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Levrat Christian · Ständerat · 2019-03-12

Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-03-12

Wortprotokoll

Je suis désolé de reprendre la parole. Vous aurez peut-être lu dans le dépliant que je suis porte-parole de la minorité qui vous propose de recommander l'acceptation de cette initiative. Contrairement à Monsieur Hefti, j'ai suivi attentivement les instructions de notre président et j'ai motivé, durant le débat d'entrée en matière, également le oui à cette initiative. Je n'y reviens donc pas.

J'aimerais par contre revenir sur une remarque faite par Monsieur Caroni. Il est absent, c'est un peu dommage, mais je m'adresserai à lui directement et j'accepterai ses excuses. Pendant un temps, lorsqu'un politicien de droite n'avait plus d'argument, il avait comme usage de vous crier "Moskau einfach". Alors, évidemment pas dans ce conseil où nous sommes bien éduqués, où nous tentons d'échanger des arguments sur le fond. Aussi ai-je été quelque peu surpris d'entendre mon collègue Caroni répliquer: "Fidel Castro l'avait déjà dit." D'abord, c'est injurieux, c'est la raison pour laquelle j'accepterai ses excuses. Ensuite, il est relativement mal tombé, parce que je suis probablement le seul de toute la salle à qui Cuba a interdit l'entrée sur son territoire pour avoir défendu par le passé des dissidents cubains. Donc, s'il le souhaite, s'agissant de Fidel Castro et de son régime, je peux lui présenter quelques faits quant à la manière dont on respectait la liberté de parole sur l'île de Cuba.

Comme nos collègues zurichois ont eu une discussion entre Zurichois, j'aimerais bien que l'on ait une discussion entre Fribourgeois sur la situation dans l'industrie du cacao. J'ai eu l'occasion, il y a deux ou trois ans, avec un certain nombre d'entre vous ici, d'aller en Côte d'Ivoire et de remonter sur place la route de production du cacao, notamment avec des représentants de Nestlé, un des acteurs importants de Chocosuisse. Ces derniers nous ont avoué deux choses, mais je suppose qu'ils le font toujours: un tiers des enfants des communautés de travailleurs qui oeuvrent dans les plantations de cacaoyers dans lesquels Nestlé s'approvisionne y travaille aussi, contrairement à tous les engagements internationaux, et Nestlé doit donc prendre des mesures de manière régulière pour essayer de convaincre les parents d'envoyer les enfants à l'école et non pas au travail; une partie du cacao transformé par Nestlé provient de plantations illégales que les paysans ivoiriens ont développées dans des zones de protection forestière.

Et on est là au coeur du débat. Ce que nous disons à Nestlé avec cette initiative, ce n'est pas: "Nous allons vous poursuivre en responsabilité en Suisse parce que des enfants travaillent sur vos champs de cacao." Ce que nous disons à Nestlé, c'est: "Prenez les mesures de diligence nécessaires pour faire en sorte que le nombre d'enfants qui travaillent sur vos champs de cacao diminue!" L'opposition, typiquement, d'une entreprise comme Nestlé est absolument incompréhensible. Si Nestlé a quelque chose à craindre, c'est qu'un jour les autorités ivoiriennes, en parfaite hypocrisie, décident de poursuivre les entreprises de ce type en Côte d'Ivoire pour le travail des enfants ou pour leur approvisionnement illégal en cacao. Ces entreprises n'ont pas à craindre les tribunaux suisses auprès desquels elles pourraient faire la démonstration qu'elles prennent toutes les mesures susceptibles d'éviter que cette situation se prolonge.

On le voit, Monsieur le président de Chocosuisse, l'industrie du cacao n'est pas exemplaire, en tout cas pas dans son résultat. Ce qu'on peut prendre en considération, c'est qu'elle fait des efforts, et notamment que les grandes entreprises impliquées dans cette industrie font des efforts et mettent tout en oeuvre pour contrôler ce qui se passe dans leur chaîne de production. Si Nestlé, si les entreprises de transformation du cacao sont en mesure de contrôler leur chaîne de production, il n'y a aucune raison de considérer que d'autres entreprises, dans des situations bien plus simples, ne puissent pas en faire autant.

Donc pour moi, si Nestlé était cohérente - et je sais qu'il y a un débat à ce sujet à l'interne de l'entreprise -, elle devrait soutenir l'idée d'un contre-projet et non pas s'y opposer.