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Nordmann Roger · Nationalrat · 2018-12-03

Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-12-03

Wortprotokoll

Le réchauffement climatique est là: nous en observons les conséquences, nous en connaissons les causes. Il n'est plus seulement une menace environnementale, il compromet désormais la prospérité et la sécurité de l'espèce humaine, sur toute la planète.

La responsabilité de la Suisse, c'est de participer à l'effort global pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, de le faire à la hauteur de sa responsabilité historique comme pays industrialisé, et de s'engager à la mesure de son savoir-faire technologique et de ses moyens financiers. Or, la loi qui nous est soumise n'est pas à la hauteur. Le Conseil fédéral a proposé que la Suisse puisse faire les deux cinquièmes de l'effort en achetant des attestations de réduction des émissions à l'étranger, au lieu d'investir en Suisse pour réduire nos propres émissions. C'est une politique à courte vue, digne du trafic des indulgences au Moyen Age.

Concrètement, et premièrement, le Conseil fédéral propose de diminuer de moitié la vitesse de réduction des émissions en Suisse. Madame la conseillère fédérale, avec cette politique, vous maintenez tout d'abord la dépendance de la Suisse à l'égard des énergies fossiles. En plus d'acheter chaque année des attestations, il faudra continuer à importer des millions de tonnes de pétrole et de gaz à un prix de plus en plus élevé. Cela s'appelle gaspiller au lieu d'investir. Les importateurs de pétrole y trouveront leur compte, mais pas l'ensemble de l'humanité, ni même la Suisse.

Deuxièmement, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a montré qu'il fallait viser zéro émission en 2050. Si, comme le propose le Conseil fédéral, la Suisse se contente, au cours de la prochaine décennie, de ne baisser ses émissions que de 80 à 70 pour cent de ce qu'elles étaient en 1990, il faudrait ensuite, en vingt ans, de 2030 à 2050, les réduire de 70 à zéro pour cent. Par paresse, nous repousserions l'effort sur la génération suivante. En rentrant à la maison, je n'oserai pas regarder mes enfants dans les yeux!

Troisièmement, comment voulons-nous que les pays les moins riches et les moins développés s'engagent sérieusement sur le chemin de la réduction des émissions, si des pays comme la Suisse n'ont pas la droiture et la force morale pour accomplir, chez eux, leur part de l'effort? Si nous agissons aujourd'hui de manière déterminée, nous pouvons décarboner le système économique mondial. Mais, pour cela, il faut être les moteurs de la stratégie internationale de solidarité et de responsabilité engagée par l'Accord de Paris sur le climat.

En entrant en matière et en soutenant des amendements progressistes, vous avez encore la possibilité de redresser la barre. Je compte sur vous.