Béglé Claude · Nationalrat · 2018-02-28
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2018-02-28
Wortprotokoll
J'ai déposé en mars 2016 le postulat 16.3153 intitulé "Lutter contre l'âgisme pour favoriser l'emploi des seniors". Le Conseil fédéral estime que cette question est traitée.
Je pense que beaucoup de personnes âgées de 50 à 65 ans ont envie de rester actives plus longtemps et que notre économie doit s'y préparer plus rapidement. Une bonne partie des personnes âgées de 50 à 65 ans pourraient remettre en cause la notion même de retraite. En effet, les personnes âgées de 50 ans et plus sont des baby-boomers, elles incarnent une génération très particulière qui a centré sa vie sur le travail et la réussite sociale, qui bénéficie d'une très bonne santé et qui se sent jeune, qui remet volontiers en cause les modèles établis. Ces raisons laissent à penser qu'en dehors de ceux qui ont une activité professionnelle usante, beaucoup auront le désir d'être actifs passé l'âge de 65 ans. Cela pourra se traduire par la poursuite d'un travail à temps partiel. A cet égard, le projet du Conseil fédéral, qui veut flexibiliser l'âge de la retraite en deçà mais aussi au-delà de 65 ans, est une bonne chose, d'autant plus que cela reflète déjà la réalité, puisque 18 pour cent des personnes âgées de 64 à 75 ans travaillent à temps partiel et que ce chiffre augmente depuis dix ans.
Mais ce désir d'activité peut aller plus loin. Avec l'allongement de la durée de vie en bonne santé, certains voudront changer de profession à 50 ans, avec de bonnes chances de l'exercer jusqu'à, peut-être, 80 ans. Même si cela semble futuriste, nous devons l'envisager. Dependant, les employeurs ont souvent des réticences à engager une personne âgée de 50 ans et plus.
Certes, les gens qui ont plus de 50 ans semblent bien intégrés dans le marché du travail. Ainsi, le pourcentage des personnes âgées de 55 à 64 ans actives dans l'économie est très élevé puisqu'il atteint 63 pour cent et connaît une hausse régulière - 7 points de plus depuis dix ans. Le taux de chômage des personnes âgées de 50 ans et plus est au-dessous de la moyenne - 2,8 pour cent contre 3,3 pour cent en moyenne, en 2016. Aussi, de nombreuses PME industrielles portent une attention particulière aux travailleurs seniors, notamment en raison du manque de personnel qualifié.
Il ne faut pas occulter le fait qu'un senior qui perd son emploi a du mal à en retrouver un. 42 pour cent des chômeurs de longue durée ont plus de 50 ans, et, une fois à l'aide sociale, la personne de plus de 55 ans y reste en moyenne près de deux ans, 21 mois en 2014, selon le SECO.
Des stéréotypes liés à l'âge sont présents dans l'inconscient collectif. Ils ont des impacts néfastes qu'il ne faut pas sous-estimer. Considérer que le travailleur âgé est moins flexible, moins réactif, moins motivé peut en effet fragiliser l'employé dans sa confiance en lui, le décourager dans ses apprentissages, ce qui n'apparaîtra pas dans les statistiques. Les seniors seront aussi plus facilement exclus des formations ou poussés à partir en préretraite. Une discrimination qui n'apparaîtra pas non plus clairement. Les épouses, qui, après s'être occupées de leurs enfants, renoncent à reprendre le travail, faute d'en trouver un, ou qui se contentent d'un poste sous-qualifié, n'apparaissent pas non plus dans les statistiques. En termes de recrutement, la société Manpower [PAGE 94] avoue, par exemple, ne jamais promouvoir de personnes de plus de 50 ans.
C'est pourquoi je pense que l'âgisme a un coût et qu'il faut absolument évaluer celui-ci pour mieux nous préparer à l'avenir. Aujourd'hui déjà, ce regard négatif porté sur les travailleurs âgés prive les entreprises de personnes expérimentées et fidèles. Il pèse sur le système de chômage, d'aide sociale et de caisses maladie. Il pénalise les secteurs en pénurie de main-d'oeuvre. Demain, la place des 50 ans et plus, sur le marché du travail, deviendra cruciale, car beaucoup voudront travailler au-delà de 55 ans, beaucoup voudront et devront travailler plus longtemps puisqu'il est question de retarder la préretraite de 58 à 62 ans, de faire travailler les femmes jusqu'à 65 ans. Mais il faudra faire face à un déficit démographique, les baby-boomers ne seront pas remplacés par autant de jeunes. Notre natalité est faible, l'immigration baisse.
La Confédération organise depuis trois ans une conférence nationale sur le thème des travailleurs âgés. C'est une excellente initiative qui a déclenché une prise de conscience. Mais il faut absolument accélérer les choses et étudier les solutions win-win, pour l'employé et pour l'employeur: mixité générationnelle pour échanger expériences et savoir-faire numérique, introduction de nouveaux rôles pour les seniors - mentor, conseil aux nouvelles générations -, solutions pour lever les barrières légales, lissage des cotisations de retraite, maintien de règles d'embauche souples, système de rentes non pénalisant pour le travailleur au-delà de 70 ans.
Mais, surtout, il faudrait développer un outil prévisionnel de carrière sous la forme d'une plate-forme numérique qui permettrait à chacun de découvrir les compétences et les métiers d'avenir, mais aussi d'évaluer l'énergie et les moyens financiers pour façonner l'ensemble de son parcours professionnel, avec des passerelles vers des activités bénévoles - ceci d'ailleurs de 18 à 80 ans.
Avoir une vision à l'échelle d'une vie entière fait définitivement sauter l'idée que l'âge est un handicap. Je vous remercie de votre soutien.