Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2018-03-08
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-03-08
Wortprotokoll
L'auteure de l'initiative parlementaire souhaite que notre Parlement modifie la loi sur les armes de manière à ne délivrer un permis d'acquisition d'armes qu'aux seules personnes qui peuvent prouver qu'elles ont besoin d'une arme. Moins d'armes en circulation, c'est potentiellement moins de risques d'accidents domestiques, de drames familiaux, de suicides, même si pour ces derniers, quand on est déterminé, on va toujours trouver une autre solution. Des drames impliquant des armes à feu ont lieu, des drames jamais semblables, mais avec toujours un point commun: la présence, justement, d'une arme à feu.
J'aimerais citer trois cas personnels qui m'ont beaucoup sensibilisé à ce problème. Le premier concerne le meurtre accidentel d'un jeune d'une quinzaine d'années par un de ses copains, alors qu'ils jouaient avec un fusil. Ce jeune habitait dans un village à proximité du mien. C'est vrai que cela a touché toute une région, qui a été confrontée à cette violence inutile et véritablement dramatique.
La deuxième chose que j'aimerais vous raconter, et je m'en rappelle tous les jours ou presque, est la suivante: il y a une quinzaine d'années, j'ai été appelé chez un patient dépressif, souffrant de problèmes d'alcool et qui, en fait, quand je suis arrivé, a pointé une arme sur moi et pendant une demi-heure m'a expliqué qu'il voulait mourir, mais qu'il ne voulait pas mourir tout seul. A force de discussion, j'ai réussi à l'en dissuader, je lui ai pris son arme. C'était une expérience très pénible, qui montre que, effectivement, les armes peuvent avoir des effets parfois particuliers.
J'aimerais ensuite rappeler que, comme médecins, nous sommes souvent - en tout cas cela a été mon cas - appelés [PAGE 326] à intervenir dans des familles en situation de conflit conjugal, dans des drames très graves dans lesquels une femme est complètement paniquée parce que son mari menace de tuer elle et ses enfants, parce qu'il ne veut pas que sa femme parte. J'ai, à trois reprises, saisi des armes que j'ai apportées à la police. J'aimerais souligner que, dans ces trois cas, les armes étaient à domicile. Les conflits familiaux existent, et c'est dramatique.
Dans des situations de détresse, l'arme à feu est l'un des moyens de passage à l'acte. Une arme n'est pas un objet comme un autre. La volonté de Madame Galladé n'est vraiment pas de stigmatiser qui que ce soit, mais si l'on veut acquérir une arme, il paraît logique de devoir justifier son utilisation. Le tir sportif, la chasse ne seraient pas concernés, et j'aimerais dire que je suis le fils d'un tireur sportif. Mon père était, à l'époque, président de l'Association des tireurs du district de Moutier, et j'ai un grand respect pour ce sport et pour les gens qui pratiquent cette activité. Or, effectivement, quand on pratique ce sport, on a besoin d'une arme; quand on chasse, on a besoin d'une arme. Toutefois, dans d'autres cas, il n'y a pas de légitimité à en posséder une.
Il faut en tout cas éviter tout ce qui va dans le sens de l'autodéfense, avec tous les risques que cela implique en termes d'accidents et de drames, car la police doit rester détentrice du monopole de la violence légitime. Nous ne sommes pas et nous ne serons jamais dans le Far West.
Je vous demande de soutenir cette initiative parlementaire qui va véritablement dans la bonne direction.