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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2020-03-11

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-03-11

Wortprotokoll

Cette initiative a, entre autres particularités, l'intérêt et l'avantage de représenter un texte de plus qui place clairement notre pays en face de ses contradictions. Comment peut-on se réclamer d'une stricte neutralité, être le dépositaire des Conventions de Genève, se targuer d'être la patrie d'Henry Dunant et de la Croix-Rouge, accueillir fièrement sur son sol la Genève internationale, prétendre considérer comme prioritaires la promotion de la paix, l'interdiction de la prolifération des armes de destruction massive, l'aide et la coopération au développement ou encore l'aide humanitaire, et, dans le même temps, exporter des armes vers certaines dictatures peu fréquentables, vers des pays situés dans l'axe de crise qui s'étend de l'Afrique subsaharienne aux confins du Pakistan, ou - c'est ce dont il est question aujourd'hui - accepter le financement des fabricants de matériel de guerre? Comment peut-on hésiter entre accepter que l'argent des Suissesses et des Suisses serve à concevoir, à construire, à exporter des armes de guerre, ou risquer prétendument de pénaliser notre système bancaire, la place financière suisse, nos caisses de pension, la Banque nationale suisse, notre industrie des machines et j'en passe? Comment peut-on hésiter entre argent et morale, profit à tout prix et déontologie, cynisme et humanisme et respect?

Vous le savez, cette problématique fait son chemin dans l'esprit de nombre de nos concitoyennes et concitoyens. Des mots et expressions inconnus hier sont employés fréquemment aujourd'hui: commerce équitable, financement solidaire. Une Suisse plus solidaire, soucieuse de justice sociale et d'égalité, de transparence, de redistribution, de développement solidaire et durable se lève aujourd'hui pour dire non à l'hypocrisie et à la primauté du profit sur toute autre considération.

Le Conseil fédéral dit comprendre les préoccupations des auteurs de l'initiative populaire, mais la Suisse aurait déjà fait beaucoup, dit-il: l'interdiction du financement des armes nucléaires, biologiques ou chimiques, ainsi que des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel.

C'est la moindre des choses. Et je vous rappelle que les centres situés à Genève, qui sont un des fleurons de la Suisse en matière de lutte contre la guerre, sont engagés à 300 pour cent sur ces thèmes.

Revenons à la question du financement. Dans notre économie mondialisée, toutes les questions de financement international apparaissent complexes et opaques. Mais aujourd'hui, le peuple suisse veut de la clarté et un droit de regard sur ce que l'on fait avec son argent. Une grande partie de la population ne veut plus que son argent serve à produire des armes.

Je peux tout à fait imaginer que la mise en oeuvre de cette initiative entraînera des problèmes techniques et pratiques, mais il suffira alors au monde de la finance de déployer autant d'efforts pour obtenir la transparence qu'il n'en a fait pour tout opacifier. Nous avons encore toutes et tous en mémoire les pratiques de la titrisation et autres combines qui ont présidé à la création des conditions qui ont débouché sur la crise des subprimes en 2008.

Il en va surtout de la crédibilité et de l'image de notre pays. La Suisse est une puissance, plus particulièrement une puissance diplomatique qui a fait de la politique des bons offices, de la représentation diplomatique de pays en guerre, de l'installation sur son sol d'organisations internationales, de la mise sur pied de conférences et de pourparlers de paix une marque de fabrique. La Suisse se prévaut d'un label de valeurs éthiques. Alors, faisons le pas. Acceptons cette initiative.

Comme je sais que certaines et certains parmi vous ont des doutes - et c'est un euphémisme -, il reste la proposition de contre-projet indirect que ma collègue Edith Graf-Litscher a développée à l'instant. Un contre-projet indirect pour renforcer le contrôle sur le financement indirect des armes interdites et pour plus de transparence.

Pour une Suisse beaucoup plus en phase avec ses valeurs, je vous demande, au nom du groupe socialiste, de soutenir les différentes propositions des minorités.