Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2019-09-11
Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-11
Wortprotokoll
En tant que cinquante-huitième et dernière oratrice de la journée, je pourrais vous proposer de soutenir un congé parental de 58 semaines, mais je vais être plus raisonnable.
Comme cela a déjà été relevé par plusieurs orateurs, la Suisse fait figure d'arriérée dans de nombreux domaines de la politique familiale. Seuls les Etats-Unis et le Mexique font moins bien que la Suisse, qui ne propose qu'un seul jour de congé-paternité et 14 semaines de congé maternité. Avec l'introduction d'un congé-paternité de 4 semaines, notre pays ferait un tout petit pas vers la modernité, qui n'a certes, rien à voir avec les pays de l'OCDE, qui ont mis en place des congés paternité ou parentaux bien plus généreux, en moyenne de 43 semaines, sans jamais revenir sur leur décision. Rien à voir avec l'UE, qui a décidé en 2017 d'accorder un congé parental de quatre mois à chaque parent qui travaille. Rien à voir non plus avec l'Islande, petit pays de 350[NB]000 habitants, leader mondial de l'égalité entre femmes et hommes, qui a introduit le congé-paternité de 2 semaines en 1997, pour le transformer trois ans plus tard, en l'an 2000, en un congé de naissance de neuf mois. Rien à voir surtout avec la Suède, où un congé parental de 480 jours est octroyé depuis 50 ans, sans n'avoir jamais été remis en question ni par le patronat ni par les milieux politiques. Ce système a été mis en place pour accorder des chances égales aux femmes et pour offrir un entourage idéal à l'enfant durant sa première année de vie, qui est considérée comme cruciale pour son développement social et émotionnel. Grâce à cette politique, de même qu'à l'investissement massif dans les structures d'accueil pour enfants après cette première année, la Suède [PAGE 1477] se caractérise par le taux d'activité des femmes le plus élevé d'Europe, et pour la plupart à plein temps.
En Suisse, 77 pour cent des femmes travaillent, mais en forte majorité à temps partiel. Face au vieillissement de la population, afin de financer l'AVS, il faut mettre en place des conditions favorables à la conciliation travail-famille, et le congé-paternité ou, encore mieux, le congé parental en fait partie. La Suède ne souffre pas sur le plan économique de cette politique de promotion de la conciliation travail-famille, puisqu'elle est devenue l'un des pays les plus compétitifs en termes d'innovation technologique. Le congé parental rend les employés plus motivés et la Suède enregistre une croissance économique vigoureuse. De plus, le niveau de vie de sa population est l'un des plus élevés au monde.
Le modèle suédois n'est donc pas une utopie et il devrait nous inspirer. L'aile droite de notre Parlement, largement représentée par l'ancienne génération qui soutient un modèle traditionnel de la famille, ne voit pas l'intérêt d'un tel congé et nous parle de catastrophe économique si une telle mesure était mise en place. On nous dit qu'il serait impossible pour une PME de quatre employés d'avoir simultanément deux employés en congé maternité ou en congé-paternité. D'une part, cela ne devrait pas se produire souvent et, d'autre part, n'oublions pas que les indemnités versées par les APG couvrent 80 pour cent du salaire des employés en congé parental et qu'il est donc possible d'engager des remplaçants.
Peindre le diable sur la muraille et annoncer une charge insoutenable pour l'économie, voilà une stratégie bien connue. Pourtant, lorsqu'il s'agit de mobiliser des civilistes et l'armée pour la sécurité de la Fête fédérale de lutte, on ne rechigne pas à payer 8500 jours avec les APG, ces mêmes APG qui pourraient déjà compenser 4 semaines de congé-paternité pour 425 jeunes pères. La diminution du nombre de jours de service militaire de 14 millions à 5,4 millions par an a généré une somme permettant de financer en grande partie l'assurance-maternité. Une diminution des jours inutiles d'armée permettrait encore des économies qui pourraient compenser en partie un congé-paternité.
De nombreuses entreprises ont déjà pris conscience du souhait des jeunes couples de pouvoir bénéficier d'un congé parental et estiment avoir un retour net sur investissement, puisque cela rend les employés et employées plus motivés, renforce la participation des femmes au marché du travail et constitue un pilier indispensable dans la lutte contre la pénurie de personnel qualifié.
Naturellement, un congé parental serait encore plus moderne et diminuerait la discrimination à l'embauche que subissent souvent les femmes en âge de procréer. En effet, tous les hommes étant susceptibles d'être pères, quel que soit leur âge, il n'y aurait plus de raison de choisir un homme ou une femme d'âge mûr plutôt qu'une jeune femme. Seules finalement les femmes âgées de plus de 50 ans seraient les perles rares pour les entreprises qui souhaiteraient à tout prix éviter d'avoir à subir une absence liée à la naissance d'un enfant. Malheureusement, ces femmes souffrent d'une autre discrimination, celle de l'âge, mais là n'est pas le sujet!
Pour toutes ces raisons, et pour bien d'autres encore, je ne peux que vous encourager à soutenir massivement la minorité Reynard pour un congé parental de 38 semaines ou, au minimum, l'initiative populaire, et ainsi donner un signal de modernité. Enfin!