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Hêche Claude · Ständerat · 2019-06-20

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-20

Wortprotokoll

Vous connaissez peut-être cette maxime: "Avant, j'avais des principes; maintenant, j'ai des enfants." Avec des principes, on pense que l'équilibre dans l'engagement familial va se résoudre avec l'augmentation du nombre de places en crèches. Oui, c'est une bonne piste, mais c'est une piste structurelle. C'est une manière de dire aux femmes: "Si vous voulez travailler plus, nous vous offrons certaines facilités pour placer vos enfants."

La question que nous devons nous poser aujourd'hui, c'est: "Quelle place convient-il que les hommes occupent?" En 2019, il s'agit de se donner une chance de changer certaines habitudes. Cela ne se décrète pas, bien sûr. Mais cela peut commencer par une immersion plus conséquente des pères. Ceux qui sont passés par là le savent: l'arrivée d'un enfant est le plus grand bouleversement d'une vie. Et ce bouleversement ne se déroule pas sur une semaine ni sur un mois. Il se déroule sur plusieurs années. Or, les premières semaines sont primordiales pour que les deux parents soient impliqués et aient un socle commun face à ce que l'arrivée d'un enfant signifie. Aujourd'hui, la majorité des pères bénéficient de quelques jours de congé, mais certains pères en ont plus - comme cela a été rappelé tout à l'heure - dans certaines grandes entreprises et collectivités publiques. Pour la plupart, ce congé a lieu au moment de la naissance, c'est-à-dire quand la maman et le bébé sont encore à l'hôpital. Cela est très utile pour fêter cet évènement, mais cela n'est pas franchement aidant pour se plonger dans les contingences familiales. Or, rien ne remplace l'expérience de vivre avec le bébé 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour être plus impliqué.

En vivant bon nombre d'étapes, non seulement les fatigues, mais aussi les joies, à plein temps, durant une certaine durée, on se forge un capital qui sera à utile à l'enfant, au couple, à soi-même, et à la société. Il est évident que cela est utile pour l'enfant, car le lien en sortira renforcé; pour le couple, car le partage de ces moments renforcera la confiance et le respect; pour le père lui-même, car il bénéficiera de ces moments intenses partagés, et cela lui donnera certains outils, qu'il pourra utiliser même dans sa vie professionnelle; et, enfin, pour la société et pour l'entreprise, qui a tout à gagner d'avoir des employés épanouis et équilibrés.

Des entreprises répondent que le coût est trop élevé. Je voudrais qu'elles réfléchissent à la rentabilité effective d'un homme qui dort peut-être mal, qui vit une période importante de sa vie et qui doit aller travailler comme si de rien n'était. L'arrivée d'un enfant a de toute façon des répercussions sur la productivité d'un employé, mais un employé dont la réalité est prise en compte est un employé reconnaissant et productif.

Il est donc temps de donner une impulsion à une conciliation harmonieuse et moins stressante de la vie familiale et de la vie professionnelle. De nombreux hommes souhaiteraient s'investir plus dans la vie de famille et partager de manière plus équitable les charges. Mais cela ne signifie pas un travail à 100 pour cent pour les deux et des enfants en [PAGE 564] structure d'accueil. Cela signifie dans l'idéal un équilibre, selon un choix personnel. Un enfant ne devrait pas être une entrave à une vie professionnelle épanouie.

Il faut oser le dire: nous sommes parfois un peu décalés - je pèse mes mots - des réalités. La majorité des couples travaillent et voudraient assumer leurs enfants plus que nous les hommes ne l'avons fait à notre époque. Au même titre que nous devons vivre dans une économie globalisée, nous devons admettre que la politique familiale est un véritable sujet prioritaire. Il est ainsi de notre devoir de créer un environnement favorable à la famille.

La politique familiale, c'est un ensemble de mesures qui visent à créer les conditions pour qu'avoir des enfants soit synonyme d'épanouissement, plutôt que synonyme de contrainte. Le taux de natalité a repris une courbe ascendante depuis l'introduction du congé maternité: il était tombé à 1,38 enfant par femme en 2001, et il était de 1,54 en 2016.

Si l'on met en relation les coûts pour l'économie de l'introduction d'un congé-paternité de deux semaines, qui s'élèvent - cela a également été rappelé tout à l'heure - à 225 millions de francs contre 420 millions de francs pour quatre semaines, et le bénéfice d'une augmentation de la natalité, le retour sur investissement est garanti.

Le Conseil fédéral estime que le rapport coûts-bénéfices d'un investissement dans les structures d'accueil est plus intéressant. Oui, à court terme. Mais à long terme, l'intérêt est véritablement de pouvoir donner à chaque membre du couple les mêmes atouts pour s'engager dans sa famille, dans son travail, dans le monde associatif et aussi politique. Femmes et hommes doivent avoir les mêmes bagages pour faire un libre choix, et non un choix imposé par l'extérieur, car on peut aussi le voir comme un rééquilibrage. Une femme doit composer avec des arrêts de travail dans sa carrière, liés aux maternités, et elle le paie cher au niveau des possibilités de promotion et du revenu. Cela ne peut continuer ainsi.

Pour ces quelques raisons, je vous invite naturellement et prioritairement à soutenir l'initiative et, ensuite, le contre-projet.