Genecand Benoît · Nationalrat · 2019-09-16
Genecand Benoît · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2019-09-16
Wortprotokoll
Je voulais commencer cette intervention par trois remarques préliminaires.
Tout d'abord, j'aimerais dire à Roger Nordmann que cette initiative n'est pas dangereuse. Dans ce pays, il n'est jamais dangereux de poser des questions; la population y répond de manière extrêmement fondée et extrêmement adulte. D'autres pays n'ont pas cette culture et font effectivement des expériences un peu désastreuses, mais ce n'est pas le cas de la Suisse.
Ensuite, sur ce sujet, il y a 30 pour cent de gens qui sont convaincus et qui vont voter oui, 30 pour cent qui vont voter non. Les seuls qui sont intéressants dans la perspective de la votation du début de l'année prochaine, ce sont les 40 pour cent qui ne savent pas encore ce qu'ils vont voter. Ceux-là ne se laisseront pas convaincre par des menaces ou par des arguments un peu légers.
Enfin, Ursula von der Leyen, présidente élue de la Commission européenne, a nommé un vice-président pour protéger notre mode de vie européen. Les gens se sont un peu moqués d'elle. Mais qu'est-ce que la population attend de politiciens sinon de protéger leur mode de vie? Qu'attend la population? Elle n'attend certainement pas des performances en termes de PIB, elle attend une protection du mode de vie. La question qui se pose par rapport à la libre circulation des personnes est: est-ce que, globalement, cela a protégé le mode de vie des gens qui habitent dans notre pays? Je ne parle pas des Suisses, je parle de tous ceux qui habitent dans notre pays.
Que peut-on dire sur la libre circulation des personnes? Ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que cela a augmenté la prospérité. Mais cela veut dire quoi concrètement? Cela veut dire que cela a permis au capital investi en Suisse d'obtenir des rendements importants, puisque le capital est rare et que plus vous avez de personnes dans ce pays, plus ce capital sera exploité de manière efficace. Cela a permis aussi aux personnes actives en Suisse, qui sont en bonne santé et bien formées, de trouver un pays qui offre des opportunités pour tout le monde, y compris des opportunités de développement.
Il ne faut pas se voiler la face: pour toutes les personnes qui sont moins bien formées, qui sont affaiblies par la maladie, pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail, les mettre en concurrence avec trois pays limitrophes qui parlent la même langue que nous et qui ont 100 millions de collaborateurs, alors que nous n'en avons que 4 millions, cela met ces personnes sous une pression colossale. Vous pourrez mettre en place toutes les mesures d'accompagnement que vous voudrez, cela ne les protègera pas, parce que les mesures d'accompagnement protègent les "insiders", mais ne [PAGE 1595] protègent pas ceux qui n'arrivent pas à entrer dans le marché du travail.
Donc, aujourd'hui, nous avons ce problème, et la difficulté est de savoir si ce problème ira plutôt en s'atténuant ou plutôt en s'aggravant. Malheureusement, la mauvaise nouvelle, c'est[NB]que[NB]le problème n'ira vraisemblablement pas en s'atténuant.
L'idée de départ des libertés était que toutes les économies allaient converger. C'était le principe de convergence. Or, la réalité dans l'Union européenne, c'est qu'il n'y a pas de convergence: l'Allemagne devient plus riche, la Grèce devient plus pauvre. Et c'est la même réalité entre la Suisse et l'Union européenne: il n'y a pas de convergence. Notre pays reste plus prospère, parce qu'il est mieux organisé, parce qu'il a un gouvernement qui gouverne bien. Mais quelle est la conséquence concrète de cette divergence? C'est que de toute[NB]manière l'immigration, une immigration importante, continuera.
Je sais que mes collègues suisses alémaniques sont aujourd'hui un peu apaisés, parce que l'Allemagne se porte bien et qu'il y a moins d'immigration en provenance de ce pays. Mais les collègues tessinois et romands pourront vous dire que ce n'est pas du tout le cas de leur côté. Tant la France, qui est dans une situation compliquée, que l'Italie continuent d'envoyer du monde en Suisse, parce qu'ils ont des tas de gens formés qui veulent venir en Suisse. Donc, on ne verra pas à l'avenir une diminution de la tension, mais cette[NB]tension[NB]persistera. C'est la première difficulté à laquelle il faudra faire face, que la population vote oui ou non à l'initiative de l'UDC.
La deuxième difficulté - et je suis parfois étonné d'entendre certaines personnes, comme ma chère collègue Silva Semadeni, défendre ce système -, c'est que dans tous ces modèles économiques, le sol n'est jamais considéré comme une rareté. Il est toujours considéré comme étant à disposition, sans limite. C'est pour cela qu'on arrive à établir des modèles de croissance, parce qu'on ne considère jamais le sol comme un bien rare. Si on le considérait de la sorte, on verrait que la problématique de la croissance basée sur l'immigration est un problème pour le pays, à terme. C'est un modèle de développement illustrant un développement qui est extrêmement gourmand en surfaces.
Dernière chose, même pour Economiesuisse et les défenseurs de ce modèle, il faut se rendre compte du fait que l'accès aux ressources est extrêmement facile. Les gens traversent l'Allemagne ou la France pour venir travailler chez nous. Cela a eu une conséquence dans notre pays un peu néfaste, c'est que la productivité n'est pas ce qu'elle devrait être. Parce que les capitalistes n'ont pas besoin de se poser des questions de productivité, d'investir dans du matériel, ils ont des gens qui viennent travailler pour des salaires qui sont extrêmement compétitifs. La "NZZ", en juin 2017 déjà, sous la plume de son éditorialiste Simon Gemperli, disait déjà que la Suisse devait faire un choix de "Produktivität statt Zuwanderung". Ce n'étaient pas là les propos d'extrémistes de l'UDC. Nous avons donc un vrai problème de modèle, et, de toute façon, ce problème persistera.
Que faut-il faire, me direz-vous? Le problème de la proposition de l'UDC, c'est que l'UDC n'a absolument pas décrit comment sortir de ce système. Pour l'instant, on fait des[NB]promesses - et les belles promesses rendent les fous joyeux! -, mais on ne sait pas du tout quels dégâts résulteraient d'une dénonciation des accords sectoriels avec l'Union européenne.
De plus, l'UDC fait à mon avis de nouveau, dans cette thématique, un faux procès. Elle parle de l'immigration en provenance de l'Union européenne. Or, cette immigration est le fait de personnes qui viennent travailler en Suisse. Mélanger cela avec l'immigration des réfugiés n'a aucun sens, ce n'est pas le même sujet.
Je conclus par une métaphore. J'ai l'impression que la Suisse est sur une route de montagne comme un camion sans freins. On a, d'un côté, le gouvernement et la majorité qui nous disent de ne pas nous inquiéter et que nous arriverons sains et saufs au bas de la descente en négociant les virages, de l'autre côté, l'UDC qui nous dit qu'il faut braquer le volant immédiatement, mais on ne sait pas si elle veut braquer le volant pour nous freiner sur la route de montagne ou nous envoyer dans le fossé.
Donc, dans ces conditions, je m'abstiendrai sur cette question.[GZ]
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Die Beratung dieses Geschäftes wird unterbrochen [GZ]
Le débat sur cet objet est interrompu[GZ]
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Schluss der Sitzung um 21.50 Uhr [GZ]
La séance est levée à 21 h 50 [PAGE 1596]
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