Cramer Robert · Ständerat · 2019-09-10
Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-09-10
Wortprotokoll
L'initiative cantonale dont nous sommes saisis a été adoptée par le Grand Conseil de Genève à l'unanimité. A l'unanimité ou plutôt, très précisément, par 76 voix contre 0 et 2 abstentions. C'est donc dire que, très logiquement, je devrais faire aujourd'hui une proposition individuelle pour vous demander de donner suite à cette initiative. Je ne le fais pas, parce que le débat politique que nous devions avoir sur la SSR, nous l'avons déjà eu. Nous l'avons eu le 11 juin dernier, à la suite du dépôt de l'excellente initiative parlementaire Vonlanthen 18.449, "La diversité à la place de la concentration. Garantir une production de programmes par la SSR qui soit décentralisée".
J'ai donc pris note que nous n'avions pas le droit d'intervenir sur la façon dont la SSR s'organise, et que ce droit appartient exclusivement au conseil d'administration de la SSR. Dont acte. Mais, si nous n'avons pas le droit d'avoir des opinions, nous pouvons peut-être avoir le droit de poser des questions. Et je pense que nous devons exercer ce droit, d'autant plus qu'il y a un très grand flou dans la façon dont tout cela est conduit. Je considère adéquat de poser un certain nombre de questions publiquement, en espérant, peut-être, que quelques réponses viendront et que cela suscitera un débat parce que, après tout, ce dont nous parlons aujourd'hui, c'est tout de même de l'argent des citoyennes et des citoyens qui paient la redevance.
Ce qu'il faut rappeler en ce qui concerne le projet prévu dans l'Arc lémanique, c'est que ce projet, consistant à créer un nouveau site de production à proximité de Lausanne, à Ecublens pour être précis, n'est pas nouveau. C'est un projet très ancien; c'est un projet qui date de bien avant le vote sur l'initiative "No Billag"; c'est un projet qui date, pour prendre une comparaison biblique, des vaches grasses, de l'époque où l'argent coulait à flots, et où l'on pouvait donc prévoir ce qui a été conçu, un bâtiment coûtant une centaine de millions de francs.
Ce projet ancien, coûtant une centaine de millions de francs, a non seulement été conçu à une époque où il ne fallait pas faire d'économies, mais en plus il a été conçu à une époque où la technique était totalement différente, où la façon de produire des émissions était totalement différente. Je trouve quand même très étonnant qu'on vienne nous dire aujourd'hui que c'est un projet formidable, que c'est ce projet dont on a besoin dans la situation actuelle, alors que c'est un projet qui vient d'une toute autre époque.
Et il n'est pas interdit, pour autant que l'on s'autorise à se poser des questions, de se demander si ce projet est réellement toujours justifié. Est-il justifié aujourd'hui de construire un bâtiment à 100 millions de francs dont on nous dit qu'il serait justifié par des synergies? Mais, mes chers collègues, il faut beaucoup de synergies pour arriver à trouver 100 millions! Il faut beaucoup de synergies pour justifier la casse sociale et affective que représente ce projet pour les centaines de collaborateurs qui sont concernés et qui, par le biais de leur syndicat, nous ont alertés sur le fait qu'ils voyaient ce projet d'un très mauvais oeil.
Cette question - est-ce que face à ces 100 millions il y a les économies correspondantes? - est une question que l'on doit poser, enfin que l'on peut en tout cas se poser. Non: on ne doit pas la poser, parce qu'on n'a pas le droit de poser des questions. Mais enfin, on peut se poser des questions à nous-mêmes.
A côté de cela, j'ai indiqué que la technologie a évolué. Ces évolutions technologiques ont un effet qui est que, aujourd'hui à Genève, il y a de plus en plus d'espace disponible. Il y a de plus en plus d'espace disponible, d'abord parce que le fait de travailler de plus en plus avec le numérique a pour conséquence que l'on n'a plus besoin de construire des décors, les décors étant numériques, ce sont des simulations qui se font. Il y a donc maintenant d'immenses locaux qui sont progressivement désaffectés.
Et puis, on travaille différemment: chacun n'a plus son petit bureau dans son coin; on travaille dans des "open spaces" - il paraît que cela favorise la créativité. Et donc, là aussi, il y a besoin de moins de locaux. Pour prononcer un chiffre, ce dont on parle aujourd'hui, c'est de surfaces de 30 à 40 pour cent inférieures dont on aurait besoin à Genève par rapport à ce qu'il y a maintenant, c'est-à-dire, quand même, de surfaces extrêmement conséquentes en matière de mètres carrés. [PAGE 642]
Que va-t-on faire de ces surfaces? On pourrait se dire que la bonne idée est de les rentabiliser. Malheureusement, il se fait que le terrain appartient au canton de Genève, que si l'Etat a mis gratuitement ce terrain à la disposition de la SSR, c'est évidemment pour qu'elle se livre aux activités de la SSR et non pas pour qu'elle fasse de bonnes opérations immobilières, de lucratives opérations immobilières, sur le dos de la collectivité genevoise. Quand je vois le résultat du vote du Grand Conseil genevois, je doute fort que le parlement cantonal verrait d'un très bon oeil que la SSR puisse louer ces locaux à son profit! En d'autres termes, aujourd'hui, ces locaux, qui vont progressivement se vider, sont destinés à rester vides.
En substance, on a un petit peu l'impression qu'aujourd'hui, le projet qui est poursuivi par la SSR est un projet qui remonte à une autre époque. C'est un peu comme ces étoiles éteintes dont la lumière nous arrive toujours. Eh bien, nous sommes dans ce cas: les temps ont changé.
Je conclurai simplement en disant qu'à mon sens, le métier de la SSR, c'est de produire des émissions, ce n'est pas d'être un promoteur immobilier. Il vaudrait véritablement la peine que cette entreprise - si on a le droit de faire une suggestion! - revienne à ses fondamentaux.