Mazzone Lisa · Nationalrat · 2019-03-11
Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-03-11
Wortprotokoll
Ce dossier, c'est un peu l'heure de vérité. Nous sommes confrontés à une urgence climatique qui nous oblige à agir, à agir maintenant. Heureusement, le constat est désormais partagé. On l'a lu dans les médias, où les repentirs ont plu, et nous y avons cru. Le credo n'est plus: "Après moi le déluge." Ces déclarations nous ont réjoui parce que, effectivement, il y a urgence et il y aura toujours plus urgence tandis que les conséquences se font ressentir et se feront toujours plus ressentir: glissements de terrain, sécheresses, pics de températures extrêmes, conditions toujours plus difficiles pour l'agriculture et, enfin, des coûts aussi, des coûts conséquents pour la collectivité et pour l'économie.
Alors, après le constat, nous avons besoin de cohérence dans l'action. Et l'action, ce ne pas seulement fixer des objectifs à dix ans, mais c'est aussi se donner les moyens de les atteindre; transversalement, dans chaque politique publique, c'est aussi analyser l'impact des politiques et les adapter à l'objectif de l'Accord de Paris sur le climat visant à limiter le réchauffement global à 1,5 degré; c'est, en gros, être cohérent.
Aujourd'hui, nous avons justement l'occasion, dans ce dossier emblématique, d'être cohérents et de passer de la parole à l'acte pour rendre nos objectifs atteignables. D'ailleurs, j'en profite pour mentionner le fait que les coûts externes du trafic motorisé privé s'élèvent à quelque 7 milliards de francs, et ce selon les chiffres de l'Office fédéral du développement territorial - ce n'est donc pas une évaluation à l'oeil.
Les transports, c'est malheureusement le grand échec de notre politique climatique. C'est un échec parce que, de 1990 à aujourd'hui, il n'y a eu aucune réduction des émissions de CO2. Nous sommes d'ailleurs dans l'illégalité, puisque les objectifs fixés dans la loi sur le CO2 ne sont pas atteints. Il nous reste au maximum trente ans - c'est un maximum - pour arriver à zéro. Un tiers du CO2 émis en Suisse provient ainsi des transports, et cela sans compter l'aviation. A titre de comparaison, les émissions attribuables aux bâtiments sont plus basses et elles diminuent, elles!
Si l'on fait un constat d'échec, normalement on change de recette. Il n'est plus temps de continuer avec ce qui nous fait aller dans le mur. Avec ce projet, c'est malheureusement le contraire qui est visé. On prend un peu les mêmes et on recommence. On sème les routes pour récolter plus de voitures et, après quelques années, le peintre bloqué dans les bouchons, évoqué par Monsieur Borloz, sera de nouveau bloqué dans des bouchons. Cet effet est connu et reconnu.
Dans ce projet, on planifie des autoroutes à six voies au milieu de la plaine; on planifie des tunnels à deux fois quatre voies à Lucerne. Cela ne revient pas à réduire le réseau mais, au contraire, à l'étoffer. Il s'agit en outre de projets qui, il faut le dire, font l'objet de contestations et d'oppositions de part et d'autre dans les régions, et ce dans la plupart des cas.
Ce projet, ce sont des milliards de francs pour plus de capacité routière. Je précise que le groupe des Verts est favorable au fait de donner des moyens pour l'entretien des routes. Nous en avons besoin et, en effet, ce serait investir de manière sensée et durable les sommes provenant de ce fonds.
La politique de la mobilité ne doit plus être menée comme une politique de gestion des flux mais comme une politique climatique. Car, non, les voitures ne seront pas "vertes" en 2030 ou en tout cas pas en vertu des décisions que l'on a prises jusqu'à présent. D'abord, on a seulement 4 pour cent de voitures électriques aujourd'hui sur nos routes et, ensuite, les objectifs d'émission des nouvelles voitures sont extrêmement peu ambitieux, en dessous de ceux de l'Union européenne, conformément à la majorité qui s'était dégagée ici dans le débat sur la loi sur le CO2. On n'a pas d'objectif. La motion Glättli 17.3081, "Mettre en oeuvre l'Accord de Paris sur le climat. Immatriculer uniquement les voitures à émissions zéro à partir de 2025", a été rejetée.
La bonne nouvelle, c'est qu'il y a des solutions de rechange. Nous ne sommes pas devant un mur. Ces solutions nous rendent la vie meilleure. D'abord, il faudrait vraiment miser sur les transports publics en cessant de ménager constamment la chèvre et le chou et en refusant de prendre des décisions. Un trajet en train, c'est 20 fois moins de CO2 qu'un déplacement en voiture.
Un autre levier au potentiel très important, c'est le taux de remplissage des voitures. Vous le savez, 1,1 personne dans une voiture aux heures de pointe, ce n'est pas rationnel. Sur ce point, la technologie peut nous rendre un grand service: elle peut mettre les gens en réseau et permettre d'augmenter le covoiturage. D'ailleurs, la technologie est un des moyens du futur. La mobilité va se transformer, et on devrait mieux l'anticiper, mais il n'en est rien dans ce projet. Il s'agit aussi de développer le télétravail.
Les Verts jugent ce projet erroné: loin des cris d'alarme des jeunes, loin de ce que nous avons appris des expériences passées, loin de l'urgence climatique, à côté du raisonnable. Et, pire, la majorité de la commission a encore chargé la barque en ajoutant un milliard de francs pour de nouveaux projets routiers. C'est typiquement ce qu'il se passe quand on a un fonds à durée illimitée. A ce train, dans quatre ans, on sera bon pour augmenter la taxe sur l'essence si l'on veut qu'il reste de l'argent dans le fonds.
Maintenant, le groupe libéral-radical veut encore charger la barque, cela devient l'orgie. Je pense qu'il faudrait mieux éviter ou s'abstenir de traiter de ce genre de projet en année électorale.
C'est pourquoi le groupe des Verts exige le renvoi au Conseil fédéral pour qu'il revoie sa copie et nous présente un nouveau projet qui soit compatible avec l'Accord de Paris sur le climat et qu'il démontre sa compatibilité.