Béglé Claude · Nationalrat · 2019-03-20
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2019-03-20
Wortprotokoll
Conforter la position dominante de la Suisse dans la technologie "blockchain": par ma motion de juin 2016, je demandais au Conseil fédéral de soutenir la technologie "blockchain" par la création d'espaces de tests peu régulés pour permettre plus de créativité. Or plusieurs mesures intéressantes ont été prises entre-temps. En presque trois ans, les choses ont beaucoup évolué, et ce que je préconisais s'est en grande partie réalisée. La "blockchain" est devenue une "frontier tech". Pour que cette[NB]exploration technologique puisse se faire en Suisse, il faut des chercheurs très compétents, des conditions-cadres parfaitement adaptées et aussi un état d'esprit pionnier.
Ce qu'il faut retenir de la "blockchain", c'est qu'elle apporte une sécurité quasi totale à Internet, sécurité qui ouvre de nouvelles possibilités d'utilisation. Rappelons que la "blockchain" est un réseau d'ordinateurs qui contrôlent et stockent en même temps la même information. C'est le grand nombre d'ordinateurs qui en garantit la sécurité, car pour truquer une information ainsi enregistrée, il faudrait intervenir sur tous les ordinateurs de la "blockchain" ce qui est très compliqué. Le système est donc très sûr. La "blockchain" est un peu comme un notaire virtuel automatique. Cette sécurité permet tout à coup de réaliser par Internet, c'est-à-dire à distance et de manière automatisée, des opérations financières ou juridiques qui autrefois nécessitaient une surveillance humaine, telles que des transactions boursières, des formalités douanières pour le transit international des marchandises, la traçabilité des aliments. Par extension, la "blockchain" permet aussi l'exécution automatique de contrats, les "smart contracts". Si, par exemple, un locataire ne paie pas son loyer, son accès à l'ascenseur est bloqué.
En résumé, la "blockchain" recèle un potentiel d'innovation et d'accroissement d'efficacité considérable dans toutes sortes de domaines économiques. Par chance, aujourd'hui, la Suisse est dans le top 3 mondial en matière d'activités liées à la "blockchain". Tous les grands groupes suisses utilisent la technologie "blockchain": Credit Suisse, Swisscom, Nestlé, etc. Les cantons s'y intéressent aussi: Zurich a créé un hub à la Bahnhofstrasse, Genève Lab teste la première application "blockchain" dans le registre du commerce et, surtout, il y a la "Crypto Valley" à Zoug, qui est devenue un des pôles mondiaux de la "blockchain" en réunissant actuellement 750 entreprises, 3300 personnes et quatre licornes, c'est-à-dire des start-up dont la valorisation est évaluée à plus de 1 milliard de dollars. Et même si la récente chute de la valeur des cryptomonnaies a fait des dégâts, il n'en demeure pas moins que c'est un très intéressant écosystème.
Depuis deux ans, nos autorités font preuve d'une détermination exceptionnelle pour renforcer le pôle "blockchain" en Suisse. En effet, avec ce type de technologies qui évoluent sans cesse, face à une concurrence internationale très vive, il faut constamment s'adapter pour permettre l'émergence de champions suisses. Depuis 2017, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers a assoupli trois fois sa réglementation pour faciliter l'utilisation de nouvelles technologies dans la finance. Un rapport fédéral sur les conditions-cadres juridiques s'appliquant à la "blockchain" en Suisse vient d'être publié. Enfin, le Conseil fédéral vient de vérifier que le risque [PAGE 467] de blanchiment d'argent issu de la "blockchain" est bien sous contrôle.
Dans des domaines comme les nouvelles technologies, une motion déposée il y a trois ans a toutes les chances d'être caduque; ainsi, je retire ma motion. En revanche, je déposerai une interpellation visant à renforcer le maillon cadet de cette chaîne, c'est-à-dire l'esprit pionnier en Suisse. Car dans un domaine aussi novateur, l'esprit pionnier est un des ingrédients clés du succès. La "blockchain" est une "frontier tech", c'est un outil qui permet d'explorer au-delà des limites connues de la technologie, mais pour cela il faut des talents. Or le monde entier s'arrache les spécialistes de la "blockchain". C'est pourquoi nos autorités doivent supprimer dans la mesure du possible tout obstacle à l'embauche de ces spécialistes lorsqu'ils viennent de pays tiers. L'écosystème "blockchain" aurait besoin d'un financement rapide et suffisant, or nos start-up les plus prometteuses ont souvent du mal à lever des capitaux importants et il serait dommage de les voir partir à l'étranger par manque de ressources financières.
Enfin, la nécessité de définir des standards internationaux pour la "blockchain" se fait déjà sentir. La Suisse doit prendre le leadership pour promouvoir une bonne gouvernance internationale dans ce domaine, avec l'aide des organisations internationales basées à Genève. Le temps presse. Il suffit d'observer l'émergence de Binance, cette plateforme chinoise de cryptomonnaies créée en 2017 seulement et qui a réalisé 1 milliard de dollars de bénéfice dès sa première année d'activité. L'entreprise développe au pas de course tout un écosystème de services: Binance Labs, Binance Info, Binance Chain, Binance Uganda, etc. Pour nous, l'enjeu est clair: il faut que le nouveau Google de la "blockchain" soit suisse.