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Mazzone Lisa · Ständerat · 2020-05-04

Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-05-04

Wortprotokoll

Les décisions prises par le Conseil fédéral pour affronter la crise n'étaient pas évidentes, tout comme il n'a pas dû être aisé de les prendre et d'en assumer la responsabilité.

Décider de faire de la santé de la population et de la disponibilité du système de soins une priorité absolue est courageux. Décider de faire preuve d'humilité, en tant que politique, face aux avis des expertes et des experts est chose rare. Protéger la population comme un corps qu'il faut soigner dans son ensemble pour permettre de dépasser cette crise est admirable. Enfin, placer la solidarité au sein de notre collectivité comme un phare qui oriente l'action de notre Etat est responsable. Pour toutes ces raisons, Madame la conseillère fédérale, je tiens à vous exprimer ma gratitude, à vous et à vos collègues. Il y aura dès demain d'autres occasions de faire montre de ces qualités et j'espère que le Conseil fédéral conservera cette boussole dans ses décisions.

Pour autant, chères et chers collègues, il est grand temps que nous nous retrouvions. Le Parlement va reprendre ses droits et c'est une bonne chose. D'abord, parce que des enjeux de taille nous attendent, et ensuite parce qu'il n'y a pas qu'une seule façon de répondre à ces enjeux. Les divergences d'opinion, qui sont la richesse de la démocratie, doivent enfin se faire entendre et pouvoir se confronter. Elles permettent aussi à la population, dans sa diversité, d'être représentée, d'être prise en compte, de se sentir entendue.

Evidemment, il y a eu des moments clés dans la gestion de cette crise qui nous ont amenés, au plus profond de nos entrailles, à nous réjouir ou à nous empresser de voir le Parlement à nouveau siéger et pouvoir s'exprimer sur ces questions, qu'il s'agisse de celles en lien avec les médias, les crèches, les employés domestiques ou les baux. Le débat est nécessaire. Il doit maintenant avoir lieu et nous conduire à reprendre la haute main sur les décisions fondamentales qui sont attendues.

Il faut le dire aussi: les limitations des libertés individuelles que nous avons connues sont choquantes. Elles nous sont étrangères, elles nous inquiètent, elles nous heurtent. C'est normal et c'est l'indicateur que notre société est basée non seulement sur la démocratie, mais aussi sur le respect des droits fondamentaux.

Pour autant, ces décisions étaient justifiées. Elles étaient justifiées parce qu'elles ont permis d'assumer une responsabilité globale pour nous protéger toutes et tous en tant que société, en tant que collectivité. A ce titre, il me semble que cette équation entre liberté et sécurité s'est admirablement exprimée par le choix du Conseil fédéral de prendre la voie du semi-confinement, et non du confinement total comme on a pu le connaître dans d'autres pays.

Un débat, il y en a aussi eu concernant l'unité de notre pays. Lorsque Carl Spitteler, en 1914, a prononcé son fameux discours "Notre point de vue suisse", il a dit ceci: "A l'occasion de la guerre, une opposition de sentiments s'est formée entre la partie de notre pays qui parle le français et celle qui parle l'allemand." Mais ensuite, il l'a expliqué ainsi: "Il ne s'est rien passé. On s'est simplement laissé aller. Or, pour mieux se comprendre, il faut mieux se connaître." [PAGE 181]

Ich muss Ihnen offen sagen, dass während dieser Krise gewisse Bemerkungen für die lateinische Schweiz ebenso beleidigend waren, wie es für Sie aus der Deutschschweiz sicher verletzend war, aus gewissen Zeitungen zu erfahren, dass Ihre Empathie oder menschliche Sensibilität infrage gestellt wurde. Heute müssen wir uns mehr denn je die Worte von Carl Spitteler, die ich gerade erwähnt habe, vergegenwärtigen. Ich glaube nicht, dass es natürliche Unterschiede zwischen uns gibt. Ich glaube einfach, dass wir von dieser Krankheit in der Romandie und im Tessin stärker betroffen waren. Das lässt sich geografisch und wirtschaftlich begründen. Ich bin überzeugt, dass die Erfahrung, die wir im Tessin und in der Romandie gemacht haben, dazu beigetragen hat, dass diese harten Massnahmen ergriffen worden sind. Damit sollte sich die Krankheit nicht weiter verbreiten.

Wir haben alle einen Standpunkt. Ich kenne etwa zwanzig Personen, die krank waren; eine war zwischenzeitlich in der Intensivstation, und sie ist jünger als ich. Diese Erfahrung prägt meine Einschätzung. Das ist normal. Aber genug jetzt von "ihr und wir". Heute sind wir gemeinsam für unsere Gesellschaft tätig. Ich hoffe, wir werden das während dieser ausserordentlichen Session zeigen können. So weit, so gut.

Mais "so weit", où exactement? C'est la question qui se pose maintenant à nous, face aux choix que nous allons devoir faire dans les circonstances d'une crise rare. C'est la question qui a aussi mobilisé plus de 50[NB]000 personnes pour déposer un appel pour une autre voie, pour empêcher un retour à ce qu'elles appellent "l'anormalité", pour un redémarrage humaniste, local et durable.

Les crises sont des moments révélateurs. Révélateurs d'abord de ce qui nous est important, de ce qui nous est cher, de ce qui fonde notre société. Révélateurs ensuite des inégalités, qui demeurent très importantes dans notre société et qui ont été amplifiées par cette crise. Révélateurs aussi de notre grande dépendance vis-à-vis des circuits internationaux pour fonctionner. Révélateurs enfin des lacunes dans toute la question des soins et du "care".

Cette période a été celle des circuits courts, celle du local. J'aimerais à ce titre citer le président du gouvernement genevois, qui a eu ces mots: "Les objectifs liés à la gestion des risques sanitaires et à l'urgence climatique convergent vers un enjeu global de la résilience de notre société: relocalisation de la production, diminution des déplacements aériens, réduction du trafic pendulaire, développement des énergies renouvelables et locales, renforcement à l'échelle internationale du multilatéralisme, seul capable de nous protéger à l'avenir à la fois de menaces globales et de l'impasse du repli national." C'est là une question centrale, celle du choix justement entre le risque d'un repli national et une solidarité globale, puisque la solidarité dont nous devons faire preuve aujourd'hui est aussi une solidarité globale, face à des pays déjà en difficulté auparavant, qui sont particulièrement touchés et qui requièrent notre solidarité.

C'est un défi social auquel nous devons répondre de manière urgente. C'est clair, nous allons le faire durant cette session en partie, et j'espère qu'on le fera suffisamment. Mais c'est aussi un défi social auquel nous devons apporter une réponse à plus long terme, avec un redémarrage plus vert, un programme de relance qui permette de créer des emplois dans les secteurs à valoriser, dans les secteurs de la durabilité.

C'est aussi, à mon avis, le signe que nous devons revaloriser les soins, les soins aux autres de manière générale, qu'ils soient payés ou non, parce qu'ils forment le socle de notre société, le socle de la vie. Il est impossible qu'ils n'aient pas de valeur, qu'ils soient à ce point invisibles dans la société et dans la manière dont elle est organisée. Si la société doit s'y consacrer pleinement, comme c'est le cas depuis quelques semaines, on constate que l'économie pique du nez.

Enfin, les images de ces derniers jours qui montrent la pauvreté m'ont saisie. Dans le canton de Genève, les personnes en grande précarité sont sorties de l'ombre: on a vu des files de personnes attendre pour recevoir des denrées alimentaires d'une valeur de 20 francs. Cela a saisi l'ensemble des habitantes et des habitants de mon canton, ainsi que celles et ceux du pays tout entier. Cette vulnérabilité n'est pas nouvelle, elle est structurelle, et il serait grand temps de s'y attaquer. Ces personnes, qui étaient dans une situation de précarité auparavant, ont été rendues totalement démunies par la crise. Je pense en particulier aux personnes sans statut légal, aux personnes au statut précaire, aux personnes dont les conditions de travail sont fragiles.

Alors, tirer les enseignements de la crise en cours, c'est aller au-delà de la charité en jouant un rôle politique, c'est-à-dire en changeant le cadre, en changeant les règles, c'est aussi avoir le courage d'aborder ces questions. Rester solidaire alors que les défis sociaux grandissent signifie rester solidaire de façon globale, à l'international, avec des pays auxquels nous sommes liés. Nous l'avons vu: plus que jamais nous sommes liés à eux aussi pour pouvoir faire fonctionner notre économie.

J'aimerais terminer cette intervention en rendant hommage à tout le personnel domestique qui se retrouve aujourd'hui sans soutien particulier, dans des conditions de précarité extrêmes. J'espère que cet hommage débouchera sur des réponses concrètes qui permettront d'assurer la subsistance de ces personnes.

Je nous souhaite à toutes et tous de bons travaux.

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