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Clottu Raymond · Nationalrat · 2019-09-25

Clottu Raymond · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2019-09-25

Wortprotokoll

Quel est le but de l'initiative de limitation? Simplement une gestion raisonnable et autonome de l'immigration, comme un pays souverain doit pouvoir le faire. La Suisse et l'Union européenne sont deux partenaires égaux. C'est bien et bon pour les deux parties. Par contre, il y a une différence majeure entre les deux: l'un de ces partenaires a la libre circulation des personnes pour pilier de sa politique, l'autre a la démocratie directe pour pilier de sa constitution. Il est important qu'en tant que partenaires égaux, avec un mode de fonctionnement différent, chacun respecte le pilier de l'autre.

Notre pays compte actuellement déjà 8,5 millions d'habitants et, faute d'une limitation, une Suisse à 10 millions d'habitants serait très et trop vite une réalité, avec des conséquences désastreuses pour notre territoire qui n'est pas extensible, pour notre environnement et, par là même, pour notre qualité de vie. La croissance démographique et les besoins supplémentaires qui en découleraient exigeraient une augmentation de l'espace habitable de l'ordre de 20 à 30 pour cent. Cela signifierait concrètement le bétonnage des paysages [PAGE 1844] ou, en procédant à des constructions de plus en plus denses, l'émergence de bidonvilles dans nos agglomérations. Et non, Monsieur Béglé, nous ne voulons pas d'un Singapour en Suisse. Où sont donc ceux qui, récemment encore, ont fait de grandes déclarations en faveur de la conservation des surfaces cultivables et du climat? Le besoin en espace habitable n'est pas le seul problème: 1,5 million d'habitants supplémentaires chargerait encore plus nos infrastructures, qui ont déjà atteint, pour certaines, la limite de leurs capacités.

De toute évidence, les partisans de la libre circulation se laissent guider par des intérêts purement commerciaux à court terme et ferment les yeux devant les conséquences de ce phénomène. Or, à moyen et à long terme, comme cela a déjà été évoqué il y a bientôt une semaine et demie par mes collègues, la Suisse risquerait d'y perdre durablement sa prospérité, ce qui aurait pour conséquence de nous envoyer dans le fossé.

Bien sûr que les accords bilatéraux sont importantes pour la Suisse, mais ils le sont également pour l'Union européenne. Mais pas à n'importe quel prix et pas de la manière dont l'Europe agit actuellement envers la Suisse. Des accords bilatéraux, nous en concluons constamment avec d'autres pays, sans que cela soit accompagné d'une reprise systématique de leurs lois. La place économique suisse dispose d'un bon réseau. Ce n'est grâce qu'à notre capacité d'innovation, de réactivité, de précision et aux bonnes relations que nous entretenons avec tous nos partenaires internationaux que nous parvenons à exporter dans le monde entier.

Enfin, je ne peux me retenir de vous citer la fable de Jean de La Fontaine, "La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le boeuf":

"Une Grenouille vit un boeuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf

Envieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille

Pour égaler l'animal en grosseur,

Disant: Regardez bien, ma soeur;

Est-ce assez? dites-moi; n'y suis-je point encore?

Nenni. M'y voici donc? Point du tout. M'y voilà?

Vous n'en approchez point. La chétive pécore

S'enfla si bien qu'elle creva."

Le Conseil fédéral et tous les autres groupes ne sont pas plus sages. Ils préfèrent une Suisse à 10 millions d'habitants, prête à exploser, à un contrôle raisonnable ou modéré de notre immigration.