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Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2018-03-01

Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2018-03-01

Wortprotokoll

Je déclare mes liens d'intérêts: je suis vice-présidente de Suisse Rando, l'organisation faîtière des associations cantonales de tourisme pédestre qui s'occupe, au côté des collectivités publiques, de la signalisation des chemins de randonnée et de la promotion du tourisme pédestre. Comme telle, je peux témoigner de l'importance et de l'efficacité des dispositions constitutionnelles consacrées aux chemins pédestres. Grâce à l'article 88 de la Constitution, la Suisse dispose d'une infrastructure de chemins de randonnée exceptionnelle, que ce soit du point de vue de son étendue - 65 000 kilomètres de sentiers - ou de celui de la qualité de la signalisation et de l'entretien des chemins.

Les dispositions constitutionnelles actuelles fonctionnent donc très bien en ce qui concerne la marche à pied. La Confédération soutient les chemins pédestres et la randonnée par le truchement de Suisse Rando, mais nos activités sont aussi basées sur les soutiens des membres de nos associations cantonales, de nombreux donateurs privés et d'entreprises, d'institutions ou d'associations partenaires, et, bien sûr, des cantons et des communes. Enfin, un engagement fort de bénévoles sur le terrain permet d'assurer une signalisation et une qualité optimale des chemins.

Cette expérience montre qu'il n'est pas nécessaire que la Confédération s'occupe de tout. En matière de chemins pédestres, c'est l'intervention coordonnée de très nombreux acteurs qui permet d'assurer à la marche - qui est l'activité de loisir préférée des Suisses - une infrastructure et une promotion adéquates. Dès lors, pour en revenir à l'objet qui nous occupe aujourd'hui, il est certainement possible d'en rester au contre-projet. Les bases constitutionnelles qui fonctionnent si bien pour encourager le tourisme pédestre devraient être suffisantes pour assurer au vélo une infrastructure du même niveau.

Je regrette cependant que la notion de sécurité ne figure pas dans le contre-projet, ce qui laisse au texte de l'initiative une certaine plus-value. En effet, les cyclistes, plus encore que les randonneurs, sont exposés en permanence au danger du trafic automobile. La question de la sécurité est pour eux bien plus aiguë, comme le prouvent malheureusement chaque année les statistiques des accidents.

Il faut dès lors souhaiter que, si c'est le contre-projet qui s'impose plutôt que l'initiative, cette dimension incontournable sera prise en compte sérieusement lors de la planification, de la coordination et de l'aménagement des pistes cyclables, ainsi que dans les informations qui seront données sur la mobilité cycliste.

En tant que représentante des randonneurs de ce pays, je ne peux que saluer le fait que le champ d'application des dispositions constitutionnelles qui concernent les chemins pédestres soient étendues aux voies cyclables. Le vélo, comme la marche, fait partie de la mobilité douce. Le plaisir du mouvement est le même, ainsi que les bienfaits pour la santé, pour la qualité de vie et pour l'environnement. En particulier dans les milieux urbains et partout où les distances à parcourir sont courtes, le vélo constitue une excellente alternative aux moyens de transport motorisés. C'est un potentiel qu'il faut impérativement exploiter dans le cadre de l'application de l'accord de Paris sur le climat. D'ailleurs, la question du soutien aux voies cyclables s'était déjà posée en 1977 lors des débats sur l'article 88 de la Constitution, qu'on avait alors finalement décidé de ne consacrer qu'aux chemins pédestres.

Le complément apporté aujourd'hui arrive donc tardivement, mais il est parfaitement dans l'ordre des choses. En quarante ans, nous avons pu instaurer et pérenniser une infrastructure de grande qualité pour la randonnée. Pour le vélo, tout reste encore à faire, et il est temps de s'y mettre. En tant que vice-présidente de Suisse Rando, il ne me viendrait pas à l'idée de concevoir ces deux activités comme des activités rivales. Au contraire, elles sont complémentaires et doivent être judicieusement coordonnées. D'ailleurs, beaucoup de marcheurs sont aussi des cyclistes.

Je vous invite dès lors à recommander d'accepter à la fois l'initiative, car elle a l'avantage d'insister sur la notion de sécurité, et le contre-projet, qui constituera, comme le montre l'expérience de Suisse Rando, une excellente base pour la promotion des voies cyclables et du cyclisme.