Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2019-06-06
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-06
Wortprotokoll
Le contexte international a totalement changé au fil des années. Après la Guerre froide, la grande puissance qu'on appelle l'OTAN s'est développée, et on se trouve désormais dans une situation de sécurité très privilégiée en Suisse, au milieu d'un continent apaisé, avec des pays amis qui nous entourent. C'est une réalité.
Jusqu'à présent, la logique de l'armée était de défendre un territoire contre une invasion possible d'un ennemi extérieur. La logique, c'était de se défendre contre peut-être l'Allemagne, l'Italie ou la France. Or cette logique date du siècle passé, d'il y a très longtemps. Actuellement, ces pays ne vont pas nous faire la guerre. Nous collaborons avec eux; nos populations sont mélangées. Combien de personnes en Suisse sont d'origine italienne, française, espagnole, autrichienne, et j'en passe, et ont de la famille dans ces pays? Cette logique de défense doit évoluer.
Madame la conseillère fédérale, c'était pour nous une heureuse surprise de lire, dans le Rapport sur les perspectives de développement des capacités des forces terrestres, qu'il est prévu véritablement de faire évoluer la logique au travers de l'option retenue.
Parmi les trois options prévues, il y avait l'option 1 visant à préparer l'armée à des conflits armés interétatiques, donc à la défense d'un territoire contre un autre pays qui pourrait nous envahir. Il était question d'un investissement de 10 [PAGE 917] milliards de francs. Il s'agissait de remplacer les blindés à chenilles par des véhicules modernes du même type, laissant ainsi aux blindés une place importante. Mais cette option n'a pas été retenue.
Le Conseil fédéral, sur proposition du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, défend plutôt l'option 2, qui est moins chère, s'élevant à 5 à 6 milliards de francs. L'option 2 vise des conflits hybrides, ce qui répond véritablement à la réalité des dangers actuels, notamment en ce qui concerne le terrorisme. Les forces terrestres seront équipées de systèmes plus légers; elles seront bien protégées tout en étant plus mobiles et polyvalentes.
Dans ce cadre, c'est vrai que nous sommes un peu surpris que des mortiers nous soient proposés. Les mortiers, tout comme les lance-mines ou les chars blindés, c'est pour s'opposer à l'avancée de troupes ennemies à l'aide d'armes à tir courbe. Cela comporte de nombreux dangers dans un pays comme la Suisse, dont la densité de villages, de maisons, de la population, est forte. Nous avons vraiment beaucoup de doutes quant à ce choix d'arme, et nous voyons également une contradiction.
Je vous appelle à soutenir la proposition de Madame Seiler Graf. Nous sommes peut-être à l'aube d'un changement de vision en matière de défense du pays. En acceptant cette proposition, c'est un premier pas que nous pouvons faire maintenant.
Monsieur Golay, en s'exprimant précédemment au nom du groupe UDC, a parlé du passé. Il a posé la question de savoir si l'OTAN allait nous défendre contre un agresseur extérieur. Mais les pays qui nous entourent, à part l'Autriche, qui est un pays ami, sont membres de l'OTAN, qui est une grande association de défense partageant nos valeurs. J'ai participé le week-end dernier à l'Assemblée parlementaire de l'OTAN à Bratislava. Cette assemblée est constituée d'amis qui veulent, ensemble, défendre un ordre du monde basé sur la sécurité réciproque et la paix. Monsieur Golay parlait d'avancées de troupes qui allaient nous envahir, raison pour laquelle il fallait notamment des mortiers. Nous ne sommes plus dans cette réalité; les dangers sont ailleurs.
Je vous enjoins vraiment à soutenir la proposition de Madame Seiler Graf, qui va clairement dans une très bonne direction.