Chevalley Isabelle · Nationalrat · 2019-06-19
Chevalley Isabelle · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2019-06-19
Wortprotokoll
Nous nous retrouvons aujourd'hui pour débattre non pas d'une mais de deux initiatives sur l'utilisation des pesticides. Ceci nous montre que les citoyens suisses sont inquiets et nous devons entendre cette inquiétude. Ne pas proposer de contre-projet est simplement un déni d'une certaine volonté populaire.
Plusieurs études ont montré que de nombreux cours d'eau étaient contaminés par des polluants issus des produits phytosanitaires. Dans leur dernière étude, les spécialistes de l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l'eau ont retrouvé 61 herbicides, 45 fongicides et 22 insecticides différents dans les échantillons d'eau provenant de cinq ruisseaux. Chaque ruisseau contenait entre 20 et 40 substances et le seuil fixé dans l'ordonnance sur la protection des eaux était dépassé dans 80 pour cent des cas pour au moins un composé. Certaines espèces sensibles, comme les invertébrés, ont même disparu de ces cours d'eau.
Cela fait déjà plusieurs années que certains parlementaires se préoccupent de cette question. Mais, malheureusement, on n'a pas pu trouver des majorités dans ce Parlement pour prendre des mesures. Je pense en particulier à la suspension de l'autorisation concernant l'utilisation de quatre néonicotinoïdes comme le fipronil, le chlorpyriphos, la deltaméthrine et la cyperméthrine toxiques pour les abeilles. On n'a pas non plus réussi à faire appliquer la demande de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture d'analyser les résidus de glyphosate dans les urines d'un échantillon de la population pour pouvoir évaluer l'étendue de la contamination. Seule une analyse des denrées alimentaires a été réalisée. De ce fait, la problématique du glyphosate amène plus de questions que de réponses. Mais ce qui est certain c'est que le fait de ne pas vouloir savoir ne fait qu'augmenter les inquiétudes légitimes de la population.
Nous constatons une baisse très importante du nombre d'insectes; pas besoin d'être scientifique pour le voir. Pourtant les insectes sont une pièce maîtresse dans l'équilibre de notre écosystème. Prenez simplement le cas des abeilles, qui pollinisent nos arbres fruitiers: que ferons-nous sans elles? Ferons-nous comme les Chinois, à savoir prendre des pinceaux pour polliniser nous-mêmes les arbres fruitiers?
On nous dit que tout va très bien et que le monde paysan fait déjà beaucoup. Non, tout ne va pas très bien lorsque l'on voit la pollution de nos ruisseaux et la disparition des insectes. Le monde paysan a fait des efforts, mais ces efforts doivent s'intensifier. Nous devons renoncer aux pesticides, comme la Suisse renonce au nucléaire. Cela ne signifie pas tout arrêter du jour au lendemain, mais planifier un arrêt organisé du recours aux pesticides. Dans ce sens, le plan d'action national du Conseil fédéral concernant les produits phytosanitaires ne va pas assez loin. De plus, le Conseil fédéral recommande le rejet de la motion 17.3950 de notre collègue Tiana Moser, qui exige de mettre à disposition les ressources financières et humaines nécessaires pour atteindre les objectifs définis dans ce plan d'action dans les délais prévus.
Les initiatives qui nous sont soumises sont mal conçues, mais ne rien faire reviendrait à envoyer un signal très négatif à la population, et il n'est pas exclu que cette dernière nous le fasse comprendre en retour par le soutien à l'un ou l'autre des deux textes.
C'est pourquoi le groupe vert'libéral soutiendra la minorité Jans, qui demande de renvoyer le projet à la commission pour que cette dernière puisse élaborer un contre-projet aux deux textes. Si le conseil refuse l'idée d'un contre-projet indirect, alors il sera nécessaire de soutenir le contre-projet direct proposé par les minorités II (Jans) et III (Bertschy).