Mazzone Lisa · Nationalrat · 2019-09-11
Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-09-11
Wortprotokoll
On entre à la maternité le ventre rebondi, la main lovée dans celle de son conjoint, et l'avenir chargé de promesses. On en ressort un bébé dans les bras et la société dans la figure, cette vieille société, patriarcale et conservatrice. On est épuisée, le corps lessivé. Et le conjoint s'en va, il retourne au travail. Alors on reprend l'histoire: "l'appartement est là, la machine à laver aussi, le bébé pleure, j'aimerais quand même aller me laver une fois dans la journée, la couche n'a pas tenu, il faudrait que je fasse la lessive et quand même, puisque je suis là, c'est à moi de passer l'aspirateur."
On entre à la maternité en couple moderne - il travaille, je travaille -, on en sort en faisant un bond en arrière. La société nous fait entrer de force dans la case qu'elle nous a réservée en tant que femmes, le soin aux proches et la charge mentale.
C'est une période difficile. La dépression post-partum concerne une femme sur huit en Suisse et presque autant de pères, selon les Hôpitaux universitaires de Genève. La césarienne, qui demande un temps de récupération plus important, concerne un tiers des mères. Etre deux à la maison, ce n'est pas du luxe, c'est simplement nécessaire.
La plus grande rupture en termes d'égalité hommes-femmes survient à la naissance d'un enfant. Comme l'écrit Travail Suisse, le phénomène est enfin confirmé par la recherche. La maternité est un facteur qui discrimine les femmes sur le marché du travail. Le plus souvent, la discrimination qui en résulte est le licenciement ou le départ "d'un commun accord". C'est clair dans les statistiques: 80 pour cent des jeunes mères travaillent à temps partiel, contre moins de 40 pour cent des femmes sans enfant. Et évidemment, seul un père sur neuf ne travaille pas à plein temps.
L'histoire que je vous raconte est celle de la séparation traditionnelle des tâches et des rôles. Elle a toujours deux faces. Si l'on change une des faces, l'autre change aussi. Donc, selon notre loi, les pères, eux, n'ont rien à faire à la maison. Lors de la naissance d'un enfant, on leur concède un jour, comme pour un déménagement - pourtant cela déménage bien plus qu'une armoire! Et nous sommes le seul pays européen à ne pas octroyer de congé-paternité.
C'est un sujet recalé de la politique fédérale. Pourtant, n'est-ce pas le sujet le plus fondamental de notre société que d'assurer son renouvellement? N'est-ce pas là que l'on devrait investir collectivement de l'argent?
La Commission fédérale pour les questions familiales a démontré, à travers une revue de la littérature scientifique, tous les effets bénéfiques d'un congé parental. D'abord, et c'est probablement le plus important, cela améliore la santé de l'enfant et son développement, avec des répercussions jusque dans ses résultats scolaires. Ensuite, cela améliore la santé des mères; plus le congé est long, plus le risque d'épuisement physique et psychique diminue. Enfin, le congé parental est primordial pour les pères; il développe leur relation avec l'enfant et entraîne une plus grande participation aux tâches de prise en charge, tout en améliorant leurs compétences éducatives.
Les effets ne sont pas seulement privés, ils sont aussi économiques. Le congé parental permet à la mère de travailler davantage. Or, en Suisse, 18 pour cent des mères employées à temps partiel souhaiteraient travailler davantage. Mais pour cela, il faut que les tâches soient mieux réparties. Pour les entreprises, c'est aussi une chance, car le congé parental améliore la productivité, le chiffre d'affaires et l'ambiance au travail. Il permet surtout de réduire la fluctuation du personnel. Et que l'on ne nous dise pas qu'il est compliqué de se passer d'un homme; quand il fait du service militaire, on trouve toujours une façon de le faire. Le congé parental mettrait enfin les hommes et les femmes sur un pied d'égalité dans le monde du travail, quand la maternité ou la paternité ou la parentalité arrive.
Enfin, selon une étude de l'Union européenne, une augmentation du taux d'emploi des femmes de seulement 1 pour cent générerait suffisamment de revenus fiscaux pour compenser [PAGE 1454] un congé parental intégralement rémunéré de 18 à 20 semaines.
L'objectif est clair: il s'agit d'atteindre l'égalité et de permettre aux familles d'adopter une répartition des tâches équilibrées. Que les mères puissent également développer leur vie active pleine et entière, et que les pères prennent en charge la moitié des tâches domestiques et d'éducation, ainsi que de la charge mentale. Ce n'est pas une question de responsabilité individuelle, mais de possibilité. Voilà pour le principe.
S'agissant des détails, l'initiative pour un congé de paternité demande 4 semaines; c'est trop peu. Alors 2 semaines, c'est vraiment trop peu. Selon les études, les vrais effets sont constatés à partir de 8 semaines.
Les Verts revendiquent, depuis de longues années, un véritable congé parental, dont une partie est réservée au père et l'autre à la mère, avec une flexibilité possible dans l'organisation du congé, et cela sur deux années. Cela fait des années que nous mentionnons les exemples nordiques. Si ces pays arrivent à le faire, il n'y a pas de raison que nous n'y arrivions pas.
C'est pourquoi nous avons déposé une proposition de minorité pour un congé parental de 52 semaines, partagé entre le père et la mère, avec 14 semaines à prendre directement par la mère à la naissance de l'enfant, et le reste à répartir sur deux ans.
Alors, que ce soit dit une fois pour toutes: que ce soit le congé maternité, ou le congé-paternité, ou le congé parental, ce ne sont pas des vacances, c'est nécessaire, et ce, pour la collectivité.
Je vous remercie de soutenir notre proposition de minorité.