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Nicolet Jacques · Nationalrat · 2018-06-04

Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2018-06-04

Wortprotokoll

Lorsque j'ai pris connaissance de cette initiative, j'ai tout d'abord cru à une plaisanterie. Ce texte étant maintenant entre nos mains, je constate que c'est une proposition bien réelle. Bienheureux le pays qui peut débattre d'un tel sujet devant 246 parlementaires et devant le peuple, pays qui par ailleurs a la législation la plus restrictive sur le plan de la détention des animaux de rente ainsi que celle qui impose le plus de contrôles dans ce domaine.

Je me permets de déclarer mes liens d'intérêts: je suis agriculteur-éleveur en association avec mon fils sur une exploitation qui détient 150 bovins, dont la moitié de vaches laitières sans cornes depuis trente ans. Pourquoi ce choix?

Tout d'abord, par sécurité envers le personnel qui travaille dans notre entreprise, car un agriculteur et son personnel ont aussi droit à de la sécurité au travail. Notre entreprise ayant formé plus de 25 apprentis, il est nécessaire d'offrir à ces apprentis également de la sécurité. Ensuite, par sécurité et par respect envers nos animaux, afin d'éviter les blessures inutiles entre eux. En effet, en ayant fait le choix il y a plus de 25 ans de construire une stabulation où les animaux sont libres, la suppression des cornes était à nos yeux une pure évidence. L'acte d'écornage - et cela peut permettre de répondre à la question de Monsieur de Courten - n'est en aucun cas un acte barbare; c'est un acte qui se déroule selon un processus clair, enseigné aux agriculteurs qui reçoivent une autorisation de pratiquer. Avant l'âge de trois semaines, le jeune bovin est endormi, puis une anesthésie locale est pratiquée avant que l'agriculteur puisse procéder à l'écornage sans souffrance.

Evoquer la dignité des animaux peut paraître intéressant, mais un animal qui se brise une corne est aussi atteint dans sa dignité et subit de grosses souffrances. La dignité animale peut également être évoquée lorsqu'on parle de détenir un chien en laisse ou d'enfermer ce même chien dans un enclos. Soyons un peu sérieux!

La pratique de l'agriculture nécessite de faire des choix tout au long de notre vie professionnelle. Et l'écornage fait partie d'un certain nombre de ces choix, tout comme celui de ne pas écorner ses animaux, chacun ayant ses propres raisons, chacun faisant ses choix, choix que je respecte. Dès lors, le fait de donner une prime aux éleveurs ayant fait le choix de laisser les cornes aux animaux ne repose sur aucun élément objectif; ce sont des choix personnels qui n'apportent pas de plus-value agricole.

J'aime mon métier, j'aime mes animaux, et c'est pour ces raisons que je vous demande de recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative.