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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2018-06-04

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · CVP-Fraktion · 2018-06-04

Wortprotokoll

Heureux pays où l'on se paie le luxe de débattre devant le Parlement et de soumettre au peuple une question aussi cruciale que celle des cornes des vaches.

Tout en ayant du respect pour les promoteurs de l'initiative "pour la dignité des animaux de rente agricoles", je me demande, comme nouveau parlementaire, si l'on fait vraiment preuve de dignité et de discernement lorsqu'on veut inscrire une telle disposition dans la Constitution alors que bien d'autres sujets d'importance sont en attente.

Issu du milieu agricole et grand amateur des matchs de reines en Valais, je suis, sur le fond, bien évidemment favorable à un soutien plus marqué à l'élevage des animaux porteurs de cornes. Cependant, la voie empruntée par les initiants comporte de nombreux inconvénients. J'en retiendrai trois.

Premièrement, les paiements directs et les incitations financières sont des éléments centraux de la politique agricole en Suisse. Or ils figurent dans la Constitution sous une forme générale liée à des exigences de production à caractère écologique et à des formes d'exploitation respectueuses des animaux. Spécifier le soutien à un type particulier de production animale reviendrait à privilégier une catégorie au détriment des autres et susciterait des tensions dans la branche, et cela dans un moment où on a besoin de stabilité, comme nous le verrons tout à l'heure lors du débat concernant la politique agricole.

Deuxièmement, aujourd'hui déjà des dispositions sont prévues dans les programmes éthologiques de la Confédération SST (Systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux) et SRPA (Sorties régulières en plein air), qui fixent avec des conditions de détention répondant à des critères élevés. Soutenir l'initiative reviendrait à favoriser une seule forme de stabulation sans tenir compte des conditions d'élevage diverses et parfois difficiles qui rendent nécessaire la stabulation entravée. Peut-être que c'est cela que souhaitent les groupes qui soutiennent l'initiative.

Enfin, troisièmement,les principaux milieux concernés - chambres d'agriculture, syndicats d'élevage, éleveurs même - sont sceptiques, même s'ils jugent légitime un soutien financier compensant les efforts mis en oeuvre pour une meilleure prise en considération du bétail. A la question de savoir si l'initiative est une réelle incitation à renoncer à écorner ses vaches, un éleveur jurassien m'a répondu par la négative, les contraintes et les risques de blessure étant trop importants.

En conclusion, ne cédons pas à l'émotion, qui ne manquera pas de jaillir dans la population au cas où l'initiative serait maintenue, et concentrons tous nos efforts sur le fait d'intégrer, de manière équilibrée, dans notre politique agricole les dispositions réglementaires dont nos paysans ont réellement besoin.

Ce débat qui permettra aussi de soutenir efficacement des formes respectueuses de traitement des éleveurs, de la nature et des animaux, ne sera pas un luxe.