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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2020-03-11

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2020-03-11

Wortprotokoll

Notre argent, via nos caisses de pension, finance aujourd'hui la production de bombes et d'armes chimiques qui sont utilisées dans différents pays autour du globe. Il ne faut pas nous voiler la face: la réalité, c'est que notre argent tue! En tant que ressortissant d'un pays qui revendique sa tradition humanitaire, je n'en suis pas vraiment fier.

C'est pour remédier à cette situation que l'initiative "pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre" vise deux choses: premièrement, l'interdiction pour la Banque nationale suisse ainsi que les institutions de prévoyance de financer les entreprises dont plus de cinq pour cent du chiffre d'affaires annuel proviennent de la production de matériel de guerre; deuxièmement, la mise en place de normes similaires sur les investissements des banques et des assurances aux niveaux national et international.

Les Verts s'engagent depuis leur création pour la paix et le désarmement dans le monde. Ils ont soutenu ces dernières décennies les initiatives populaires visant cet objectif, et il en va de même cette fois-ci.

A chaque fois qu'une initiative s'oppose à l'exportation ou à la production de matériel de guerre, c'est toujours la même rengaine, les mêmes arguments que l'on entend de la part des opposants. Cette initiative n'échappe pas à la règle: la Suisse serait trop petite pour faire bouger les choses au niveau international; ce serait trop compliqué au niveau administratif; nos retraites seraient en danger, car nos caisses de pension ne pourraient plus investir comme elles le souhaitent; les emplois seraient menacés dans l'industrie et la finance.

Dans le cas de l'initiative "pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre", ces arguments ne tiennent tout simplement pas la route. Ils sont là uniquement pour faire peur à la population, qui témoigne de la sympathie pour l'initiative. Ils sont révélateurs de la vision des opposants, qui une fois encore privilégient les aspects économiques et financiers aux aspects éthiques et de responsabilité sociale.

En interdisant le financement de l'industrie de l'armement, l'initiative vise à contribuer à ce que la Suisse ne participe pas de manière indirecte aux conflits actuels et à prévenir des guerres futures. Cela peut paraître une goutte d'eau dans l'océan, mais ce n'est pas le cas: je vous rappelle que la Suisse est une des plus importantes places financières mondiales et joue ainsi un rôle décisif. Les instituts financiers suisses comme la Banque nationale ou les grandes banques investissent des milliards chaque année dans ce commerce mortifère. La Suisse doit montrer l'exemple et entraîner dans son sillage d'autres pays.

Cette initiative vise aussi à ce que nous soyons cohérents avec le principe de neutralité, pierre angulaire de notre politique extérieure. Aujourd'hui, la Suisse joue un double jeu: d'un côté, elle se veut championne et promotrice de la paix dans le monde; de l'autre, elle vend des armes. Où est la cohérence?

Afin que la Suisse ait une politique à la fois cohérente et éthique en matière de sécurité, je vous invite à suivre la minorité Fivaz Fabien, qui propose de recommander le soutien à l'initiative et, à défaut, la minorité Graf-Litscher, qui vise un renvoi à la commission afin qu'un contre-projet indirect soit élaboré.