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de la Reussille Denis · Nationalrat · 2019-09-26

de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2019-09-26

Wortprotokoll

L'accord de libre-échange avec l'Indonésie est, selon le Conseil fédéral, un accord extrêmement important, avec un partenaire commercial potentiellement de premier plan. En effet, en raison du pouvoir d'achat croissant de sa classe moyenne, l'Indonésie, qui compte plus de 260 millions d'habitants, constitue un marché extrêmement intéressant pour l'industrie d'exportation suisse.

Le volume des échanges commerciaux entre la Suisse et l'Indonésie, qui atteint quelque 1,4 milliard de francs, offre un important potentiel de croissance selon le Conseil fédéral. En 2018, l'Indonésie se situait au 47e rang des partenaires commerciaux de la Suisse. Ce pays d'Asie du Sud-Est enregistre actuellement une croissance de 5 pour cent par an et pourrait, selon certaines prévisions, devenir la quatrième puissance économique mondiale d'ici à la moitié du siècle.

Suite à ce descriptif, une des premières remarques que nous souhaitons mettre en avant, c'est justement l'important potentiel de croissance relevé par le Conseil fédéral, qui à nos yeux oublie de se poser des questions plus fondamentales. Pour notre groupe, c'est bien là une des questions essentielles que nous devons nous poser. Pourrons-nous encore longtemps faire l'économie d'une réelle vision critique des échanges commerciaux tels que nous les connaissons depuis plus d'un siècle, en considérant évidemment de manière erronée que notre planète pourra indéfiniment supporter une croissance sans fin?

Pour le groupe des Verts, il est évident que nous devons complètement revoir ce type d'échanges économiques. C'est notamment pour cette raison que nous soutenons la proposition de la minorité Molina, qui, à l'article 1a, prévoit simplement que les mesures liées à la durabilité, à la coopération, au développement des processus de production axés sur le maintien de la biodiversité soient réellement appliquées et surtout contrôlées.

Le renforcement de la mise en oeuvre des dispositions relatives au développement durable est donc un objectif visé par la proposition de la minorité Molina. Nous soutenons cette proposition qui charge le Conseil fédéral de réglementer, par voie d'ordonnance, les compétences et les procédures en [PAGE 1912] lien avec la mise en oeuvre et le contrôle des dispositions relatives au développement durable.

Vous le savez tous, cet accord risque de mettre en péril notre production indigène et, par la même occasion, de fragiliser de nombreux producteurs de notre pays. Mais qu'en est-il en Indonésie? La sécurité alimentaire de la population est menacée. L'expansion de la production d'huile de palme conduit à une économie agricole tendant à la monoculture. Les cultures de subsistance traditionnelles, comme le riz, sont abandonnées au profit d'une huile végétale apparemment lucrative. Pour les petits agriculteurs, ce développement mis en avant par le gouvernement signifie souvent la diminution de la sécurité alimentaire, car les agriculteurs doivent commencer à acheter des denrées alimentaires de base.

Par ailleurs, le secteur de l'huile de palme couvre près d'un quart de la superficie agricole totale de l'Indonésie, mais moins de 10 pour cent des personnes employées dans l'agriculture travaillent dans ce secteur. L'agriculture, à petite échelle, pourrait fournir un moyen de subsistance à un nombre beaucoup plus élevé d'habitants de ce pays. Ainsi, en raison de l'augmentation de la demande mondiale d'huile de palme, les terres agricoles utilisées auparavant pour l'alimentation de base sont de plus en plus souvent converties en zones de culture du palmier à huile. La plupart des petits agriculteurs sont donc les grands perdants du boom de l'huile de palme en Indonésie.

Cette analyse n'est pas uniquement celle des Verts, évidemment, mais elle est largement partagée par de nombreuses ONG actives sur place.

Pour ces différentes raisons, le groupe des Verts s'oppose à cet accord de partenariat économique, considérant que nous continuons à faire fausse route en privilégiant ce type de développement économique qui nous conduit dans une impasse environnementale, climatique et, évidemment, sociale.