Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2019-06-20
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-20
Wortprotokoll
Comme vous pouvez le constater, après ce débat très masculin, le congé de paternité intéresse et concerne aussi les femmes, et je suis heureuse d'y participer comme première oratrice. Quelques jours après la grève des femmes, qui a mobilisé les foules en Suisse en faveur d'une égalité réelle entre les femmes et les hommes, je crois en effet important de rappeler à quel point cette égalité s'ancre dans le concret et profite à chacun et à chacune, comme à l'ensemble de la société.
Le congé de paternité illustre ceci à merveille: en effet, ce n'est qu'en offrant une chance aux hommes de prendre leur place dès le départ auprès de leur enfant que l'on pourra oeuvrer à une plus grande implication des pères, qui le plus souvent la souhaitent - y compris lorsque par la suite le couple parental se déchire. Cette implication paternelle profitera aux pères, mais aussi aux enfants et aux mères, qui en plus de pouvoir mieux se remettre de la grossesse, de l'accouchement et des débuts de vie avec leur enfant, psychiquement et physiologiquement éprouvants, mettront en place avec leur partenaire, dès le début, une répartition des tâches plus égalitaire. Toute la société en bénéficiera au final, car la possibilité pour les femmes comme pour les hommes de concilier carrière et vie de famille profite à l'économie et contribue à l'épanouissement de chacune et de chacun.
L'argument avancé par le Conseil fédéral pour rejeter le moindre congé de paternité, qui consiste à mettre en avant la priorité accordée au développement de l'offre d'accueil extrafamilial, n'a tout simplement pas de sens. Si cette offre est bien évidemment cruciale, il faut comprendre que beaucoup se joue lors des débuts de vie de l'enfant. Tant mon parcours personnel que mon expérience professionnelle de sage-femme m'ont convaincue de l'importance d'offrir aux pères la possibilité de nouer dès le départ un lien profond avec leur enfant. Or ce lien se tisse dans le concret, il se tricote dans les brassières, il est fait du parfum des bains comme des odeurs de couches. Il s'approfondit dans chaque câlin et, même, dans chaque nuit blanche. C'est dans les meilleurs moments, comme dans les plus difficiles, c'est en tout cas au quotidien que le père et l'enfant posent les bases d'une relation de qualité, une relation qui durera toute la vie.
Le père doit donc pouvoir, d'entrée de jeu, trouver ses marques auprès de l'enfant et prendre ainsi confiance en ses capacités. On sait que dans toute rencontre la première impression est déterminante: il s'agit donc de ne pas la manquer.
Aujourd'hui, en Suisse, les pères des différents cantons, collectivités et entreprises, ne sont pas égaux devant le congé-paternité, qui est laissé au bon vouloir des partenaires sociaux, et beaucoup doivent se satisfaire du minimum légal qui est vraiment, comme son nom l'indique, minimaliste. Un congé-paternité ne représenterait pourtant qu'un petit pas pour la collectivité - sachant que les 20 jours demandés par l'initiative populaire sont aujourd'hui déjà presque financés grâce au recul du nombre de jours de service militaire - mais un grand pas pour les hommes, les femmes et les enfants.
Il s'agit donc, comme le réclame mal à propos l'initiative parlementaire, d'utiliser les moyens à disposition en Suisse, l'un des pays les plus riches du monde, mais l'un des pays les plus pauvres du monde en matière de congés parentaux pour, sans grignoter sur d'autres congés ou droits aux vacances, favoriser l'harmonie des débuts de vie des enfants et des familles de ce pays.
Gardons-nous de toucher au congé-maternité minimal de 14 semaines qui ne suffit déjà pas à une complète remise sur pied après une grossesse et un accouchement, contrairement à ce que vient de dire notre collègue Hans Wicki, qui n'est plus dans la salle, sans même parler de l'allaitement complet recommandé pendant six mois par les pédiatres du monde entier. Gardons-nous d'entrer dans la querelle stérile qui oppose congé de paternité et congé parental; la Suisse a certainement besoin des deux. Mais ouvrons au moins la voie aujourd'hui à un congé-paternité dont toutes les familles de ce pays ont un urgent besoin.