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Zisyadis Josef · Nationalrat · 2000-03-14

Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2000-03-14

Wortprotokoll

Nous sommes curieusement, presque jour pour jour, un an après le début de la guerre du Kosovo, et le Conseil fédéral, au lieu de tirer les leçons de ce conflit, de prendre le temps de la réflexion, vient nous proposer des révisions de la loi fédérale sur l'armée et l'administration militaire sans aucune envergure par rapport à ce que nécessiterait la tradition humanitaire et pacifiste de notre pays.

Alors que, partout dans le monde, Monsieur le Président de la Confédération, on s'interroge sur cette fameuse guerre humanitaire commandée par les Etats-Unis, qui a détruit deux pays entiers, le Kosovo et la Serbie, tout en laissant en place un dictateur, Slobodan Milosevic, et une armée menant l'épuration ethnique à l'envers au Kosovo, voilà notre Gouvernement venant avec un projet passéiste, simple [PAGE 195] wagon de queue des interventions de l'OTAN. Une fois de plus, on pourrait dire que la Suisse est en retard non seulement d'une guerre, mais d'une réflexion.

Décidément, Monsieur le Président de la Confédération, vous êtes, je dirais, un peu pris par une pathologie d'interventionnite aiguë. Depuis la fin de la guerre froide, les responsables de la politique de sécurité en Suisse ne savent plus où donner de la tête pour nous montrer que la Suisse est menacée de partout et que l'armée est encore indispensable à la sécurité du pays.

Avec l'envoi de 160 militaires suisses pour participer aux opérations de la KFOR, vous ne pensiez pas tellement à l'image de la Suisse d'abord. Vous vouliez préparer le terrain de cette révision de la loi que nous discutons aujourd'hui et qui va entériner le rapprochement avec l'OTAN, qui est bien la clé de voûte du rapport sur la politique de sécurité de la Suisse que nous avons discuté au mois de décembre.

Que l'on nous comprenne bien. Contrairement à vos affirmations, la gauche pacifiste de ce pays, celle qui s'est élevée contre les bombardements de l'OTAN l'année passée, ne veut pas de votre soi-disant "service de la promotion de la paix", qui se veut contribution active à la sécurité internationale. Derrière ces beaux mots se cache une seule volonté délibérée, l'intégration au parapluie américain, qui est d'ailleurs le seul opérationnel et pour longtemps, me semble-t-il. Et puis, il y a la volonté de changer complètement la politique de sécurité en faisant sauter les verrous législatifs qui empêchent jusqu'ici certaines collaborations militaires, et l'envoi de contingents armés de "swiss boys" ou de "swiss cow-boys" à l'étranger.

Sur cette planète, à l'heure actuelle, il n'y a pas d'autres noms que l'OTAN au niveau de la sécurité collective. Si vous en trouvez d'autres, nous sommes prêts à les entendre, Monsieur Ogi. C'est donc bel et bien un assujettissement délibéré à la Pax americana que le Gouvernement prépare. Regardez le Kosovo: est-ce que les souffrances des Kosovars ont cessé avec l'armée d'occupation et le protectorat de l'OTAN? Oui, c'est vrai, des milliards de dollars ont été trouvés sans aucun problème pour les bombardements, mais curieusement on n'arrive pas à trouver aujourd'hui l'argent nécessaire pour les soins urgents, pour la reconstruction du pays, pour payer des enseignants, des policiers, pour les besoins urgents. Des experts estiment que les coûts des besoins urgents sont estimés à une demi-journée des bombardements qui ont eu lieu sur la Serbie.

Le seul vrai gagnant de ces opérations de sécurité collective, soi-disant humanitaires, c'est l'industrie militaire, qu'elle soit occidentale ou russe, cela sur le plan économique. "Sur le plan des principes, l'action de l'OTAN représente une menace contre le coeur même du système de sécurité international fondé sur la Charte de l'ONU." Vous savez qui a dit cela? Ce n'est pas votre interlocuteur, Monsieur Ogi, c'est M. Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU.

Il n'y a pas beaucoup d'alternatives en ce monde en ce qui concerne le recours à la force. Soit nous nous basons sur la légitimité de la Charte de l'ONU, qui est pour l'heure l'organisation d'un certain ordre mondial, soit ce sont les Etats riches et puissants, les Etats-Unis d'Amérique en premier, qui nous guideront pour leurs intérêts de pouvoir et de profit et qui décideront de l'ordre mondial.

Le Conseil fédéral a décidé de refuser de choisir en présentant cette révision de loi. Ce projet, Monsieur le Président de la Confédération, doit mourir aussi vite qu'il est né dans la tête et les portefeuilles de l'industrie d'armement. J'invite la gauche de notre Chambre à rejeter l'entrée en matière, sans condition, sur les deux projets d'arrêté. Ce n'est pas parce que quelques obnubilés de la vieille défense nationale spirituelle se prononcent aussi pour un rejet de l'entrée en matière que nous devons perdre de notre cohérence et accepter de mettre le doigt dans l'engrenage de l'OTAN. La gauche pacifiste authentique n'a rien à gagner à conditionner son acceptation d'entrer en matière à des propositions de renvoi, aussi honorables soient-elles. Nous avons la chance d'avoir dans notre législation des verrous utiles qui empêchent l'armée suisse de combattre à l'étranger. Il s'agit aujourd'hui de ne pas les marchander au nom de quelques principes idéalistes illusoires.

Je vous invite à ne pas entrer en matière sur les deux projets d'arrêté. Ainsi, je crois que nous pourrons déjouer une manoeuvre qui a été effectuée pour scinder ce qui formait un tout devant le peuple. Je vous rappelle qu'en cas de refus, il y aura bel et bien un référendum qui sera lancé, parce qu'il est indispensable que la population suisse puisse s'exprimer.