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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-09-30

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-09-30

Wortprotokoll

Ma motion demandant une extension des aides pour des projets en faveur des femmes a pour origine une double expérience pratique: d'une part, l'expérience d'avoir longuement milité pour pouvoir disposer enfin d'une loi sur l'égalité qui nous donne des moyens d'action et, d'autre part, le fait d'avoir initié ou accompagné des projets pour des femmes, notamment pour des femmes alcooliques et toxicomanes, pour des prostituées, pour des immigrées et pour des femmes victimes de violence. Mon rêve aurait été de pouvoir faire coïncider les deux choses, mais j'ai dû déchanter. La loi sur l'égalité, en particulier les dispositions aux articles 14 et 15, ne permet de soutenir que les projets centrés sur le domaine professionnel. Pour tous les projets dont je viens de parler, il a fallu accomplir le parcours du combattant pour trouver des financements et plusieurs d'entre eux sont restés sur le carreau, d'où ma demande d'élargir la portée des aides financières prévues à ces articles de la loi.

Le Conseil fédéral ne veut pas de mon idée. Dans sa réponse, trois éléments ont retenu mon attention:

1. le manque de fonds qui oblige le Bureau fédéral de l'égalité pour être efficace à se concentrer sur le domaine professionnel;

2. la volonté de ne pas concentrer tout le travail en faveur de l'égalité au Bureau fédéral de l'égalité, mais de l'intégrer dans tous les secteurs de l'administration et de la vie publique;

3. la définition même de l'égalité entre femmes et hommes.

Sur la question du manque d'argent et de l'efficacité, je comprends tout à fait les soucis du Bureau fédéral de l'égalité et du Conseil fédéral. Mais il faut voir que les montants à disposition ne sont pas déterminés une fois pour toutes, ils sont fixés chaque année, et, au fond, on pourrait se battre pour les augmenter. Par ailleurs, se concentrer sur un seul domaine pour être efficace, finalement c'est comme si on décidait de n'aider pour ses devoirs qu'un seul des enfants de la famille parce qu'on n'a pas le temps de s'occuper de tous.

Deuxième point, sur l'intégration de l'égalité dans tous les domaines de la vie publique: mille fois d'accord! Mais alors pour être cohérent, il faudrait tout intégrer et cesser de faire des programmes spécifiques pour les femmes. Or, c'est assurément prématuré, car il y a tout un travail de rattrapage à faire et le risque est grand qu'on néglige les aspects spécifiques de la situation des femmes. C'est d'ailleurs un fait avéré que le regard "neutre", soit le regard qui croit saisir la réalité aussi bien des femmes que des hommes, ne voit en fait que les hommes. C'est notamment le cas dans le domaine de la santé et dans le domaine de l'asile ou de l'immigration.

Enfin, le concept même d'égalité. Ce qui me gêne considérablement dans la loi sur l'égalité, c'est qu'elle donne à penser que l'égalité ne peut se réaliser que dans le monde professionnel ou, autrement dit, qu'elle sera réalisé quand les femmes auront les mêmes salaires, quand il y aura autant de femmes que d'hommes dans les métiers scientifiques ou techniques ou parmi les professeurs d'université. Mais non! L'égalité, ce n'est pas seulement cela.

Alors, en préparant cette intervention, cette simple question "l'égalité, c'est quoi?" m'a évidemment inspiré des rêveries à n'en plus finir. J'ai noirci plein de pages que je ne vous lirai pas. Je ne dirai finalement que cela: l'égalité, ce n'est pas tout faire comme les hommes, c'est faire reconnaître et valoriser les compétences spécifiques des femmes et leur permettre de développer leur potentiel. Mais cela, Madame la Conseillère fédérale, vous le savez aussi bien que moi, ne nous procure malheureusement pas plus de moyens pour le réaliser.

En conclusion, je suis revenue à la raison, j'ai repris la loi sur l'égalité, j'ai constaté qu'en effet elle est principalement centrée sur l'égalité sur le plan professionnel. Alors, pour ne pas faire une proposition qui n'entre pas vraiment dans ce cadre, surtout pour ne pas créer des difficultés supplémentaires au Bureau fédéral de l'égalité, vu que juste après moi on va parler d'une motion qui remet en cause son existence même, j'ai conclu que ma motion était peut-être venue au mauvais moment et je me propose de la retirer, me réservant peut-être la possibilité de proposer plus tard des modifications plus significatives de la loi sur l'égalité.