entre 6 et 8 pour cent du budget des ménages en Suisse, une des parts qui s'avèrent les plus basses d'Europe. Il est temps de revendiquer un prix équitable, pour les paysannes et les paysans suisses, ainsi que pour les paysannes et les paysans d'ailleurs. L'initiative offre un cadre qui garantit des revenus justes ainsi que des prix équitables. Rappelons que le secteur agroalimentaire représente 11 pour cent des emplois en Suisse, soit 540 000 personnes. L'ouverture des marchés revient à détériorer encore les conditions de travail, voire à porter atteinte à des emplois. On en a fait les frais dans d'autres domaines.

Il existe une alliance naturelle entre les consommatrices et les consommateurs et les paysannes et les paysans, une alliance que cette initiative renforce. Elle la renforce parce qu'elle met l'accent sur la qualité. Une agriculture paysanne diversifiée, sans OGM, garantit des produits sains et, à long terme, la préservation des ressources, la préservation des sols qui sont évidemment indispensables pour se nourrir. Garantir la proximité, des cultures locales et l'accès à la terre est essentiel pour maintenir, ici, en Suisse, une production ainsi que la sécurité alimentaire qui est un des piliers de la souveraineté alimentaire.

Soutenir l'agriculture paysanne, c'est aussi lutter contre les grands groupes agroalimentaires qui prennent en otage les producteurs, c'est garantir le droit d'utiliser, de reproduire, d'échanger, de commercialiser les semences, contre les brevets.

Il faut réaffirmer une agriculture sans OGM, en prenant en compte les nouveaux développements de ces technologies, tel que le fait l'initiative. En l'inscrivant dans notre Constitution, on renforce la recherche pour développer des systèmes alimentaires résilients.

La Suisse dépend de plus en plus de l'extérieur pour alimenter son bétail. C'est absurde pour notre environnement et la justice sociale, parce que ces productions en masse de protéines, dans des pays comme le Brésil ou l'Argentine, portent directement atteinte aux populations locales, car elles se font au détriment d'une agriculture sur place diversifiée et paysanne.

Qu'on soit clair, l'initiative pose un cadre qui renforce le pouvoir de négociation des producteurs face à la grande distribution et à l'industrie, en garantissant aussi - et c'est l'objectif - la transparence. L'initiative ne vise pas à fermer les frontières aux importations - ce serait évidemment bien bête -, mais il faut maintenir une régulation flexible, en fonction de l'offre indigène. Mettre la priorité sur les circuits courts passe par une régulation, comme dans d'autres domaines, et tant que les critères de durabilité sociaux et environnementaux ne seront pas pris en compte, c'est aussi naïf que dangereux d'ouvrir des frontières sans régulation suffisante. L'initiative vise à ancrer cette régulation et à l'orienter vers des critères durables.

Il faut faire évoluer la situation, et c'est l'objectif de l'initiative, vers une agriculture qui ait du sens. Cette initiative redonne un sens fondamental à l'alimentation en instaurant la préservation et le développement d'une agriculture paysanne en Suisse qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dignement, une agriculture qui préserve les sols en évitant les pesticides et qui offre des produits sains aux consommateurs.

La proposition de contre-projet comporte quelques points de l'initiative et va dans la bonne direction, c'est pourquoi je la soutiendrai tout en m'engageant pour la recommandation de l'initiative.