Hurni Baptiste · Nationalrat · 2019-12-17
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-17
Wortprotokoll
La population suisse vieillit. Ce n'est ni nouveau, ni très original de le dire, mais c'est un fait incontestable. Ce vieillissement implique des défis particulièrement importants pour le Parlement, que ce soit dans le domaine des logements adaptés, des retraites ou, évidemment, des soins.
Car à nouveau, et c'est une lapalissade, une population qui vieillit et qui vit plus longtemps entraîne un besoin en soins plus important. Or celles et ceux qui prodiguent ces soins au jour le jour, ce sont surtout les infirmières et les infirmiers, qu'ils soient formés dans une haute école ou sortent de la formation professionnelle.
Dès lors, on doit constater que cette profession sera particulièrement mise à contribution dans notre système de santé ces prochaines années. Or là où le bât blesse, c'est qu'aujourd'hui, la profession est déjà en crise. Manque endémique de personnel, nombre de professionnels formés beaucoup trop faible, recours de plus en plus important à la main-d'oeuvre étrangère, cahier des tâches en inadéquation évidente avec la formation, organisation du temps de travail rendant impossible le partage entre une vie privée et familiale épanouie et une vie professionnelle supportable et salaires peu élevés au regard des responsabilités sont autant de maux qui gangrènent les soins infirmiers et qui poussent les professionnels de cette branche, déjà en nombre insuffisant, à cesser leur activité beaucoup plus rapidement que dans d'autres corps de métiers. C'est dans ce contexte bien précis que l'initiative "pour des soins infirmiers forts" a été lancée et a très facilement abouti.
Le premier mérite du texte est d'avoir attiré l'attention sur ce problème central de notre système de soins. Son deuxième bienfait est d'avoir inspiré à la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique de notre conseil un contre-projet qui reste certes en deçà des enjeux et des attentes, mais qui constitue déjà une avancée sur cette question majeure. Le dernier mérite du texte, peut-être le plus important, est de poser clairement sur la table la question de société s'agissant des soins infirmiers. Voulons-nous continuer à faire l'autruche et à ne pas voir le problème, recourant de manière excessive à la main-d'oeuvre étrangère, ou voulons-nous prendre le taureau par les cornes et saisir l'opportunité de prendre des décisions qui permettront de relever les défis de notre société?
Car oui, la valorisation des soins infirmiers a un coût. Certes, ce dernier n'est pas aussi élevé que l'estimation fantaisiste de Santésuisse, mais il est réel. Cependant, ces coûts sont à considérer comme des investissements pour l'avenir. Qu'ils soient destinés à la formation, à la revalorisation des salaires ou encore aux aides individuelles durant les études, il s'agit de montants qui induiront autant d'économies et qui, surtout, amélioreront le système de soins. Si le personnel infirmier ne quittait pas aussi vite sa profession, s'il avait le temps de suivre correctement les patients, s'il n'avait pas à s'acquitter de tâches administratives lourdes et parfois excessives - comme le fait de devoir demander une ordonnance pour faire porter à un patient des bas de compression -, il y a fort à parier que des économies d'échelle importantes pourraient être dégagées.
Mais il y a plus. Si l'on ne prend pas aujourd'hui des décisions ambitieuses pour former les quelque 27[NB]000 infirmières et infirmiers qu'il faudra en plus en 2025, la facture finale pourrait être très élevée. En effet, si aujourd'hui la Suisse peut compter sur l'attractivité de sa place économique pour attirer du personnel infirmier des pays limitrophes, il n'y a aucune garantie que cette attractivité demeure à long terme, tant les conditions-cadres peuvent changer rapidement. Et je refuse de jouer ce coup de poker qui consiste à croire que nous pourrons toujours compter sur les autres sans assumer nous-mêmes pleinement nos besoins.
L'initiative "pour des soins infirmiers forts" permet d'apporter une réponse réaliste, convaincante et nécessaire à une problématique grave. Elle permet, au final, de contribuer à mettre en place un système de santé digne de ce nom et qui est destiné, faut-il le rappeler, avant tout à nos aînés. Ces derniers nous ayant transmis la Suisse que nous connaissons et que nous aimons, le moins que l'on puisse faire est de leur permettre d'être soignés dans les meilleures conditions lors des épreuves de la maladie.