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Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2018-05-30

Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2018-05-30

Wortprotokoll

Je commence par vous faire part, moi aussi, d'un lien d'intérêt: je suis président par intérim de Pro Tell, la société pour un droit libéral sur les armes.

"Libéral", le mot est lâché. Il y a, dans cette salle, des groupes politiques qui se qualifient de libéraux. C'est justement à votre libéralisme que j'en appelle. Par respect pour des libertés et des droits ancestraux, je vous demande d'assumer aujourd'hui, vis-à-vis de centaines de milliers de citoyens [PAGE 665] suisses qui ont les yeux rivés sur vous, ce libéralisme que vous affichez.

Revenons maintenant en arrière. Au début, il y avait Schengen. En 2005, des craintes s'étaient élevées, parmi les détenteurs d'armes, sur la possibilité que cet accord entraîne le durcissement que l'Union européenne voulait nous imposer. Pour arracher l'accord du peuple, on nous avait promis que ce ne serait pas le cas. Que reste-t-il de ces promesses? Elles ne sont demeurées que des promesses. Et des centaines de milliers de Suisses pourraient penser, légitimement, qu'on les a trompés. Et cela, nous n'avons pas le droit de le faire.

J'en viens à l'élément déclencheur de cette révision, ou plutôt à ce qui n'en est que le prétexte, au demeurant fallacieux: des attentats qui, dès 2015, ont ensanglanté la France, en particulier, et d'autres pays d'Europe. C'est l'occasion de relever un point essentiel - on en a déjà parlé: tous ces attentats, sans aucune exception sauf erreur, quand ils n'ont pas été commis avec autre chose que des armes, comme des camions, l'ont été au moyen d'armes obtenues de manière illégale, par des gens, qui, de toute manière, se moquent des lois et s'approvisionneront toujours sur le marché noir. Sans effet sur les terroristes, cette révision, qui est inefficace pour atteindre l'objectif affiché, ne nous amènera donc pas plus de sécurité.

Elle privera en revanche de droits importants des centaines de milliers de Suisses, détenteurs d'armes légales, qui, eux, sont respectueux des lois. C'est peu dire que cette modification manque sa cible! Pas plus de sécurité, mais moins de libertés. C'est cher payé, non?

En prime, ce projet marque une rupture spectaculaire, un véritable changement de paradigme: c'en sera fini de ce lien si particulier de confiance entre l'Etat et le citoyen libre et responsable, désormais considéré comme un terroriste ou un criminel en puissance en raison du simple fait qu'il détient une arme. C'est le sommet de l'injustice!

Une parole trahie, un projet inapte à atteindre le but affiché, et tout cela au nom de quoi? De Schengen, un accord qui, faut-il le rappeler, ne comporte aucune clause guillotine ou de résiliation automatique, mais comporte seulement une clause de négociation entre partenaires, si nous refusons ce projet. Alors parlons-en.

La réalité, c'est que la Suisse n'est pas le mauvais élève, au fond de la classe, qui ne fait pas ses devoirs. Les engagements qu'elle a pris en ratifiant Schengen, la Suisse les a déjà tenus en apportant, en 2008 surtout, en 2015 également, des durcissements considérables à son droit sur les armes. Par une loi, la loi en vigueur, qui est en outre adaptée à ses traditions et à sa culture, la Suisse, au centre de l'Europe, loin d'en être le ventre mou en termes de sécurité, est l'un des pays les plus sûrs au monde. Ce n'est pas le cas de tous les pays qui nous entourent, dont l'un connaît l'état d'urgence depuis trois ans! Croyons-nous sérieusement que, dans ces conditions, l'Union européenne prendrait le risque de résilier un accord dont elle vante les mérites à longueur d'année, d'autant plus que nous ne sommes pas seuls. En effet, la République tchèque a saisi la Cour de justice de l'Union européenne pour mettre en cause, en particulier, la légalité de la directive. Donc, une résiliation de l'accord de Schengen seulement pour ce motif nous paraît invraisemblable.

Voilà pourquoi, pour conserver des libertés et droits ancestraux sans risquer une résiliation de l'accord de Schengen, l'UDC vous propose d'ajourner cet objet jusqu'à droit connu sur le recours des Tchèques, à défaut, de refuser d'entrer en matière, et subsidiairement, de renvoyer le projet au Conseil fédéral pour éliminer tout ce qui, effectivement, porte injustement et gravement atteinte à la tradition suisse des armes.